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Le passé des Khmers

Langues, textes, rites

Nasir Abdoul-Carime, Grégory Mikaelian and Joseph Thach

Ce livre offre les premiers résultats d’une enquête sur les pratiques et les représentations du passé chez les Khmers. Elle s’inscrit dans une réflexion sur la mémoire collective qui fait le choix d’un pas de côté, à distance de l’historiographie récente traitant de cette question à l’intérieur d’une chronologie très restreinte, couvrant les 40 ans qui nous séparent du régime khmer rouge. Ici comme ailleurs, considérer les phénomènes de la vie sociale pour leur seule contemporanéité ou ériger les événements contemporains comme fondateurs à l’exclusion des autres ne permet guère une pleine compréhension du fonctionnement de la mémoire collective. Il n’est sans doute pas de problème plus complexe que celui du rapport qu’entretient, sur la durée, une société à son passé. À commencer par celui des mots qu’elle se choisit pour le dire et qui le déterminent en partie. Ceux que les auteurs ont tirés de la langue des locuteurs, des textes historiques et de l’exercice des rites suggèrent d’autres chemins à frayer. Une dizaine d’articles de linguistes, d’historiens et d’ethnologues nous invitent ici à les parcourir, en regard des expériences du passé propres aux mondes indien et européen.

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NASIR ABDOUL-CARIME, GRÉGORY MIKAELIAN, JOSEPH THACHQuelles consciences du passé pour les Khmers ?

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NASIR ABDOUL-CARIME, GRÉGORY MIKAELIAN, JOSEPH THACH

Quelles consciences du passé pour les Khmers ?

Laissons d’abord une source historique répondre à cette question. Le dimanche 27 février 1564, le roi Aṅg Cand fit graver une épigraphe sous les bas-reliefs qu’il avait ordonnés de faire sculpter à l’angle nord-est de la galerie extérieure du temple d’Angkor Vat :

Sa Majesté Mahāviṣṇuloka n’avait pas encore achevé deux panneaux ; montée sur le trône, Sa Majesté Braḥ Rājaoṅkār Paramarājādhirāj Paramapavitra ordonna qu’on s’efforce d’achever la sculpture des panneaux narratifs. En 1485 śaka, année du Porc, pleine lune du mois de Phalgun furent achevées les deux galeries des bras de l’angle, selon (l’esprit) du passé1.

Plusieurs dimensions de la perception du passé se trouvent imbriquées dans cette courte inscription. Une réminiscence du fondateur du temple, Suryavarman II (r. 1113–1150), est d’abord attestée par l’emploi de son nom posthume, Mahāviṣṇuloka, « (celui qui est allé) au grand paradis de Viṣṇu ». D’autres sources, antérieures et contemporaines, spécifient que ce souvenir historique coexistait avec une mémoire culturelle plus proche du mythe, le roi Suryavarman II étant alors associé au dieu des architectes dans une même figure fondatrice2. Une conscience de la durée mesurable se lit ensuite dans l’emploi d’un comput combinant le cycle duodécimal animalier et le calendrier luni-solaire du Cambodge ancien. Une...

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