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Les Incertitudes de la présence

Identités narratives et expérience sensible dans la littérature contemporaine de langue française- Algérie-France-Québec

Daniel Marcheix

Les parcours identitaires fictifs que donnent à lire de nombreux récits contemporains se nourrissent de leur ancrage dans la phénoménalité du sensible. Cet ouvrage est consacré à l’étude de cette corrélation, aux modalités de sa mise en discours et à ses effets en termes de signification. Les œuvres analysées sont algériennes, françaises, québécoises et appartiennent donc à la littérature de langue française considérée en extension, sans les insidieuses hiérarchisations dont est trop souvent porteuse la notion de littérature francophone. L’auteur y examine les opérations énonciatives et narratives par lesquelles se déploient les expériences sensibles de personnages qui sont d’abord et avant tout des corps sentants et percevants. Puis il montre comment de ces modes de présence au monde sensible surgissent des formes de vie qui sont précisément les manifestations signifiantes d’identités conçues comme des effets induits par les ressources formelles des textes.

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12. Pierre Bergounioux et la «haute tension» de l’écriture 197

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12. Pierre Bergounioux et la «haute tension» de l’écriture «Je suis de Brive. Si j’ai mis longtemps à concevoir qu’on puisse naître ailleurs, vivre autrement, ce fut par la force des choses» (Bergounioux, 1997a: 7). Pareille affirmation, tout entière arc-boutée sur sa propre évi- dence, prend la force d’un postulat et irrigue l’ensemble de l’œuvre de Pierre Bergounioux. Mais loin d’obéir à un quelconque culte régionaliste et folklorique, cet obsédant retour sur un passé personnel et familial an- cré dans la «vie étrange, précaire» (PM1 14) d’une province, est en vérité une puissante méditation sur sa propre altérité. L’«étranger de l’in- térieur» est devenu un lieu commun, tant il est désormais établi que «[t]out indigène se sent plus ou moins «étranger» à sa «propre» place» (Kristeva, 1996: 32). Chez Pierre Bergounioux, ce sentiment d’étrangeté est lié à la conscience d’une disjonction différenciatrice face à l’hostilité du monde sensible qui se dérobe à l’appropriation symbolique. Et toute son œuvre est parcourue par cette tension vers une écriture qui, loin de «quitt[er] le sol de la vie immédiate» (HT2 5), de «sacrifier le registre sensible» (HT 2), puisse seulement «s’en éloigner suffisamment pour qu’en apparaisse le relief véritable» (HT 3). C’est l’hypothèse que nous voudrions mettre à l’épreuve de l’œuvre en privilégiant deux récits, Le premier mot et Simples, magistraux et autres antidotes. Publiés la même année, en...

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