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« Infra-noir », un et multiple

Un groupe surréaliste entre Bucarest et Paris, 1945–1947

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Edited By Monique Yaari

Bucarest – Paris, 1945-1947. Pendant cet intervalle trouble où la dictature communiste ne s’est pas encore imposée dans la capitale roumaine sur les décombres du fascisme, un groupe surréaliste singulier émerge de la clandestinité avec un enchaînement fébrile de publications et d’expositions. Se pensant en dialogue avec Paris mais affirmant hautement sa différence, il arbore l’« Infra-noir » comme signe d’une identité codée.
Les publications collectives en langue française que réalisent Gherasim Luca, Trost, Paul Paun, Virgil Teodorescu et Gellu Naum durant ces deux années de relative liberté sont ici, pour la toute première fois, réunies et reproduites en fac-similé. Elles sont accompagnées d’études attentives signées par une équipe internationale de chercheurs pluridisciplinaires, offrant un regard critique inédit non seulement sur ces pages étonnantes, mais aussi sur la double spécificité de chacun des trois premiers membres du groupe – qui ont définitivement opté pour le français et dont on découvrira ici l’importante production plastique.
Sous la direction de Monique Yaari, l’ensemble ouvre une riche perspective autant sur l’aspect poétique et esthétique des œuvres que sur la pensée qui les informe, fondamentale et novatrice.
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JONATHAN P. EBURNE – « Comme une érosion unique » : les provocations d’Infra-noir

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JONATHAN P. EBURNE1

« Comme une érosion unique » : les provocations d’Infra-noir

La Révolution est insaisissable

— PAUL PĂUN, La Conspiration du silence

Dans la mesure où l’une des tendances communes aux régimes communiste et fasciste a été leur capacité à faire disparaître les gens, il n’est peut-être pas surprenant de découvrir, au milieu du siècle, un groupe de gauche pour lequel la disparition fut la condition même de la vie artistique et politique. Dans ses premières années d’existence pendant la guerre, le groupe surréaliste de Bucarest a maintenu une base d’opérations clandestine, de peur de se trouver en passe de disparition. En revanche, le bref intervalle de temps entre l’instauration d’un gouvernement communiste sous l’égide de l’Union Soviétique (mars 1945) et le changement effectif de régime (décembre 1947) semble avoir offert au groupe un créneau de visibilité momentanée, durant lequel il a publié une profusion de textes, organisé plusieurs expositions, et renouvelé ses liens avec le groupe surréaliste de Paris2.

Ce qui surprend, cependant, à propos des écrits du groupe de Bucarest durant cette brève période d’efflorescence, c’est sa persistance à rester dans ← 33 | 34 → l’ombre. Pour le groupe surréaliste qui venait à peine de se manifester, la capacité d’imposer la disparition représentait une forme de souveraineté bien au-delà des pratiques génocides des régimes totalitaires. Cette capacité de...

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