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Une autre avant-garde

La métaphysique, le retour à la tradition et la recherche religieuse dans l’œuvre de René Daumal et de Daniil Harms

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Tetyana Ogarkova

Nés et morts pratiquement en même temps, René Daumal (1908-1944) et Daniil Harms (1905-1942) ont vécu simultanément les mêmes moments-clés dans leurs cheminements artistiques et philosophiques. Cet ouvrage évalue des œuvres de ces deux écrivains si éloignés géographiquement, cadets de deux grands mouvements modernistes du XX e siècle (le surréalisme français et le futurisme russe) et démontre l’évolution organique de l’avant-garde européenne dans les années 1920-1930. En s’appuyant sur une lecture critique de l’image courante d’une avant-garde libératrice, révolutionnaire et athée dans son culte du progrès, l’auteur met en lumière l’existence de cette autre avant-garde, métaphysique et même religieuse, anti-révolutionnaire dans sa résistance au progrès, et finalement, dans un sens plus large, « antimoderne ».
La poésie métaphysique, la vision du monde contemporain comme un « contre-monde », le sens de l’absurde et les projets sotériologiques, c’est là l’ensemble des questions abordées dans cet ouvrage. Il met en évidence cette face cachée de l’avant-garde telle que l’expriment ces deux écrivains dans leurs œuvres respectives, qui continuent aujourd’hui à susciter l’intérêt de leur lointaine postérité au-delà de tous les pessimismes et optimismes du XX e siècle.

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Chapitre II. Sources métaphysiques 63

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63 Chapitre II Sources métaphysiques Daumal écrit en 1930: «je consens le mot “Dieu” pour dire: / l’Unité ou plutôt: / ce qui n’est pas plusieurs, / ce qui n’est pas DEUX»112. Harms, pour sa part, dans un des traités théoriques de 1929, affirme: «L’unité n’est pas un nombre. L’unité est la première et l’unique perfection»113. Cette «unité» présente dans les deux citations appelle une explication et un éclaircissement. Curieusement, cette ressemblance frappante entre les deux phrases des deux écrivains nous permet de restituer toute l’histoire de la pensée et des lectures de nos auteurs. Au fur et à mesure des lectures, nous découvrons ainsi dans les textes de Daumal de nombreuses références à René Guénon et à l’adwaita des Upanishads, tandis que dans les textes de Harms nous ne manquons pas d’entendre d’étranges échos du Tertium Organum de Piotr Ouspenski et du Monde comme unité organique de Nikolaï Losski. Ces textes philosophiques peuvent être très éclairants pour remon- ter aux sources métaphysiques qui nourrissent la poésie de Daumal et certains textes de Harms. 112 DAUMAL R., Correspondance II, 1929-1932, op. cit., p. 129. 113 HARMS D., Écrits, op. cit., p. 375. 64 A. René Daumal: Adwaita et pensée hindoue «J’ai rarement rencontré une physionomie aussi pure que celle-ci» Gonzague Truc (à propos de René Guénon) L’adwaita, la non-dualité, constitue l’essentiel de l’enseignement des Upanishads, ces livres sacrés de l’Inde dont Daumal est lecteur...

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