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L'homosexualité dans la vie et l'œuvre de Marcel Proust, une « sale tante » au grand cœur

Luc Legrand

Marcel Proust était écrivain et homosexuel à une époque où la réprobation officielle était plus forte qu’aujourd’hui. Il savait donc qu’en s’affichant, il pouvait compromettre sa réputation mondaine mais aussi l’espérance d’être publié, d’autant plus qu’il avait placé, au centre de son œuvre, le « vice honteux ».

Pour ne pas compromettre son statut social et son métier d’écrivain, il lui fallait donc une parade, en l’occurrence se déguiser en hétérosexuel, mais en un hétérosexuel spécialiste de l’inversion. Son œuvre serait alors une étude devant beaucoup à sa propre vie. Le héros Marcel est certes un hétérosexuel irréprochable mais il est confronté à l’homosexualité de son ami Charlus et de sa maîtresse bisexuelle Albertine.

La présente recherche nous conduit dans le labyrinthe des vérités et contrevérités des aléas de la condition homosexuelle dans la vie de Marcel Proust mais aussi dans son œuvre monumentale. La première partie est une biographie, fondée sur la recherche de l’homosexualité dans la vie de Proust. La deuxième est consacrée aux passages traitant d’homosexualité dans l’œuvre, principalement À la recherche du temps perdu. Cette « anthologie » met en évidence le fait qu’au centre de la grande œuvre court un véritable « roman » de l’homosexualité. La troisième partie est consacrée à la mise en parallèle des deux premières, elle nous propose analyses et conclusions.

Laissant une large place à la citation, ce travail se situe au confluent de l’histoire de la littérature et de l’histoire de l’homosexualité ; tout en répondant aux exigences scientifiques, il s’adresse aussi au grand public, tant proustien que « gay ».

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L’homosexualité dans "À la recherche du temps perdu"

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L’homosexualité dans À la recherche du temps perdu

Note sur À la recherche du temps perdu

À la recherche du temps perdu est un des chefs-d’œuvre majeurs de la littérature mondiale ; on a parlé de « roman-fleuve » mais la comparaison est approximative tant les retours en arrière, les anticipations et les digressions y sont fréquents. Proust n’a pas écrit en continu, mais travaillé avec d’innombrables fragments, esquisses et variantes d’époques diverses, incessamment recomposés et remaniés.

C’est aussi une sorte d’encyclopédie fourmillant de références aux sciences et aux arts. Sciences naturelles avec la botanique, l’entomologie, certains aspects de la médecine, l’évocation de la théorie de l’évolution… Sciences humaines avec l’histoire, depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque de Proust, avec l’Affaire Dreyfus et la Grande Guerre, en passant par le siècle de Louis XIV illustré par Saint-Simon en qui Proust voyait son précurseur littéraire. Les religions sont présentes aussi, la mythologie grecque voisinant familièrement avec la Bible. On pourrait aussi extraire de La Recherche un condensé d’histoire de l’art partant également de l’Antiquité pour rejoindre les contemporains de Proust, passant par les cathédrales ou modestes églises de village, Giotto, la renaissance italienne, Vermeer, Hubert Robert, Gustave Moreau, l’impressionnisme et le cubisme. La musique y résonne avec les quatuors de Beethoven, Wagner, et les contemporains de Proust, Fauré, Saint-Saëns, Debussy… sans oublier la danse avec les...

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