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L’Etat au pays des merveilles

L’Etat et le projet étatique en Nouvelle-Calédonie

Peter Lindenmann

L’Etat au pays des merveilles décrit un projet de construction d’état contemporain. En Nouvelle-Calédonie, une ancienne colonie française dans le Pacifique Sud, une situation de conflit dans les années 80 a engendrée une succession de statuts cherchant à régler la situation difficile d’un territoire dépendant, mais ne pas intégré, d’un état européen distant de 20'000 km. L’Accord de Nouméa, conclu en 1998 entre loyalistes, indépendantistes et l’Etat central, a pavé la route pour une émancipation évolutive de la Nouvelle-Calédonie. Des transferts de compétences irréversibles, accompagnés par des formations préparatoires pour les futurs administrateurs et les crédits nécessaires sont le moyen de choix de la France pour accompagner le projet étatique calédonien. Ce livre, écrit dans une perspective de départ d’une tribu, d’une commune rurale en brousse, cherche à illuminer l’intérieur de ce processus à long terme pour comprendre le comment et le pourquoi de cette transformation de conflit réussie. Basé sur une longue recherche de terrain et un grand nombre d’entretiens, le livre fait le cas d’un projet étatique différent, sur une trajectoire unique et s’éloignant de plus en plus de la France métropolitaine.
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Régner

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En employant le verbe régner, je veux parler de l’utilisation du pouvoir politique. Dans ce champ d’activité de l’État, je souhaite analyser la manière dont les différents acteurs procèdent en Nouvelle-Calédonie. Pour cela, il faut d’abord clarifier le terme « pouvoir ». Le pouvoir est le thème central de la discussion sur l’État en sciences sociales. Les idées les plus répandues se disent toutes influencées par le sociologue allemand Max Weber. Celui-ci a défini le pouvoir comme la capacité à imposer à une personne distincte d’obéir à un ordre (Weber 1980 : 28). Heinrich Popitz est encore plus précis quand il développe cette idée : pour lui le pouvoir, spécialement le pouvoir étatique, est la phase finale d’une institutionnalisation de la force17 (Popitz 1999 : 260). L’idée de phase finale ne doit pas être comprise dans une perspective évolutionniste. Le processus n’est pas irréversible, le pouvoir étatique peut être établi mais il peut être également à nouveau perdu. D’après Popitz, certaines conditions doivent être remplies pour pouvoir parler de pouvoir étatique. Il faut d’abord qu’il existe un ordre hiérarchique de positions qui exercent conjointement le pouvoir. Il ne doit pas y avoir un seul tout-puissant, mais un groupe de fonctionnaires du pouvoir, différenciés et collaboratifs (Popitz 1999 : 256/257). Le pouvoir doit être dépersonnalisé ce qui signifie qu’une fonction possède une continuité qui dépasse...

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