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Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
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Stavro

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« Mais de tous, Stavro est la seule figure qui m’avait poursuivi et effrayé, pire que l’ombre de Banco pour lady Macbeth. J’ai horreur de son vice […] Et cependant, j’aimais Stavro. Pendant dix ans je me suis refusé de l’aborder dans une esquisse littéraire », écrivait l’auteur dans une lettre de décembre 1922. Elle nous fait non seulement apprendre que ces projets littéraires étaient de beaucoup antérieurs à son lancement comme écrivain, mais aussi comment il concevait cet énigmatique homosexuel : Stavro, alias Dragomir, le fils de Kyra, alias monsieur Isvoranu. Roman Rolland, conscient de la difficulté de représenter un pareil personnage, appréciait hautement le « grand art de l’avoir su rendre non seulement acceptable, mais émouvant »400. En lui répondant, Istrati se montrait d’accord avec le terme d’émouvant, quoique celui de « tragique », qui lui avait été substitué au crayon par son ami français, lui semblait le plus conforme à ses intentions. En même temps il refusait poliment « acceptable », en soulignant que l’« horreur » de ce vice l’aurait empêché de vouloir le faire pardonner.

Il va sans dire que, sauf quelques exceptions, l’accueil roumain a été glacial à l’égard de ces « bestialités et folies orientales »401, à l’égard du vice dégoûtant et de « l’ordure » exposée dans le livre. Heureusement, on ne connaissait pas la déclaration ci-dessus, qui aurait aggravé les choses : Et cependant j’aimais Stavro. Cet amour n’était pas plus vrai ou moins vrai que...

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