Show Less

Georges Bataille, Poète du réel

Series:

Marie-Christine Lala

Comment reconnaître le poète en Georges Bataille – à côté de l’écrivain et du penseur? A partir d’une lecture détaillée de L’Impossible, ce livre met peu à peu en lumière la relation paradoxale qui s’établit dans le mouvement de l’écriture entre le langage, l’expérience et le monde. Cette approche favorise les confrontations en sciences humaines et en même temps, elle éclaire le sens de la haine de la poésie qui excède les limites de la littérature et de la philosophie. Par leur exploration du mode de référence propre à l’énonciation, ces analyses permettent aussi de questionner la place du lecteur et les enjeux de la critique du discours. On peut voir les thèmes-clés de la pensée de Bataille (souveraineté, transgression, sacré…) ordonner leur cohérence profonde autour du réel impossible, depuis l’œuvre de la mort dans le texte. D’une poétique nouvelle, cette écriture augure une éthique à venir.

Prices

Show Summary Details
Restricted access

Chapitre 2Le roi du bois 41

Extract

Chapitre 2 Le roi du bois La lecture de L’Impossible nous invite à partir de l’impossible, par défi au possible, pour aller vers quelque chose d’incommensurable, mais de taillé à la mesure sans mesure de l’homme. Car le mouvement de l’écriture ne cesse de mettre à nu le point de vide qui délimite – tracée comme espace sacré ou «Toit du Temple»1 – la part maudite (et divine) en l’homme. A rebours du récit qui masque ce moment d’intensité dans le déplacement incessant de l’objet du désir, le lecteur s’évertue à cerner le point de silence absolu dont L’Orestie exprimera finalement la forme dépouillée. Mais l’in- sistance sur le moment négatif instaure un malaise profond, et avant d’en pouvoir extraire (à l’opposé) l’exact corollaire, il faut s’enfouir aux racines du Mal. Pour qu’éclate enfin le moment de transfiguration de la souffrance en jubilation et en exubérance du désir, il faut se servir de fictions. En suivant cette voie, souligne Bataille, «je dramatise l’être: j’en déchire la solitude, et dans le déchirement je communique» (VI, 130). C’est pourquoi il demande au lecteur dans la Préface à Madame Edwarda de réfléchir sur l’attitude traditionnelle à l’égard du plaisir et de la douleur (III, 9–14). Du fait que des interdits frappent également la vie sexuelle et la mort pour les reléguer dans le domaine de la religion, l’expérience demeurerait inaccessible sans la dramatisation de l’existence à travers la...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.