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L'homosexualité dans la vie et l'œuvre de Marcel Proust, une « sale tante » au grand cœur

Luc Legrand

Marcel Proust était écrivain et homosexuel à une époque où la réprobation officielle était plus forte qu’aujourd’hui. Il savait donc qu’en s’affichant, il pouvait compromettre sa réputation mondaine mais aussi l’espérance d’être publié, d’autant plus qu’il avait placé, au centre de son œuvre, le « vice honteux ».

Pour ne pas compromettre son statut social et son métier d’écrivain, il lui fallait donc une parade, en l’occurrence se déguiser en hétérosexuel, mais en un hétérosexuel spécialiste de l’inversion. Son œuvre serait alors une étude devant beaucoup à sa propre vie. Le héros Marcel est certes un hétérosexuel irréprochable mais il est confronté à l’homosexualité de son ami Charlus et de sa maîtresse bisexuelle Albertine.

La présente recherche nous conduit dans le labyrinthe des vérités et contrevérités des aléas de la condition homosexuelle dans la vie de Marcel Proust mais aussi dans son œuvre monumentale. La première partie est une biographie, fondée sur la recherche de l’homosexualité dans la vie de Proust. La deuxième est consacrée aux passages traitant d’homosexualité dans l’œuvre, principalement À la recherche du temps perdu. Cette « anthologie » met en évidence le fait qu’au centre de la grande œuvre court un véritable « roman » de l’homosexualité. La troisième partie est consacrée à la mise en parallèle des deux premières, elle nous propose analyses et conclusions.

Laissant une large place à la citation, ce travail se situe au confluent de l’histoire de la littérature et de l’histoire de l’homosexualité ; tout en répondant aux exigences scientifiques, il s’adresse aussi au grand public, tant proustien que « gay ».

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Esquisses, notes et variantes relatives à "Du côté de chez Swann (RTP I)"

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Esquisses, notes et variantes relatives à Du côté de chez Swann (RTP I)

1) Esquisses

La masturbation, qui apparaît dans deux passages de la version canonique (R 20 et 131), fait l’objet de deux esquisses des années 1908-1909. L’esquisse CS II 3 dit (643) :

[…] ce plaisir qu’à l’âge où l’on ne connaît pas encore l’amour on cherche seulement auprès de soi-même. On ne le connaît guère qu’une fois. Bien vite on ne se contente pas d’y associer vaguement l’idée d’une femme, on s’imagine que c’est elle qui vous le donne, on veut croire [qu’on] n’est pas seul, on est dans ses bras, on ne cherche pas ce plaisir solitaire pour lui-même, on ne se donne en somme qu’une occasion de plus d’être avec elle […] Aussi qu’est-ce qui caractérise le mieux la quinzième année, que [interrompu].

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