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Les États-Unis et la Société des Nations (1914–1946)

Le système international face à l’émergence d’une superpuissance

Ludovic Tournès

Bien qu’ils n’aient pas adhéré à la Société des Nations, les États-Unis ont largement participé à ses activités, jouant un rôle déterminant dans le développement des sections techniques, ancêtres des agences spécialisées de l’ONU (santé, travail, questions économiques, coopération intellectuelle). Les principaux acteurs de cette participation sont les fondations philanthropiques, notamment la Rockefeller foundation et la Carnegie endowment for international peace. Décidées à intégrer coûte que coûte les États-Unis dans le système sociétaire afin de pouvoir influer sur l’élaboration de normes internationales, les fondations sont tout au long de l’histoire de la SdN des soutiens financiers et des partenaires intellectuelles majeures. Le gouvernement américain n’est pas absent du processus : comprenant l’intérêt de ne pas rester aux portes de l’organisation internationale, il envoie des experts dans les multiples commissions créées par la SdN et soutient discrètement l’activité des fondations. La participation américaine, officieuse mais massive, contribue ainsi à remodeler dès l’entre-deux-guerres le système international.

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IX. De Genève à Princeton : mort et renaissance de la SdN

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La période qui s’ouvre avec la Deuxième guerre mondiale est paradoxale pour la Société des Nations : d’un côté, elle voit l’aboutissement du pro- cessus de démantèlement du système sociétaire ; de l’autre, elle est mar- quée par l’arrivée à maturité d’une vision globale de la coopération in- ternationale dont les contours ont commencé à être tracés avant 1939, et qui deviendra la colonne vertébrale du projet onusien d’organisation du monde d’après-guerre, conçu comme la réponse des démocraties aux pro- jets nazi d’une part, et communiste de l’autre. Dans ce double processus de démantèlement institutionnel et de reconstruction intellectuelle, la place des États-Unis est importante, et ce, à trois niveaux. D’abord parce que la SdN a entamé au cours des années trente un processus de réforme de ses institutions dont l’un des objectifs est d’obtenir l’entrée des États- Unis, seule manière de sauver le système sociétaire de la débâcle. Ensuite parce qu’une partie des services de la SdN déménage aux États-Unis en 1940, sous l’impulsion des milieux internationalistes américains et avec le soutien financier des grandes fondations. Enfin parce que ces services travaillent à la réorganisation du monde d’après-guerre avec le soutien financier des mêmes fondations et sont intégrés dans les réseaux d’experts américains qui travaillent pour l’administration fédérale et auxquels les experts européens de la...

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