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Normes et rivalités diplomatiques à l’ONU

Le Conseil de sécurité en audience

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David Ambrosetti

Lorsqu’ils traitent des conflits armés et des violences aux conséquences humanitaires les plus graves, tels que ceux qui ont ensanglanté la région africaine des Grands Lacs ou encore la Sierra Leone dès 1990, les décideurs diplomatiques à l’ONU ne sauraient perdre de vue les intérêts des États qu’ils servent. Ces intérêts ne peuvent toutefois êtres compris hors des normes partagées par les différents acteurs engagés sur ces dossiers. Construites au fil des pratiques, selon des ressources très inégalement partagées, ces normes fonctionnent comme des balises dans la reconnaissance de l’influence entre pairs et entre partenaires. Si elles facilitent la reproduction quotidienne de l’influence, elles supposent également le risque de discrédit et de déclassement dans les arènes multilatérales.
Pour le montrer, le présent ouvrage replace ces diplomates gestionnaires de conflits armés face à leurs « audiences », et mesure les risques que ces dernières font peser sur eux dans leur travail quotidien. En appliquant aux relations internationales des outils forgés par la sociologie, et fort d’une observation du travail diplomatique au Conseil de sécurité de l’ONU, l’auteur porte un éclairage original sur la prise de décision en politique étrangère, en particulier sur le poids de l’image médiatique et de la politique intérieure au cœur des rivalités diplomatiques.

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CHAPITRE V. De la fabrique à la protection des récits légitimateurs. L’exemple du lead diplomatique au Conseil de sécurité 259

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259 CHAPITRE V De la fabrique à la protection des récits légitimateurs L’exemple du lead diplomatique au Conseil de sécurité La position qu’occupe la délégation française au Conseil de sécurité à propos du conflit au Rwanda en mars 1993, et l’évolution de cette position à propos de la région des Grands Lacs dans les années qui suivent le génocide et l’échec zaïrois, ouvrent la voie à l’analyse des logiques de répartition officieuse des responsabilités inhérentes au travail diplomatique au sein d’une institution multilatérale telle que le Conseil de sécurité. Conformément au cadre d’analyse qui guide cette recherche, l’influence diplomatique doit s’incarner, ou du moins prendre appui, sur des positions socialement reconnues, sanctionnées, soutenues par un réseau d’institutions plus ou moins denses. Dans cette position se joue une partie de l’influence des diplomaties membres sur un dossier donné. Pour désigner cette position, les diplomates parlent du lead, qu’ils assurent au quotidien sur un dossier donné à un moment donné. L’affaiblissement du lead diplomatique à propos du Rwanda puis du Zaïre dans les années 1990 rend le cas français fort intéressant : comme souvent, la valeur politique reconnue à une position sociale, et surtout ses soubassements normatifs socialement sanctionnés, n’apparaissent jamais aussi bien que dans les moments de transformation rapide, ou de « crise ». Mais, en vue de limiter les risques de généralisation hâtive, nous renouons également avec l’autre cas d’...

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