Show Less
Restricted access

Lorsque le brouillard a cessé de nous écouter

Changement climatique et migrations chez les Q’eros des Andes Péruviennes

Geremia Cometti

Envisager le changement climatique du point de vue des acteurs qui en subissent les effets, tel est le pari de cet ouvrage. Les Q’eros forment une communauté transhumante établie dans la région de Cuzco (Pérou) dont la production agricole et le bétail sont significativement affectés par le changement climatique, notamment la variation du régime des pluies. Depuis une dizaine d’années, un nombre croissant de Q’eros migrent, principalement vers la ville de Cuzco. À partir d’enquêtes ethnographiques effectuées entre 2011 et 2014, cet ouvrage démontre la nécessité d’analyser la manière dont une société se représente le changement climatique afin de comprendre les interactions entre migrations et changement climatique. Par le biais d’une analyse des discours et des pratiques que les Q’eros maintiennent avec et au sein de leur environnement, cette étude révèle que la dichotomie nature–culture sur laquelle reposent les études conventionnelles des effets du changement climatique ne permet pas de rendre compte de la manière dont les Q’eros se représentent le changement climatique.
Show Summary Details
Restricted access

Prologue

Extract



Le soleil brillait très fort mais cela ne suffisait pas à compenser le vent froid qui soufflait en cette journée de mai. J’étais arrivé à Q’ero quelque semaines auparavant et j’accompagnais un jeune chamane qui faisait paître ses alpagas lorsque, soudain, une couche intense de brouillard s’élevant de la forêt amazonienne nous envahit. Le jeune Q’ero s’assit à côté de moi et, tout en fixant le brouillard, il me raconta l’histoire suivante :

Un jour, un des plus puissants chamanes de Q’ero, un altumisayuq, décida de s’asseoir à l’extérieur de sa maison pour regarder ses montagnes sacrées, ses Apu. Lorsqu’il sortit de sa maison, il se rendit compte qu’il y avait un brouillard opaque qui inondait toute la vallée. Rien de nouveau pour Q’ero à vrai dire. Un fois assis, l’altumisayuq commença à mâcher ses feuilles de coca et à souffler dans la direction des montagnes. Il voulait voir les montagnes et il demanda donc gentiment au brouillard de se décaler pour lui permettre d’apercevoir les pics enneigés des Apu. Mais le brouillard ne bougea pas. Il essaya à nouveau : « Brouillard, s’il-te-plaît, pourrais-tu me laisser contempler la beauté des montagnes ? ». Le brouillard ne bougea toujours pas. L’altumisayuq décida alors de monter un peu plus en haut, sur la colline qui domine son village. Mais même depuis le haut de la colline, il ne par­venait pas à voir ses montagnes. Il essaya donc une fois de plus de...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.