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Raymond Aron et l’Europe

Itinéraire d’un Européen dans le siècle

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Olivier de Lapparent

L’engagement européen de Raymond Aron est méconnu. Au mieux, on entrevoit qu’il rejette dos à dos Monnet et De Gaulle, preuve de son euroscepticisme supposé. Au pire, on le considère comme le chantre d’un atlantisme forcené où l’Europe est assujettie aux Etats-Unis. La question ne se règle pas aussi facilement. Il s’agit d’étudier l’itinéraire européen d’Aron tout au long de ses actions de militant et de ses écrits, dès ses premiers articles au début des années trente jusqu’à ses derniers éditoriaux en octobre 1983. Comment a-t-il pensé l’Europe à travers ses livres, articles, cours et conférences ? Quel Européen se bat pour quelle forme d’Europe ? Croit-il en une identité européenne spécifique ?
En abordant des thèmes récurrents dans les travaux d’Aron, comme le devoir de responsabilité de l’intellectuel, la question du déterminisme historique, la dénonciation de l’idéologie et de ses dangers, la lutte contre le totalitarisme, l’analyse des relations internationales et la problématique de l’hypothétique crise ou décadence de la civilisation occidentale, ce livre a pour ambition d’éclairer par un prisme original – l’Europe – la figure d’un des plus grands intellectuels français du XX e siècle.

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Chapitre VI Identité, conscience et sentiment européens 77

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Chapitre VI Identité, conscience et sentiment européens1 La notion d’identité implique une reconnaissance de l’autre en tant que membre d’une communauté historique, géographique, religieuse, la conscience de partager une «communauté de destins»: «L’identité européenne est donc une conscience d’être européen, par opposition à ceux qui ne le sont pas, une conscience de similitude, un sentiment d’appartenance2». L’identité naît grâce à autrui. Les Etats-Unis, en aidant l’Europe par le biais de l’OECE, font prendre conscience à différentes nations qu’elles font partie d’une même communauté. Le regard de l’autre en a été le révélateur. Une identité commune se fait également contre un autre. La peur de tomber sous le joug soviétique favorise une identité européenne qui se nourrit d’anticommunisme. L’idée européenne doit-elle se réduire à une idée «contre»? L’identité européenne propre, c’est-à-dire pour et par elle-même, est à construire. La prise de conscience d’être européen, la conscientisation, est une réalité distincte. Elle n’est pas la phase postérieure, ni nécessairement la phase consécutive, de l’identité. Elle implique la volonté de cons- truire l’Europe et de lui donner un cadre institutionnel. Cette prise de conscience se traduit par quelques initiatives3. Georges Bidault, le 20 1 Ce chapitre reprend des éléments chronologiques des chapitres précédents et étudie les thèmes transversaux d’identité, de sentiment et de conscience, con- cepts développés notamment dans: Robert Frank (dir.), les identités euro-...

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