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L'homosexualité dans la vie et l'œuvre de Marcel Proust, une « sale tante » au grand cœur

Luc Legrand

Marcel Proust était écrivain et homosexuel à une époque où la réprobation officielle était plus forte qu’aujourd’hui. Il savait donc qu’en s’affichant, il pouvait compromettre sa réputation mondaine mais aussi l’espérance d’être publié, d’autant plus qu’il avait placé, au centre de son œuvre, le « vice honteux ».

Pour ne pas compromettre son statut social et son métier d’écrivain, il lui fallait donc une parade, en l’occurrence se déguiser en hétérosexuel, mais en un hétérosexuel spécialiste de l’inversion. Son œuvre serait alors une étude devant beaucoup à sa propre vie. Le héros Marcel est certes un hétérosexuel irréprochable mais il est confronté à l’homosexualité de son ami Charlus et de sa maîtresse bisexuelle Albertine.

La présente recherche nous conduit dans le labyrinthe des vérités et contrevérités des aléas de la condition homosexuelle dans la vie de Marcel Proust mais aussi dans son œuvre monumentale. La première partie est une biographie, fondée sur la recherche de l’homosexualité dans la vie de Proust. La deuxième est consacrée aux passages traitant d’homosexualité dans l’œuvre, principalement À la recherche du temps perdu. Cette « anthologie » met en évidence le fait qu’au centre de la grande œuvre court un véritable « roman » de l’homosexualité. La troisième partie est consacrée à la mise en parallèle des deux premières, elle nous propose analyses et conclusions.

Laissant une large place à la citation, ce travail se situe au confluent de l’histoire de la littérature et de l’histoire de l’homosexualité ; tout en répondant aux exigences scientifiques, il s’adresse aussi au grand public, tant proustien que « gay ».

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"À l’ombre des jeunes filles en fleurs"

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À l’ombre des jeunes filles en fleurs

Le père de Marcel invite à dîner M. de Norpois, ancien ambassadeur fort lié à Mme de Villeparisis. Au cours du dîner, il est question des relations de la France avec un pays d’Europe dont le roi est prénommé Théodose. Le principal auteur du rapprochement de ce pays avec la France est l’ambassadeur, M. de Vaugoubert. Norpois commente (370) :

Vaugoubert n’a pas eu à faire face aux intrigues de couloirs mais aux injures de folliculaires à gages […] qui […] n’ont pas reculé à faire état, contre notre représentant, des ineptes accusations de gens sans aveu. Pendant plus d’un mois, les ennemis de Vaugoubert ont dansé autour de lui la danse du scalp […] Mais un bon averti en vaut deux ; ces injures, il les a repoussées du pied.

On verra plus tard de quelles accusations le diplomate avait bien pu faire l’objet ; l’expression « bon averti » est plus que probablement un clin d’œil au lecteur averti en fonction de son assonance avec inverti.

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