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Les États-Unis et la Société des Nations (1914–1946)

Le système international face à l’émergence d’une superpuissance

Ludovic Tournès

Bien qu’ils n’aient pas adhéré à la Société des Nations, les États-Unis ont largement participé à ses activités, jouant un rôle déterminant dans le développement des sections techniques, ancêtres des agences spécialisées de l’ONU (santé, travail, questions économiques, coopération intellectuelle). Les principaux acteurs de cette participation sont les fondations philanthropiques, notamment la Rockefeller foundation et la Carnegie endowment for international peace. Décidées à intégrer coûte que coûte les États-Unis dans le système sociétaire afin de pouvoir influer sur l’élaboration de normes internationales, les fondations sont tout au long de l’histoire de la SdN des soutiens financiers et des partenaires intellectuelles majeures. Le gouvernement américain n’est pas absent du processus : comprenant l’intérêt de ne pas rester aux portes de l’organisation internationale, il envoie des experts dans les multiples commissions créées par la SdN et soutient discrètement l’activité des fondations. La participation américaine, officieuse mais massive, contribue ainsi à remodeler dès l’entre-deux-guerres le système international.
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VIII. L’américanisation de la coopération intellectuelle

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VIII.    L’américanisation de la coopération intellectuelle

Le secteur de la coopération intellectuelle témoigne également de la participation accrue des États-Unis aux activités techniques de la SdN au cours des années trente. Cette participation s’opère dans le cadre de la Conférence permanente des hautes études internationales, qui constitue l’un des principaux projets mis en œuvre par la CICI et l’IICI au cours de cette décennie. La fondation Rockefeller et la Carnegie endowment for international peace vont rapidement s’intéresser à ce projet et en devenir les bailleurs de fonds uniques, puis le détourner de son objectif originel qui consistait à étudier les relations internationales et la sécurité collective, pour en faire un laboratoire de l’étude du commerce international complémentaire du travail mené par l’Organisation économique et financière. Pour réaliser cette prise de pouvoir intellectuelle, elles mettent en place une importante entreprise collective de production de savoir appuyée sur un réseau international d’instituts d’études de la conjoncture économique et de chercheurs dont la Conférence permanente constitue le carrefour. C’est dans cette entreprise que se manifeste de la façon la plus évidente la spécificité de la diplomatie des grandes fondations américaines, fondée sur la création et l’expansion de réseaux d’experts qui vont contribuer d’une part à reconfigurer les champs nationaux des sciences sociales en Europe, mais aussi à imposer l’idée selon laquelle la solution à la Dépression est le...

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