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La circonstance lyrique

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Edited By Claude Millet

« Le monde est si grand, si riche, et la vie offre un spectacle si divers que les sujets de poésie ne feront jamais défaut. Mais il est nécessaire que ce soient toujours des poésies de circonstance, autrement dit il faut que la réalité fournisse l’occasion et la matière. »
C’est en partant de cette fameuse déclaration faite par Goethe à Eckermann que les contributeurs de ce volume ont voulu décentrer l’approche du lyrisme de son sujet à sa circonstance. Soit, étymologiquement, ce qui se tient debout autour du Je, et ce qui lui fournit à la fois son « occasion » et sa « matière ».
Ce travail de décentrement, opéré sur le temps long de l’histoire de la poésie – de Pindare à Jean-Marie Gleize ou Marc Quaghebeur en passant par les chants de croisade, les hymnes et péans des guerres de religion ou encore Francis Ponge et Christian Dotremont – entend ainsi attirer l’attention sur deux dimensions de la poésie lyrique. Sa valeur de performance, en situation. Sa capacité à se saisir de la réalité.

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DEUXIÈME PARTIE. CIRCONSTANCES PRIVÉES

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DEUXIÈME PARTIE CIRCONSTANCES PRIVÉES 1. La circonstance détournée : deuil et poésie chez Catulle Une origine de l’élégie et ses lectures ovidiennes Jacqueline FABRE-SERRIS Le carmen 66 de Catulle est l’exécution d’une promesse : le don d’une pièce poétique que Catulle s’était engagé à envoyer à un de ses amis, Ortalus. Mais le carmen 66 n’est pas le texte attendu. On l’apprend à la lecture du carmen 65 qui le précède et l’introduit. Impossible de savoir exactement ce que Catulle avait promis. On saura seulement que le chagrin constant, qui l’accable depuis la mort brutale de son frère à Troie, le tient éloigné de la pratique de la poésie. Cet éloignement toutefois souffre une exception : Catulle composera toujours des chants de deuil qu’il comparera à ceux du rossignol. Qu’est donc le texte envoyé à Ortalus ? Celui d’un autre poète : une traduction de Callimaque, qui est alors le modèle d’une partie des jeunes écrivains romains. Le poème choisi est un texte de circonstance. La reine Bérénice, qui avait épousé le roi Ptolémée Évergète, promit aux dieux une boucle de ses cheveux si son époux revenait sain et sauf d’une expédition guerrière en Syrie. Ce v”u fut exaucé. La reine consacra sa boucle, qui fut déposée dans un temple. Mais la boucle disparut. L’astronome Conon déclara avoir découvert, près du Lion et de la Vierge, une nouvelle constellation dans...

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