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De la belgitude à la belgité

Un débat qui fit date

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José Domingues de Almeida

Pour les lettres belges de langue française, le tournant des années 1980 se signale par un mouvement identitaire, culturel et politique, cristallisé autour du concept de « belgitude ». C’est qu’il était une « autre Belgique » que celle de « papa », pour reprendre le titre du dossier déclencheur de Pierre Mertens (1976).
Pour les acteurs de cette mouvance, il s’agissait d’inscrire l’écriture littéraire belge francophone dans un rapport de normalité à l’Histoire et à la langue, au-delà de tout écran idéologique, ou des dénis qui avaient caractérisé les œuvres et les propos des tenants du « Manifeste du lundi » (1937) et de leurs héritiers. En somme, selon la formule de Marc Quaghebeur, le débat de la belgitude mettait en lumière la difficulté comme les possibilités de « faire œuvre ici ».
Cet essai passe en revue le contexte, les enjeux, les acteurs et les arguments majeurs d’une génération qui modifia le panorama culturel de la Belgique au moment où le pays se dotait d’une nouvelle structure institutionnelle.
Il dégage et décrit les conditions d’émergence des nouvelles instances culturelles issues de processus, comme la production littéraire foisonnante et le renouveau critique. Désormais, le terme « belgité » prôné par Ruggero Campagnoli rend compte de cette normalité acquise, même si « belgitude » correspond de plus en plus souvent à cette acception.

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CHAPITRE 8. Une politique inventive

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115 CHAPITRE 8 Une politique inventive Dans Lettres belges entre absence et magie (1990), Marc Quaghebeur dressait déjà un premier bilan récapitulatif du chemin parcouru pour inverser la tendance à la dénégation au sein des lettres belges, lequel avait été inauguré, à sa façon, par Joseph Hanse et sa thèse de doctorat consacrée à l’auteur de La Légende d’Ulenspiegel (1925, édité en 1928), première monographie consacrée à un écrivain belge, « aux risques et périls » de son auteur. Il y joignait une liste exhaustive et impression- nante de « nouveaux argonautes » ayant renoué avec « l’éternel pion- nier »1. Il s’agit là d’une série d’universitaires, écrivains, critiques, drama- turges, poètes et intellectuels dont les contributions à des niveaux divers du champ littéraire et politique belge constituent la plus belle part de la machine culturelle mise en œuvre par la nouvelle génération issue de la belgitude. On ne s’étonnera pas d’y trouver un bon nombre de tenants de ce débat. Ces nouveaux acteurs culturels2 ont réussi, en une décennie, et à la faveur de la communautarisation de l’État, à détrôner l’esprit lundiste de la politique littéraire belge et à prendre en charge de nou- velles structures vite mises en place pour répondre aux nouvelles orien- tations et priorités. Les fameuses « Cartes blanches » impitoyablement échangées dans les pages du journal Le Soir à l’occasion de la publication de Balises illustrent cette relève qui prit, au...

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