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L'homosexualité dans la vie et l'œuvre de Marcel Proust, une « sale tante » au grand cœur

Luc Legrand

Marcel Proust était écrivain et homosexuel à une époque où la réprobation officielle était plus forte qu’aujourd’hui. Il savait donc qu’en s’affichant, il pouvait compromettre sa réputation mondaine mais aussi l’espérance d’être publié, d’autant plus qu’il avait placé, au centre de son œuvre, le « vice honteux ».

Pour ne pas compromettre son statut social et son métier d’écrivain, il lui fallait donc une parade, en l’occurrence se déguiser en hétérosexuel, mais en un hétérosexuel spécialiste de l’inversion. Son œuvre serait alors une étude devant beaucoup à sa propre vie. Le héros Marcel est certes un hétérosexuel irréprochable mais il est confronté à l’homosexualité de son ami Charlus et de sa maîtresse bisexuelle Albertine.

La présente recherche nous conduit dans le labyrinthe des vérités et contrevérités des aléas de la condition homosexuelle dans la vie de Marcel Proust mais aussi dans son œuvre monumentale. La première partie est une biographie, fondée sur la recherche de l’homosexualité dans la vie de Proust. La deuxième est consacrée aux passages traitant d’homosexualité dans l’œuvre, principalement À la recherche du temps perdu. Cette « anthologie » met en évidence le fait qu’au centre de la grande œuvre court un véritable « roman » de l’homosexualité. La troisième partie est consacrée à la mise en parallèle des deux premières, elle nous propose analyses et conclusions.

Laissant une large place à la citation, ce travail se situe au confluent de l’histoire de la littérature et de l’histoire de l’homosexualité ; tout en répondant aux exigences scientifiques, il s’adresse aussi au grand public, tant proustien que « gay ».

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Conclusions

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Après avoir consacré les annexes et analyses précédentes principalement à l’œuvre, on en revient à l’auteur ; la question de savoir s’il était homosexuel peut paraître incongrue aujourd’hui mais certains témoignages qui contestent le fait méritent d’être évoqués.

Les témoignages de Céleste Albaret ont été consignés dans Monsieur Proust, recueil d’entretiens de la gouvernante avec l’écrivain, traducteur et journaliste Georges Belmont. Céleste a été le témoin privilégié des huit dernières années de la vie de notre auteur mais celui-ci, au cours d’interminables conversations, lui a raconté beaucoup d’épisodes antérieurs – tout au moins les versions qu’il jugeait agréables à sa « grande amie ». Dans son introduction, Georges Belmont précise que pendant cinquante ans Céleste avait refusé de témoigner à propos de son patron mais que

si, à quatre-vingt-deux ans, elle a changé d’avis, c’est qu’elle a jugé, précisément, que d’autres, moins scrupuleux, avaient trop trahi Marcel Proust soit faute de disposer de ses ressources de vérité, soit d’excès d’ingéniosité ou tentation d’échafauder en thèses leurs petites hypothèses « intéressantes » (ou intéressées).

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