Show Less

Lorsque le brouillard a cessé de nous écouter

Changement climatique et migrations chez les Q’eros des Andes Péruviennes

Geremia Cometti

Envisager le changement climatique du point de vue des acteurs qui en subissent les effets, tel est le pari de cet ouvrage. Les Q’eros forment une communauté transhumante établie dans la région de Cuzco (Pérou) dont la production agricole et le bétail sont significativement affectés par le changement climatique, notamment la variation du régime des pluies. Depuis une dizaine d’années, un nombre croissant de Q’eros migrent, principalement vers la ville de Cuzco. À partir d’enquêtes ethnographiques effectuées entre 2011 et 2014, cet ouvrage démontre la nécessité d’analyser la manière dont une société se représente le changement climatique afin de comprendre les interactions entre migrations et changement climatique. Par le biais d’une analyse des discours et des pratiques que les Q’eros maintiennent avec et au sein de leur environnement, cette étude révèle que la dichotomie nature–culture sur laquelle reposent les études conventionnelles des effets du changement climatique ne permet pas de rendre compte de la manière dont les Q’eros se représentent le changement climatique.

Prices

Show Summary Details
Restricted access

Introduction

Extract

L’influence croissante des activités humaines sur la biosphère a conduit de nombreux scientifiques contemporains à considérer l’homo sapiens faber comme une véritable force géologique. L’idée n’est cependant pas nouvelle. Déjà à la fin du XIXe siècle, le géologue italien Antonio Stop- pani (1873 : 732-739) forgeait la formule era antropozoica pour désigner l’époque de l’apparition de l’homme sur Terre et décrivait les actions humaines comme une force géologique. Inspiré par ce dernier et par la notion de noosphère proposée par Pierre Teilhard de Chardin et Vladi- mir Vernadsky1, Paul Crutzen développa en 2002 le concept d’Anthro- pocène pour désigner la nouvelle époque géologique au cours de laquelle l’activité humaine domine la face de la Terre2. Deux implications impor- tantes découlent de ce nouveau concept. En premier lieu, il suppose que l’histoire de la Terre vient de quitter l’Holocène, l’époque interglaciaire couvrant les 10 000 dernières années. En second lieu, il implique que depuis l’invention de la machine à vapeur par James Watt en 1784, les activités humaines sont largement responsables de la transition Holocène- Anthropocène et que, pour cette raison, les êtres humains peuvent être considérés comme une force géologique globale qui pousse la planète vers une véritable terra incognita3 (Crutzen 2002, Steffen et al. 2007, Zalasie- wicz et al. 2008). Depuis son introduction, ce terme a été progressivement accepté par une...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.