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Citoyennes sous tutelle

Le mouvement féministe « radical » dans l’Allemagne wilhelmienne

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Anne-Laure Briatte-Peters

Les féministes « radicales » ont été le fer de lance du mouvement féministe allemand. Leur projet était de s’attaquer à la racine du problème de la condition féminine, en repensant l’ordre social, économique et politique allemand. La revue Die Frauenbewegung permet de reconstituer les présupposés et les enjeux de leurs luttes, ainsi que leurs stratégies de mobilisation. Revendiquant l’égalité civique comme le levier nécessaire à l’obtention de tous les autres droits, les « radicales » durent affronter la double résistance de la majorité du mouvement féministe, soucieuse de son établissement dans la société bien-pensante, et des libéraux, qui rechignaient à soutenir leurs revendications. Cet ouvrage rend visibles les formes d’intervention politique de ces femmes qui aspiraient à participer au progrès et à contribuer aux réflexions suscitées par l’avènement de la modernité. Tournées en dérision par les uns, décriées par les autres, elles ont inventé la citoyenneté au féminin, imaginant de nouvelles formes de militantisme.

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Introduction 1

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1 des gouvernements et des partis politiques et dont seuls les hommes sont les acteurs. D’aucuns dénoncent la persistance, aujourd’hui encore, de cette appréhension de la politique – y compris dans les recherches sur l’histoire des femmes –, qui se traduit en particulier par une vision dichotomique et hiérarchisée des mouvements féministes, divisés en mouvements politiques et mouvements féminins d’une autre nature, ne relevant pas du véritable féminisme.23 Pour une «nouvelle histoire du politique», à plus forte raison pour des travaux analysant les rapports de pouvoir entre les genres, l’historienne Ute Frevert préconise: une conception large de la politique, qui ne soit pas restreinte aux activités de l’État, de l’administration et de leur personnel […]. Elle permet par exemple d’étudier des groupes sociaux dont la marge de manœuvre politique au sens clas- sique était extrêmement limitée, mais qui disposaient cependant de moyens d’exprimer leur opinion politique au sens large. Parmi eux figurent (aujourd’hui en- core) les femmes, mais aussi les jeunes ou des minorités ethniques.24 Nous retiendrons comme définition de la politique celle proposée par Kirs- ten Heinsohn: on entend par politique une action collective visant à modifier la répartition de pouvoir, d’influence et de ressources au sein d’un groupe ou d’une société.25 Notre enquête consistera à comprendre les «radicales» comme des actrices politiques ainsi qu’à saisir le projet de réforme fonda- mentale de la société qui sous-tendait leurs revendications. D...

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