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L'homosexualité dans la vie et l'œuvre de Marcel Proust, une « sale tante » au grand cœur

Luc Legrand

Marcel Proust était écrivain et homosexuel à une époque où la réprobation officielle était plus forte qu’aujourd’hui. Il savait donc qu’en s’affichant, il pouvait compromettre sa réputation mondaine mais aussi l’espérance d’être publié, d’autant plus qu’il avait placé, au centre de son œuvre, le « vice honteux ».

Pour ne pas compromettre son statut social et son métier d’écrivain, il lui fallait donc une parade, en l’occurrence se déguiser en hétérosexuel, mais en un hétérosexuel spécialiste de l’inversion. Son œuvre serait alors une étude devant beaucoup à sa propre vie. Le héros Marcel est certes un hétérosexuel irréprochable mais il est confronté à l’homosexualité de son ami Charlus et de sa maîtresse bisexuelle Albertine.

La présente recherche nous conduit dans le labyrinthe des vérités et contrevérités des aléas de la condition homosexuelle dans la vie de Marcel Proust mais aussi dans son œuvre monumentale. La première partie est une biographie, fondée sur la recherche de l’homosexualité dans la vie de Proust. La deuxième est consacrée aux passages traitant d’homosexualité dans l’œuvre, principalement À la recherche du temps perdu. Cette « anthologie » met en évidence le fait qu’au centre de la grande œuvre court un véritable « roman » de l’homosexualité. La troisième partie est consacrée à la mise en parallèle des deux premières, elle nous propose analyses et conclusions.

Laissant une large place à la citation, ce travail se situe au confluent de l’histoire de la littérature et de l’histoire de l’homosexualité ; tout en répondant aux exigences scientifiques, il s’adresse aussi au grand public, tant proustien que « gay ».

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Chapitre 2. Des affections aristocratiques à l’apparition d’André Gide (1901-1912)

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CHAPITRE II

Des affections aristocratiques à l’apparition d’André Gide (1901-1912)

Les années 1901-1902 voient se succéder trois épisodes sentimentaux se recouvrant partiellement dans le temps. Le premier a trait aux relations de notre auteur avec les diplomates Antoine Bibesco et Bertrand de Fénelon, le second à celles qu’il a entretenues avec le couple formé par le duc Louis d’Albufera et l’actrice Louisa de Mornand, et le troisième à son engouement pour le prince Léon, dit Loche Radziwill. Pour la clarté, ces trois récits sont présentés d’affilée.

Les familles roumaines Brancovan et Bibesco, inextricablement liées, ont connu un destin exceptionnel depuis le XIVe siècle. Au XIXe, elles établissent des liens étroits avec la France. Le prince Grégoire de Brancovan aura pour fils Constantin, que Proust avait déjà rencontré à Évian, et pour filles Anna, comtesse de Noailles par son mariage avec le comte Mathieu, et Hélène, qui épousera Alexandre de Chimay, frère de la comtesse Élisabeth Greffulhe, tous trois étant trois fois cousins de Montesquiou… et de bien d’autres. Le prince Alexandre Bibesco a deux fils, Emmanuel et Antoine, eux-mêmes cousins des trois Brancovan. Beaucoup de représentants de cette dynastie roumano-française brillent par des talents musicaux et littéraires ; du côté Brancovan, Constantin anime la revue Renaissance latine mais c’est sa sœur Anna de Noailles qui a laissé, surtout par son œuvre poétique,...

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