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Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
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Floritchica

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« Un jour, nous nous trouvions campés sur une colline boisée de pins […] quand une flûte de berger se fit entendre. Nous l’écoutâmes, ravis. La mélodie s’approcha, devint distincte, puis une voix féminine éclata… ». Cette première apparition est significative pour le seul personnage purement fictionnel de l’œuvre istratienne : non seulement fictionnel mais volontairement invraisemblable par les qualités cumulées et les rôles différents, voire exclusifs, qu’il peut jouer. Le lecteur ne doit pas chercher à voir Floritchica, car elle est protéiforme, il doit l’interpréter comme une polyphonie, dans les trois œuvres où elle apparaît et qui sont d’ailleurs les plus musicales de toutes : le chantre Joakime ferait un merveilleux Farinelli, le haïdouc Groza joue admirablement de la flûte de sureau mais il ne constitue pas une exception parce qu’à un moment donné vingt haïdoucs flûtistes « se mirent à jouer la battue, la plus endiablée de toutes nos danses paysannes »355 ; de nombreux refrains parsèment les textes, des doïnas résonnent, des sonorités plaintives ou gaies ponctuent certaines étapes de l’intrigue.

Avant de faire sa première apparition devant les yeux éblouis de Cosma et d’Elie, Floritchica leur avait fait entendre sa musique. Les femmes ne jouent pas de la flûte du berger, dans la tradition populaire roumaine, mais elle n’en est pas une : elle est plutôt le mythe istratien de la femme, présent...

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