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Censure et autorités publiques

De l’époque moderne à nos jours

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François Cadilhon, Philippe Chassaigne and Éric Suire

L’histoire récente consacre le passage de la censure étatique directe à des formes intériorisées d’autocensure. Le sujet n’en reste pas moins d’actualité, y compris dans les démocraties occidentales où on assiste à des demandes émanant de groupes religieux pour faire interdire disques, journaux, livres, films jugés blessants ou blasphématoires. Les possibilités d’expression offertes par les nouveaux médias suscitent l’affolement des ligues de vertu et un strict verrouillage dans les pays où la liberté de parole reste interdite. L’optique de l’ouvrage déborde cependant du cadre contemporain. Le choix d’une chronologie longue l’inscrit dans une réflexion générale sur l’évolution des sensibilités au sein de « l’espace moral », en privilégiant la question des frontières changeantes, car historiquement construites, de ce qui a été perçu comme dicible ou indicible. Les 23 contributions réunies abordent les modèles de conception et les modalités d’application de la censure à travers ses objets (publications licencieuses, presse, œuvres d’art, lectures de l’histoire, opinions hétérodoxes), les moyens de son exercice, et ses enjeux politiques.
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Conclusion. Censure d’État, esprit public et raison privée

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Censure d’État, esprit public et raison privée

François CADILHON

Université Bordeaux Montaigne

À l’aube de la Renaissance européenne, le dominicain Savonarole, qui avait prévu de faire disparaître dans ses « bûchers des vanités » toutes les œuvres susceptibles de heurter l’esprit public – des livres immoraux aux images ou aux chansons licencieuses – fut exécuté en 1498 à Florence, à cause de ses dérives hérétiques, mais ses idées furent longtemps utilisées par des États protéiformes pour condamner l’audace et maintenir un ordre ou des principes établis. La censure conserve pourtant une frontière mobile entre le tolérable et l’intolérable1. En 1956, Jacques-Yves Pauwert fut ainsi condamné pour l’édition des œuvres complètes de Sade et la production détruite « attendu que malgré ses qualités littéraires l’œuvre présente un caractère outrageant pour les mœurs ». Présenté par Ilona Kovács, le cas de Sade, dont toute la production fut mise à l’Index et condamnée en France jusqu’en 1961, n’est cependant plus du tout perçu aujourd’hui de la même manière. Réhabilité de façon étonnante, il a eu droit à une entrée spectaculaire dans la collection emblématique de La Pléiade. La censure était et reste en fait un acte négocié2, un rapport de force permanent entre le pouvoir civil démocratique ou totalitaire, la justice, les...

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