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La parole de l’autre

L’écriture de Dino Buzzati à l’épreuve de la traduction

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Cristina Vignali

Le style de Dino Buzzati est-il, comme l’a considéré longtemps la critique, linéaire, sans effets, trop journalistique ? Son apparente simplicité est-elle manque d’épaisseur, de relief ? Par l’analyse minutieuse d’un large corpus d’œuvres buzzatiennes et de leurs traductions françaises respectives, embrassant toute la production romanesque de l’écrivain et la plupart de ses recueils de nouvelles, l’auteur de cette étude montre au contraire toute la subtilité de l’écriture d’un des grands prosateurs italiens du XX ème siècle. Les résultats de cette enquête mettent en lumière des mécanismes stylistiques insoupçonnés dans la création des atmosphères de mystère, de vague inquiétude ou de tourment qui caractérisent l’œuvre de Buzzati. L’envoûtement des hauteurs dans Bàrnabo delle montagne, le charme hypnotique du Deserto dei Tartari ou les affres de la passion dans Un amore apparaissent alors sous un jour nouveau.

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Première partie - L’économie raisonnée de la langue

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Première partie L’économie raisonnée de la langue Chapitre I Le mot précis […] mi piacciono in genere quelli che rappresentano queste cose fantasticate nel modo più preciso e realistico […]1. Par le terme d’économie raisonnée nous entendons définir la gestion méticuleuse de la langue opérée par Buzzati grâce à une mise en œuvre subtile de procédés sémantiques et stylistiques qu’il convient à présent d’analyser. Une des facettes de cette économie raisonnée est la précision lin- guistique, laquelle constitue une préoccupation majeure chez Buzzati. Les considérations de l’écrivain sur le rôle que la précision possède au sein de son œuvre narrative incitent à un approfondissement sur la ques- tion. Lors de ses entretiens avec Yves Panafieu en 1971, l’écrivain met en avant l’exigence de vraisemblance qui est propre au genre fantas- tique2, vraisemblance que l’on obtient à travers l’effort constant de ra- conter l’histoire fantastique d’une manière qui se rapproche le plus pos- sible de la chronique3. Pour que l’écriture fantastique soit efficace, elle doit adopter « une forme aussi réelle que possible »4, dans le but de créer 1 Y. PANAFIEU, Un autoritratto, op. cit., p. 175. Dans la traduction d’Yves Panafieu: « […] j’aime en général ceux qui représentent ces choses imaginées, de la manière la plus précise et réaliste […] » (Buzzati. Mes Déserts, op. cit., p. 260). 2 Nous sommes bien...

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