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Cinéma dans la Tête

L’esthétique du film à la lumière des neurosciences

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Emmanuelle Glon

L’approche cognitiviste proposée dans cette étude vise à inscrire l’expérience que nous avons du film dans le prolongement créatif et ludique de notre activité générale de compréhension du monde et de l’esprit. De ce point de vue, l’image filmique n’est ni un objet de signification langagière, ni une cause de marginalité mentale, mais un vaste champ expérimental où s’élaborent et se révèlent la complexité et la finesse de la mentalisation humaine. Par la variété de ses formes, ses particularités techniques et scéniques ainsi que sa nature mouvante, le film est une subversion de la nature. En lui imposant ses prérogatives, le film permet au cerveau humain d’exploiter sa propre créativité, au-delà de ses propres lois et sans lequel l’expérience esthétique n’aurait jamais pu exister. En associant à la réflexion esthétique les apports explicatifs des neurosciences cognitives, l’analyse de l’expérience du film en général et du cinéma en particulier participe à un tournant dans la réflexion philosophique sur l’esprit.

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V. Cinéma et fiction - 109

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V. Cinéma et fiction La jurisprudence de toutes les nations montre que la loi, quand elle devient une science ou un système, cesse d’être la justice. Edgar Poe (Le Landor) Comment définir la fiction ? Intuitivement, des événements fictionnels sont des événements qui n’existent pas. Ainsi, les images de Casablanca représentent Rick et Ilsa tout comme ils représentent Bogart et Bergman. Au contraire, un film documentaire, censé représenter des événements qui existent ou existaient dans le passé, instancie ce qui précisément s’oppose à la fiction. Mais la fiction pos- sède un autre sens. Le terme de fiction désigne plus fondamentalement le type de rapport qu’un spectateur entretient avec une œuvre représentationnelle, ou plus largement un artefact à fonction esthétique. 1. Les deux sens de la fiction Ce n’est pas en voyant un individu converser avec un crâne que l’on pourrait savoir qu’il s’agit de Macbeth en proie à son esprit torturé. Entre l’explicitation des processus perceptuels du spectateur et l’explication des connaissances propositionnelles requises pour comprendre un film, il y a un pont à jeter. Autre- ment dit, à supposer que l’on puisse de manière plausible et cohérente maintenir une chaîne explicative allant de nos contenus perceptifs vers des contenus cette fois sémantiques des images, la question qui se pose alors est quel type d’imagi- naire sied le mieux aux représentations montrant par exemple E.T. s’envoler sur un porte-bagages. Nous sortons donc ici du...

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