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Quand la parenté impose, le don dispose

Organisation sociale, don et identité dans les communautés mapuche de la province de Neuquén (Argentine)

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Sabine Kradolfer

Les Mapuche sont connus pour leur longue et forte résistance qui s’exprime encore aujourd’hui face aux états argentin et chilien. Ce livre propose une analyse des relations sociales au sein des communautés qui fonctionnent comme la référence par excellence de la société mapuche, alors même qu’une grande partie de sa population vit en zone urbaine. Les communautés sont cependant difficiles à identifier au premier abord, à la fois en raison de la dispersion de leur habitat, car rien dans leur organisation spatiale ne suggère la présence de localités, mais aussi parce que les structures politiques semblent complètement désarticulées et que le pouvoir est éclaté au sein des petites unités que sont les groupes domestiques. S’inspirant de la théorie du don de Marcel Mauss, l’auteure montre que le lien social communautaire repose sur des entrelacs d’échanges réciproques de biens et de services à tous les niveaux de l’organisation sociale faisant de ces échanges des marqueurs identitaires aussi pertinents et déterminants que la langue, la religion ou le territoire.

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Conclusion 267

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267 Conclusion Les communautés mapuche sont très différentes des deux modes d’orga- nisation sociale emblématiques de l’Amérique du Sud que sont la maloca amazonienne et l’ayllu andin. L’une des différences matérielles les plus visible s’observe au niveau de l’habitat. En effet, la dispersion de l’ha- bitat mapuche ne permet pas d’identifier les limites des communautés, ni de comprendre ce qui unit les groupes domestiques, ce qui fait d’eux une communauté, un NOUS particulier. Pourtant chaque communauté forme une unité spécifique et autonome, dont ses habitants ont cons- cience et qu’ils définissent comme telle: «Nous les Antiñir-Pilquiñan, les Painemil, etc.». Parallèlement, ils affirment aussi leurs appartenances à des ensembles plus vaste: les Mapuche de Neuquén, regroupés dans la Confederación Mapuche Neuquina, les Mapuche argentins provenant de différentes provinces, ou encore, le peuple mapuche tout entier qui re- groupe les populations d’Argentine et du Chili. Les affirmations et re- vendications d’une identité propre à chaque communauté – qui sont par exemple visibles dans les rituels communautaires comme le Nguillatun, dont les formes varient d’une communauté à l’autre (Pereda et Perrota 1994) – donnent à l’observateur extérieur, une impression d’anarchie. Cependant, bien que cette première impression me revienne de temps à autre à l’esprit, je pense au terme de cette étude qu’il faut parler «d’anar- chie ordonnée» en reprenant l’expression bien connue d’Evans-Prit- chard au sujet de l’organisation sociale des Nuer (1978: 211). Par ailleurs, si je suis encline à poser l’hypoth...

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