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Le discours choral

Essai sur l’œuvre romanesque d'Édouard Glissant

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Christian Uwe

L’œuvre romanesque d’Édouard Glissant, élaborée sur près d’un demi-siècle, se caractérise par une grande cohérence notamment du fait d'un personnel romanesque récurrent qui conduit collectivement la narration. Résolument ancrée dans une vision de la parole partagée, la fiction de Glissant révèle et illustre les enjeux poétique, anthropologique et politique de la narration. La polyphonie particulière qui s’y déploie est qualifiée ici de discours choral ; le dispositif énonciatif mis en place par le roman glissantien contribue en effet à éclairer les problèmes fondamentaux que pose cette œuvre : l’histoire raturée dont les personnages éprouvent somatiquement le manque, la violence d’un discours ou d’un silence imposés, les implications des choix poétiques tels que la caractérisation des narrateurs, la forme (unie ou fragmentaire) du récit ou encore la répétition, sous plusieurs angles, des « mêmes » épisodes narratifs. À travers ces différents aspects, l’œuvre de Glissant apparaît comme une exigeante affirmation de la Vie contre les hégémonies et leurs expressions littéraires.

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Synthèse

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Le rapport de Glissant vis-à-vis de l’Histoire fait penser à une remarque de Michel de Certeau : « Avant de savoir ce que l’histoire dit d’une société, il importe […] d’analyser comment elle y fonctionne » (Certeau 1975 :78). Remarquant que « l’histoire reste configurée par le système où elle s’élabore » (Ibid. : 79), l’auteur souligne la nécessité d’une approche critique du lieu :

Prendre au sérieux son lieu, ce n’est pas encore expliquer l’histoire. Rien de ce qui s’y produit n’en est encore dit. Mais c’est la condition pour que quelque chose puisse en être dit qui ne soit ni légendaire (ou « édifiant »), ni a-topique (sans pertinence). La dénégation de la particularité du lieu étant le principe même de l’idéologie, elle exclut toute théorie. Bien plus, en installant le discours dans un non-lieu, elle interdit à l’histoire de parler de la société et de la mort, c’est-à-dire d’être de l’histoire. (Ibid. : 79).

Ces remarques permettent de rappeler, sous forme de bilan, les enjeux et la complexité de l’œuvre romanesque de Glissant. Le premier point de ce rappel porte précisément sur une dénégation ayant toutes les caractéristiques de l’idéologie. Nous faisons référence à cet oubli orchestré pendant la période de l’esclavage, décrété ensuite, après l’abolition, au nom d’un plus grand bien : la nation. Le décret de cet oubli visait, pour ainsi dire, une improbable...

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