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Nougé et Magritte

Les Objets bouleversants

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Valentina Bianchi

Le présent ouvrage se propose d’analyser la démarche des surréalistes bruxellois Paul Nougé et René Magritte, qui consiste en la création d’« objets bouleversants ». Cette notion capitale de la pensée, de l’écriture et de l’action de Paul Nougé se trouva également au cœur de l’eshétique de Magritte devenu surréaliste.
Il s’appuie sur des textes théoriques de Nougé, mais aussi sur de nombreux textes de Magritte et sur la riche correspondance qu’ils ont entretenue afin de surprendre la façon dont les objets – les plus banals le plus souvent – sont censés provoquer une sensation chez le spectateur et bousculer ainsi ses habitudes.
Il s’attarde par conséquent sur plusieurs créations de Magritte, mais analyse également, dans cette perspective, quelques-uns des textes poétiques de Paul Nougé.
L’ouvrage s’attache enfin à la question de l’efficacité de cette entreprise, et de sa pertinence à long terme.
De subtils et inattendus décalages avec les discours antérieurs à leurs avancées s’y opèrent, et qu’ils intègrent pour les mieux retourner.
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Magritte : une interprétation

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Magritte, on le sait, n’a pas peint beaucoup de portraits, il n’aimait pas cela ; il existe cependant quelques portraits de sa femme, de ses connaissances ou amis, parmi lesquels un portrait fascinant, réalisé en 1927, celui de Paul Nougé1. Peut-être la meilleure façon de décrire cet homme, à part ses propres – si réservées et si peu nombreuses – notes du Journal.

Il ne s’agit pas d’un portrait « ordinaire » : dans ce tableau Nougé est représenté debout, légèrement de profil, cheveux lisses et soignés, portant de belles lunettes à cadre noir. Il est très élégant, en habit noir, vêtu d’une chemise à plastron blanc avec un nœud papillon également blanc. Sur un fond brun foncé, sa silhouette, très droite et élancée, se détache nettement. Sa posture est fière ; l’une de ses mains est pliée au dos et cachée ainsi à notre regard, l’autre tire la poignée d’une étrange porte trouée dans l’intention manifeste de l’ouvrir. C’est ce qu’il fait, d’ailleurs ; il l’ouvre, légèrement, d’un geste ferme, froid et détaché semblable à sa silhouette visiblement en recul face à cette porte qu’il entend ouvrir, mais en même temps subtil et renfermé. Toute la détermination qui le pousse à le faire se trouve dans ce geste de la main, qui combine l’élégance à une fermeté sans appel. Et l’on remarque maintenant, après avoir observé en premier lieu la...

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