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Censure et autorités publiques

De l’époque moderne à nos jours

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Edited By François Cadilhon, Philippe Chassaigne and Éric Suire

L’histoire récente consacre le passage de la censure étatique directe à des formes intériorisées d’autocensure. Le sujet n’en reste pas moins d’actualité, y compris dans les démocraties occidentales où on assiste à des demandes émanant de groupes religieux pour faire interdire disques, journaux, livres, films jugés blessants ou blasphématoires. Les possibilités d’expression offertes par les nouveaux médias suscitent l’affolement des ligues de vertu et un strict verrouillage dans les pays où la liberté de parole reste interdite. L’optique de l’ouvrage déborde cependant du cadre contemporain. Le choix d’une chronologie longue l’inscrit dans une réflexion générale sur l’évolution des sensibilités au sein de « l’espace moral », en privilégiant la question des frontières changeantes, car historiquement construites, de ce qui a été perçu comme dicible ou indicible. Les 23 contributions réunies abordent les modèles de conception et les modalités d’application de la censure à travers ses objets (publications licencieuses, presse, œuvres d’art, lectures de l’histoire, opinions hétérodoxes), les moyens de son exercice, et ses enjeux politiques.
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De la censure morale au contrôle social. Le traitement des crimes sexuels sur enfants (XIXe-XXe siècle)

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Le traitement des crimes sexuels sur enfants (XIXe-XXe siècle)

Anne-Claude AMBROISE-RENDU

Université de Limoges

Lorsqu’en 1832 est votée la loi « inventant » le crime d’attentat à la pudeur sans violence sur mineurs de moins de 11 ans, cette nouveauté passe à peu près inaperçue, sauf bien sûr auprès des juristes. Hors de l’espace judiciaire ou médical, la question des crimes sexuels sur mineurs est ignorée. Certes, le contact sexuel avec un enfant constitue bien un tabou partagé par beaucoup, mais sa révélation privée et publique est l’objet d’un tabou plus puissant encore et une censure toute morale pèse sur la révélation publique de cette criminalité.

Un siècle et demi plus tard, le paysage pénal et discursif de ce crime est radicalement transformé : un discours médiatique proliférant a donné une grande visibilité au crime et semble peser désormais de tout son poids sur la manière dont l’opinion l’appréhende et dont les pouvoirs publics s’en saisissent.

Dans l’intervalle il s’est donc passé quelque chose. Une évolution des sensibilités, pour le dire sommairement, qui, en permettant que se brise la censure morale, a substitué au silence un discours multiforme, mieux, une exigence de visibilité qui apparaît désormais comme un gage de sécurité publique. Mais, du même coup, au...

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