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Raymond Aron et l’Europe

Itinéraire d’un Européen dans le siècle

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Olivier de Lapparent

L’engagement européen de Raymond Aron est méconnu. Au mieux, on entrevoit qu’il rejette dos à dos Monnet et De Gaulle, preuve de son euroscepticisme supposé. Au pire, on le considère comme le chantre d’un atlantisme forcené où l’Europe est assujettie aux Etats-Unis. La question ne se règle pas aussi facilement. Il s’agit d’étudier l’itinéraire européen d’Aron tout au long de ses actions de militant et de ses écrits, dès ses premiers articles au début des années trente jusqu’à ses derniers éditoriaux en octobre 1983. Comment a-t-il pensé l’Europe à travers ses livres, articles, cours et conférences ? Quel Européen se bat pour quelle forme d’Europe ? Croit-il en une identité européenne spécifique ?
En abordant des thèmes récurrents dans les travaux d’Aron, comme le devoir de responsabilité de l’intellectuel, la question du déterminisme historique, la dénonciation de l’idéologie et de ses dangers, la lutte contre le totalitarisme, l’analyse des relations internationales et la problématique de l’hypothétique crise ou décadence de la civilisation occidentale, ce livre a pour ambition d’éclairer par un prisme original – l’Europe – la figure d’un des plus grands intellectuels français du XX e siècle.

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Chapitre IX L’Europe survivra-t-elle à 1984? 117

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Chapitre IX L’Europe survivra-t-elle à 19841? En 1980, «Le jeu de Moscou crève les yeux: […] les oligarques du Kremlin s’efforcent d’élargir le fossé entre les Etats-Unis et l’Europe et d’inciter la RFA à chercher le salut dans la neutralité2». Raymond Aron incite à prendre conscience de retournements inquiétants: «Les Allemands ont retrouvé le sens de leur intérêt national, mais cette découverte ne les amène pas à resserrer les liens avec la France ou avec la Communauté européenne; ils tournent les yeux vers l’Est3». Habitués à la puissance militaire soviétique, l’Europe et les Etats-Unis semblent de plus en plus se détacher l’un de l’autre. Des deux côtés de l’océan, les analyses sont différentes: «L’Administration Reagan est revenue à une psychologie de guerre froide, étrangère à celle de tous les Européens4». L’Europe force son indépendance en occultant le tutorat du condominium américano-soviétique. Aron dégage l’indispensable du souhaitable et le court terme du long terme. Il souhaite parer au plus pressé avec les Etats-Unis tout en espérant à terme une réelle émancipation européenne: «Tant que l’empire soviétique subsiste tel qu’il est, expansionniste, surarmé, l’effort des Européens pour s’affirmer eux-mêmes me semble souhai- table, mais l’alliance avec les Etats-Unis reste elle, tout autant qu’hier, indispensable5». Par ce mode de raisonnement, Aron a souvent été accusé d’être un allié aveugle des Etats-Unis. 1 Titre de l’éditorial d’Aron de L’Express, 15-21 septembre 1979. 2...

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