Show Less

Normes et rivalités diplomatiques à l’ONU

Le Conseil de sécurité en audience

Series:

David Ambrosetti

Lorsqu’ils traitent des conflits armés et des violences aux conséquences humanitaires les plus graves, tels que ceux qui ont ensanglanté la région africaine des Grands Lacs ou encore la Sierra Leone dès 1990, les décideurs diplomatiques à l’ONU ne sauraient perdre de vue les intérêts des États qu’ils servent. Ces intérêts ne peuvent toutefois êtres compris hors des normes partagées par les différents acteurs engagés sur ces dossiers. Construites au fil des pratiques, selon des ressources très inégalement partagées, ces normes fonctionnent comme des balises dans la reconnaissance de l’influence entre pairs et entre partenaires. Si elles facilitent la reproduction quotidienne de l’influence, elles supposent également le risque de discrédit et de déclassement dans les arènes multilatérales.
Pour le montrer, le présent ouvrage replace ces diplomates gestionnaires de conflits armés face à leurs « audiences », et mesure les risques que ces dernières font peser sur eux dans leur travail quotidien. En appliquant aux relations internationales des outils forgés par la sociologie, et fort d’une observation du travail diplomatique au Conseil de sécurité de l’ONU, l’auteur porte un éclairage original sur la prise de décision en politique étrangère, en particulier sur le poids de l’image médiatique et de la politique intérieure au cœur des rivalités diplomatiques.

Prices

Show Summary Details
Restricted access

CHAPITRE II. L’environnement normatif des décideurs de la politique étrangère de la France 79

Extract

79 CHAPITRE II L’environnement normatif des décideurs de la politique étrangère de la France Toute politique étrangère d’un État est le fruit d’innombrables pra- tiques de décideurs politiques et d’agents étatiques. De telles pratiques se reproduisent en vertu de systèmes de pensée précis, des systèmes à la fois cognitifs – qui informent l’agent sur le monde qui l’entoure – et normatifs – qui indiquent à l’agent ce qu’il devrait faire. Comme tout autre ensemble de pratiques, la politique de la France au Rwanda de 1990 à 1994 regorge d’attentes collectives, de normes, attachées à des positions sociales précises, collectivement reconnues et sanctionnées dans des espaces sociaux précis. En cela, les modes de calcul diploma- tiques appellent une analyse sociologique approfondie. Une caractéris- tique précise des normes occupe l’essentiel de ce travail : leur nature socialement sanctionnée. Cette caractéristique renvoie aux positions sociales des agents et aux normes qui s’y rattachent. Les décisions de politique étrangère que nous étudions ne peuvent se comprendre hors de la reconnaissance collective de positions sociales précises. Celle de patron protégeant ses clients face aux rivaux occupe une place impor- tante à nos yeux. Depuis les décolonisations, ces positions reposent sur la reproduction de pratiques, de « dons », sources de « contre-dons », qui renvoient aux garanties de sécurité offertes par les présidents fran- çais successifs à leurs clients. La ressource militaire constitue un pilier dans la reproduction de ces relations d’échange. Comme toute ressource,...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.