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Connexions électriques

Technologies, hommes et marchés dans les relations entre la Compagnie générale d’électricité et l’État, 1898-1992

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Yves Bouvier

Qu’à l’occasion d’un voyage officiel d’un ministre ou du président de la République, la délégation soit composée de chefs d’entreprise et de hauts fonctionnaires n’étonne plus. Drapeau et commerce sont associés au nom de la conquête des marchés internationaux, de la sauvegarde de l’emploi et du prestige national. Cette relation étroite entre la grande entreprise et l’État, généralement considérée comme une spécificité française du fait de son intensité, s’est d’abord construite dans l’espace national au cours du XX e siècle.
Cet ouvrage présente pour la première fois une réflexion dans la durée sur la relation d’un grand groupe industriel avec l’État. Fondée en 1898, la Compagnie générale d’électricité est devenue Alcatel-Alsthom en 1991. Inflexions politiques, changements de régime et guerres ont bien évidemment eu des effets directs sur les rapports entretenus entre la CGE et l’État, mais les rythmes profonds sont toutefois liés aux temporalités des technologies, à la définition des marchés et aux stratégies personnelles des managers. Passant des concessions municipales pour les premiers réseaux urbains d’électricité à la veille de 1900 aux investissements considérables du programme nucléaire et du rattrapage téléphonique dans les années 1970, la CGE a changé d’échelle avec le déploiement des politiques publiques dans un véritable processus de co-construction.
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Introduction à la troisième partie

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Chronologie politique et changements dans la relation des entreprises à l’État se rejoignent pour déterminer un point d’inflexion au milieu des années 1960, avec la politique économique de Georges Pompidou. Avec l’achèvement de la guerre d’Algérie, le gouvernement français retrouva une latitude financière qui lui avait cruellement manqué pendant quelques années. Par ailleurs, l’échelle européenne s’imposa de plus en plus aux hommes politiques et aux capitaines d’industrie. Comme l’écrit François Caron pour EDF :

C’est alors qu’à l’évidence il a fallu accepter des changements structurels fondamentaux sous la double pression des contraintes techniques et de la pression internationale. À partir de 1964, dans l’esprit du Ve Plan, il est apparu que la volonté de préserver le tissu industriel préexistant pouvait porter atteinte à la capacité de l’industrie française de faire face aux défis internationaux ou technologiques. Ce sont ces deux défis qui ont suscité un effort tendant à favoriser la concentration. EDF avait elle aussi pris conscience de ces contraintes1.

Dans le domaine des télécommunications, ce n’est pas tant une inflexion dans la conception des marchés qu’une rupture technologique qui rebâtit les cartes. L’ambitieuse recherche menée dans la commutation temporelle par le CNET et la Société lannionaise d’électronique, une filiale de la CGE, se concrétisa à la fin des années 1960 par une nouvelle génération d’équipements, introduits dans les réseaux dans...

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