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La crise allemande du roman français, 1945–1949

La représentation des Allemands dans les "best-sellers </I>de l’immédiat après-guerre

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Manuel Bragança

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est par le roman que nombre de Français choisirent de penser un conflit qui, bien que moins sanglant que la Première Guerre mondiale d’un point de vue strictement français, se révéla bien plus destructeur en termes de valeurs. Parmi les très nombreux romans abordant ce sujet dans l’immédiat après-guerre, plusieurs d’entre eux se distinguent par un immense succès public et critique, démontrant par là-même qu’ils répondaient à une certaine attente de leurs contemporains. Ce sont ces best-sellers, écrits par Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Romain Gary, Jean-Louis Bory et Jean-Louis Curtis, qui forment le socle de cette étude pluridisciplinaire se situant au croisement de l’histoire culturelle, de la narratologie et de la poétique. De bords politiques divers, ces romanciers ont tous refusé la collaboration et participé, de près ou de loin, tardivement ou non, à la Résistance. Les Allemands, les ennemis d’hier, sont évidemment omniprésents dans ces textes. Pourtant, les notions d’identité et d’altérité étant étroitement liées (puisque c’est bien l’Autre, par ses différences, qui révèle l’identité d’un individu ou d’un groupe), il s’agira moins dans cette étude de rendre compte d’une perception subjective des Allemands que de saisir a contrario comment les Français se sont eux-mêmes perçus au lendemain d’un conflit toujours très présent dans leur mémoire collective.

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Chapitre 4 La figure individuelle du ‘mauvais Allemand’

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C’est dire qu’un homme civilisé fait aujourd’hui la guerre en la détestant. Tout le monde ne peut pas être Allemand. — Pierre-Jean Jouve, avant-propos à Jules Roy, La Vallée heureuse Les Allemands, nous l’avons rappelé, ne représentent pas les uniques figures ennemies dans les romans français de l’immédiat après-guerre ayant pour toile de fond la Seconde Guerre mondiale. Dans presque tous ces textes, sinon tous, on retrouve des Français aux côtés des Allemands : collabo- rateurs, plus rarement sinon jamais collaborationnistes,1 ces ‘mauvais’ Français ont davantage retenu l’attention des critiques que les ‘mauvais Allemands’. La plus grande dif ficulté à pardonner à l’un des siens est claire- ment énoncée par l’un des personnages de Mon Village à l’heure allemande pour qui un Français qui épouse la cause des Allemands est ‘pire que les Boches. Les Boches encore, ils font leur boulot pour leur pays. Mais ça !’ (VHA, p. 327). Cependant, la figure individuelle du ‘mauvais Allemand’, bien que secondaire, est cruciale, comme le voit bien Margaret Atack (p. 57), puisqu’elle permet de clarifier l’axiologie de ces textes – leur(s) ‘message(s)’ –, cette figure représentant la pierre de fait du nouveau régime qui se met en place sous l’Occupation. Bien sûr, le ‘mauvais Allemand’ s’inscrit largement en négatif du ‘bon Allemand’, tant dans ses attributs et ‘qualités’ que dans sa mise en récit. 1 Est ‘collaborationniste’ celui ou celle qui est idéologiquement favorable à la collabora-...

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