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Les États-Unis et la Société des Nations (1914–1946)

Le système international face à l’émergence d’une superpuissance

Ludovic Tournès

Bien qu’ils n’aient pas adhéré à la Société des Nations, les États-Unis ont largement participé à ses activités, jouant un rôle déterminant dans le développement des sections techniques, ancêtres des agences spécialisées de l’ONU (santé, travail, questions économiques, coopération intellectuelle). Les principaux acteurs de cette participation sont les fondations philanthropiques, notamment la Rockefeller foundation et la Carnegie endowment for international peace. Décidées à intégrer coûte que coûte les États-Unis dans le système sociétaire afin de pouvoir influer sur l’élaboration de normes internationales, les fondations sont tout au long de l’histoire de la SdN des soutiens financiers et des partenaires intellectuelles majeures. Le gouvernement américain n’est pas absent du processus : comprenant l’intérêt de ne pas rester aux portes de l’organisation internationale, il envoie des experts dans les multiples commissions créées par la SdN et soutient discrètement l’activité des fondations. La participation américaine, officieuse mais massive, contribue ainsi à remodeler dès l’entre-deux-guerres le système international.

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VII. Réorganiser l’économie mondiale

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Avec la création de l’Organisation économique et financière (OEF) en 1927, la SdN s’impose comme l’un des lieux majeurs d’élaboration d’une analyse des phénomènes économiques et un carrefour important dans la circulation internationale des experts. Son objectif est d’entreprendre des recherches scientifiques sur les questions économiques internationales afin de trouver des solutions aux problèmes issus de la Première guerre mondiale, puis de la crise de 1929. Les États-Unis s’intéressent rapidement à ces travaux d’expertise, et à partir du début des années trente, la fonda- tion Rockefeller soutient activement l’Organisation économique et finan- cière, notamment son Service de renseignement économique qui lance des enquêtes collectives pour comprendre le mécanisme des dépressions. Ce soutien s’inscrit dans un projet global de la fondation consistant à finan- cer des instituts d’études de la conjoncture économique dans l’ensemble de la planète, afin de cumuler leurs travaux et d’acquérir ainsi une vision d’ensemble des mécanismes de l’économie mondiale. Ce faisant, la fonda- tion contribue à l’expansion des activités de l’Organisation au cours des années trente ; alors que la SdN s’enfonce dans le discrédit du point de vue politique, l’Organisation économique et financière conquiert une vraie légitimité auprès des experts économistes du monde entier, et sa position au carrefour de nombreux réseaux s’en trouve renforcée. Ce dynamisme intellectuel soutenu par la philanthropie américaine explique pourquoi l’Organisation économique et financière continuera son activit...

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