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Raymond Aron et l’Europe

Itinéraire d’un Européen dans le siècle

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Olivier de Lapparent

L’engagement européen de Raymond Aron est méconnu. Au mieux, on entrevoit qu’il rejette dos à dos Monnet et De Gaulle, preuve de son euroscepticisme supposé. Au pire, on le considère comme le chantre d’un atlantisme forcené où l’Europe est assujettie aux Etats-Unis. La question ne se règle pas aussi facilement. Il s’agit d’étudier l’itinéraire européen d’Aron tout au long de ses actions de militant et de ses écrits, dès ses premiers articles au début des années trente jusqu’à ses derniers éditoriaux en octobre 1983. Comment a-t-il pensé l’Europe à travers ses livres, articles, cours et conférences ? Quel Européen se bat pour quelle forme d’Europe ? Croit-il en une identité européenne spécifique ?
En abordant des thèmes récurrents dans les travaux d’Aron, comme le devoir de responsabilité de l’intellectuel, la question du déterminisme historique, la dénonciation de l’idéologie et de ses dangers, la lutte contre le totalitarisme, l’analyse des relations internationales et la problématique de l’hypothétique crise ou décadence de la civilisation occidentale, ce livre a pour ambition d’éclairer par un prisme original – l’Europe – la figure d’un des plus grands intellectuels français du XX e siècle.

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Chapitre III Choisir son camp 27

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Chapitre III Choisir son camp En 1945, le différend naissant entre les anciens alliés s’inscrit dans l’espace et la géographie. L’interférence de l’antagonisme idéologique et de la compétition implicite pour l’hégémonie expliquent la rapidité de la dégradation de la situation internationale: en 1945 c’est l’après- guerre, en 1947 la guerre froide. Lorsque celle-ci se met en place, Aron apparaît intellectuellement stabilisé et idéologiquement armé1. En 1946, à propos de l’attitude à adopter face à l’URSS, il quitte le comité de rédaction des Temps modernes2. Il prend acte d’un monde coupé en deux: «Face à une secte à la fois militaire et religieuse, qui applique en toute rigueur le principe: qui n’est pas avec moi est contre moi, la seule attitude honorable est l’assentiment total ou le refus ab- solu. Il n’y a pas de demi-mesure3». La guerre coupe l’Europe en deux. L’idée d’unité européenne ex- posée au temps de la résistance peut-elle résister à l’éclatement des alliances passées? Antoine Fleury et Robert Frank4 soulignent que l’idée d’une Europe unie à l’issue de la victoire alliée est morte aussi- tôt née. La guerre froide a poussé une partie de l’Europe à s’unir contre l’empire soviétique. Pour certains anciens résistants non com- munistes, l’antifascisme qui suscitait un sentiment proeuropéen durant 1 On s’en rend bien compte à la lecture du Grand schisme publié en 1948. 2 Aron participait dès sa création,...

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