Show Less

Jacques Laffitte

Roi des banquiers et banquier des rois

Virginie Monnier

Dans un monde où tous les banquiers sont ou ont été négociants et appartiennent à des dynasties parfois fort anciennes, Jacques Laffitte (1767–1844) fait figure d’outsider.
Fils d’un charpentier, il a certes bénéficié des bouleversements sociaux de son époque : il est le premier commis de banque de l’Histoire à avoir succédé directement à son patron, le célèbre Perregaux, tant à la tête de son établissement qu’au Conseil de Régence de la Banque de France ; mais – peut-être parce qu’aucune tradition ne l’entravait – il a su aussi envisager de manière radicalement nouvelle le métier de banquier, et proposer aux élites un regard insolemment novateur sur la gestion des finances publiques.
Son engagement politique découle de son libéralisme, mais là encore il se distingue : banquier de Napoléon qu’il n’aimait pas, opposé à Louis XVIII qui l’avait pourtant nommé gouverneur de la Banque de France, il porta sur le trône Louis-Philippe d’Orléans dont il devint très vite le plus farouche adversaire.
Enfin, en 1837, à 70 ans, avec la création de sa Caisse Générale du Commerce et de l’Industrie, il ouvrit la voie aux grands établissements de crédit tels que nous les connaissons aujourd’hui.

Prices

Show Summary Details
Restricted access

Introduction

Extract

Ne serait-ce que par l’année où il vient au monde, Jacques Laffitte (1767-1844) appartient à une génération mythique, celle des grands maréchaux de l’Empire, tels Murat, son exact contemporain, Macdo- nald, son aîné d’un an, Mortier (né en 1768), Lannes et Ney qui – comme Napoléon lui-même – naquirent en 1769. Si c’est à leur bravoure que ces hommes d’origine modeste doivent la gloire qui auréole leur nom, c’est aussi aux bouleversements consécu- tifs aux événements de 1789 qu’ils tiennent d’avoir pu, en dépit de leur roture, devenir officiers (Murat, fils d’aubergiste et Ney, fils de tonne- lier, le furent à vingt-cinq ans, respectivement en 1792 et 1794), puis, dans le contexte des guerres révolutionnaires, d’être nommés généraux avant même d’avoir atteint la trentaine. Un âge auquel, traditionnelle- ment, un jeune aristocrate ou un fils de négociant s’émancipaient à peine en se mariant ou en créant une filiale de l’entreprise familiale. Dans le même temps, l’émergence politique du tiers état, concrétisée en juillet 1789, donne à la bourgeoisie, jusqu’alors cantonnée dans un rôle secondaire, la conscience de son identité et le sentiment qu’elle peut, sans renier ses origines ni gommer ses codes de valeur (travail, mérite), accéder à des fonctions précédemment réservées aux deux premiers ordres de la société. Il n’est pas inintéressant de noter que c’est dans le château de Vizille (propri...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.