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Censure et autorités publiques

De l’époque moderne à nos jours

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François Cadilhon, Philippe Chassaigne and Éric Suire

L’histoire récente consacre le passage de la censure étatique directe à des formes intériorisées d’autocensure. Le sujet n’en reste pas moins d’actualité, y compris dans les démocraties occidentales où on assiste à des demandes émanant de groupes religieux pour faire interdire disques, journaux, livres, films jugés blessants ou blasphématoires. Les possibilités d’expression offertes par les nouveaux médias suscitent l’affolement des ligues de vertu et un strict verrouillage dans les pays où la liberté de parole reste interdite. L’optique de l’ouvrage déborde cependant du cadre contemporain. Le choix d’une chronologie longue l’inscrit dans une réflexion générale sur l’évolution des sensibilités au sein de « l’espace moral », en privilégiant la question des frontières changeantes, car historiquement construites, de ce qui a été perçu comme dicible ou indicible. Les 23 contributions réunies abordent les modèles de conception et les modalités d’application de la censure à travers ses objets (publications licencieuses, presse, œuvres d’art, lectures de l’histoire, opinions hétérodoxes), les moyens de son exercice, et ses enjeux politiques.
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L’originalité de la censure du cinéma aux États-Unis

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Jacques PORTES

Université Paris 8

Les débuts du cinéma aux États-Unis ont été le fait de techniciens et d’habiles commerçants soucieux de remplir les salles et n’hésitant pas à titiller les fantasmes des spectateurs. Très tôt des associations bien pensantes et des représentants des Églises se sont fait entendre et ont dénoncé les turpitudes qui pouvaient se passer dans les salles obscures ; avant 1914, l’essor de la firme Pathé dans le pays a été brisé par les accusations contre des films « légers » et des actrices peu vêtues. Toutefois le déplacement des producteurs en Californie à partir de 1915 leur a laissé un moment de répit en raison de l’éloignement des bataillons hostiles au nouveau média, mais assez rapidement le problème de la censure va se poser avec une nouvelle acuité. En effet le cinéma paraît avoir une spécificité par rapport aux autres formes d’expression, car il touche un très grand nombre de gens de façon inévitablement insidieuse.

Le 23 février 1915, la Cour suprême des États-Unis rend pour la première fois un jugement sur le cinéma, déniant à celui-ci les garanties du Premier amendement sur la liberté d’expression, que revendiquait le plaignant de l’Ohio :

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