Show Less
Restricted access

Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
Show Summary Details
Restricted access

Taupe

Extract



Si on dressait la liste du bestiaire istratien, un animal peu banal occuperait la deuxième place après le chien, dont l’amitié affectueuse est à plusieurs reprises donnée en modèle aux humains : la taupe. Il en faisait son totem personnel, pour ainsi dire : « Je suis une taupe », déclarait-il, en accusant son ignorance en matière d’histoire, la médiocrité de son cerveau et son incapacité de voler haut, comme d’autres, faute d’ailes251. Cet animal apparaissait aussi dans d’autres contextes, comme image riche en significations qu’on devrait expliciter. La taupe signifie la vie vécue dans les ténèbres. D’abord dans les ténèbres de « l’existence noire » de ceux qui souffrent de faim et pataugent dans la boue de la misère, en étant réduits au statut de sous-hommes. L’auteur file l’image à propos du paysan roumain, vers 1850 : « pareil à une taupe, une taupe à deux jambes, qui s’appuie sur sa pelle, respire l’air pur et contemple le cimetière blanc de son existence noire. Muette, la taupe humaine… »252.

L’image était utilisée aussi par Oncle Anghel qui, au milieu des ruines de sa maison, proclamait « le droit de l’homme à vivre dans l’aisance et dans la propreté, et non pas comme la taupe ». Mais elle pourrait être utilisée pour un grand nombre de personnages, dont Adrien Zograffi lui-même : après son premier départ, débarqué de force à Naples, il va manger une bouillie de couenne ou de la salade...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.