Chargement...

Projet en partage, partage sans projet

Les dimensions sociales et territoriales du projet

de Pauline Bosredon (Éditeur de volume) Frédéric Dumont (Éditeur de volume)
©2021 Collections 188 Pages
Open Access

Résumé

Projet en partage, partage sans projet ou partage comme projet : quelle est la dimension sociale du projet ? Comment pense-t-on le partage avant le projet, quels acteurs sociaux y participent, quand en sont-ils absents ? C’est sur ces éléments que se penche cet ouvrage qui traite de projets urbains, de catégories d’acteurs, d’implications participatives et d’effets sociaux localisés. Et quels effets ? Effets de sens, effets de pouvoir, effets sociaux et décalages effectifs entre objectifs affichés et réalités sociales parfois tenaces. Au nord comme au sud, pour mettre en œuvre le projet les moyens sont variés, les outils sont divers, de la suggestion à la contrainte, des « bonnes pratiques » aux processus autoritaires. Aucun projet présenté dans les textes de cet ouvrage n’inclut parfaitement la participation à la totalité du processus. Certains l’intègrent à leur méthodologie, avec des résultats plus ou moins effectifs mais des intentions claires, des acteurs identifiés et une temporalité bien définie. D’autres projets qui se présentent comme partagés sont bien moins formalisés, informels voire déguisés et font parfois l’objet de contestations et de contre-propositions. Dans tous les cas, c’est à l’issue du projet de territoire que l’on en mesure réellement la dimension sociale, l’objectif visé par ces projets n’étant pas nécessairement un espace partagé. En présentant des projets de natures différentes et à plusieurs échelles (requalification de l’espace public, amélioration de l’habitat, renouvellement urbain…), les sept chapitres de cet ouvrage abordent ainsi des enjeux variés de mixité sociale et de gentrification, de dé-paupérisation, de préservation de l’entre-soi et d’éviction brutale de certains segments de population.

Table des matières


←46 | 47→Chapitre 2

Projet urbain, action culturelle et mixité sociale à partir de la comparaison de deux places : la Praça da Estação à Belo Horizonte et la place du marché de Wazemmes à Lille

Pauline BOSREDON, Frédéric DUMONT, Flavio CARSALADE, Annick DURAND-DELVIGNE, Diomira Maria Cicci PINTO FARIA, Abdelhafid HAMMOUCHE et Frederico COUTO MARINHO

Introduction

Ce chapitre propose une réflexion sur le projet, la culture et la mixité sociale à partir de la comparaison de deux places publiques et des projets qui les transforment : la Praça da Estação à Belo Horizonte et la place de la Nouvelle Aventure, dite place du marché de Wazemmes, à Lille. Cette réflexion a été élaborée dans le cadre des études mises en œuvre au sein du projet franco-brésilien « Richesses en partage » (2015–2018) cofinancé par la région des Hauts de France et l’État du Minas Gerais (Brésil).

L’espace en partage (Bonny, Bautès, Gouëset, 2017), indissociable de la diversité sociale, peut être générateur d’identités collectives et de solidarités. Il est aussi parfois un espace disputé, accaparé, objet de conflits pour son appropriation, marqué par les inégalités et les dominations. Dans tous les cas, l’espace est un enjeu central des rapports sociaux : il est au cœur de la lutte des places (Lussault, 2009), au cœur du droit à la ville (Lefebvre, 2009). L’analyse proposée ici se base sur ce cadre conceptuel et questionne les usages et les appropriations de l’espace des places de la ←47 | 48→gare à Belo Horizonte et du marché de Wazemmes à Lille qui, chacune, fait ou a fait l’objet de projets de requalification et d’action culturelle mis en œuvre par les pouvoirs publics municipaux. Dans ces projets, nous souhaitons analyser le rôle de l’action publique lorsque celle-ci entend promouvoir une mixité sociale ainsi que la latitude qu’elle laisse aux autres acteurs (associations et collectifs, riverains, usagers).

La mixité s’entend selon deux dimensions souvent liées, une dimension spatiale appelée mixité urbaine ou fonctionnelle, et une dimension sociale dite mixité sociale. La mixité urbaine qualifie le regroupement sur un territoire d’une variété d’activités comprenant généralement les activités économiques, les transports, les différents types d’habitat, les équipements, ainsi que les services publics et privés. Cet aspect de la mixité est particulièrement présent dans le champ de l’urbanisme (Launay, 2011). La mixité sociale constitue une notion plus labile, son contenu variant selon les acteurs et selon les contextes dans laquelle elle est mobilisée, c’est une notion qui comprend une forte dimension idéologique. De manière générale, elle renvoie à « la cohabitation dans un même espace résidentiel de catégories dont les ressources (économiques, culturelles et sociales) sont inégales ou différentes » (Launay, 2010, p. 17).

On s’interrogera donc aussi sur la pertinence de la notion de mixité dans l’action publique et sur le lien entre le projet de mixité sociale et le projet culturel. La mixité sociale est-elle souhaitable ? Pour qui et pour quoi faire ? Sa réalisation passe-t-elle forcément par un processus culturel ? Quels en sont les acteurs ? Partagent-ils le même projet, ont-ils les mêmes motivations ?

Nos deux cas d’étude semblent offrir des réponses contrastées. Dans le quartier de la Praça da Estação (place de la gare) à Belo Horizonte, le projet municipal concerne un espace public dont le partage et la mixité sociale sont la vocation première (une gare, une esplanade conçue pour les rassemblements) et l’objet de revendications bruyantes (le mouvement de la Praia da Estação et ses suites) (Bosredon et Dumas, 2014). Initialement sans partage mais faisant ensuite l’objet d’un processus participatif, le projet vise à la restriction de l’accès à l’esplanade et à la limitation de ses usages dans l’objectif de fabriquer un quartier culturel répondant aux objectifs de la municipalité en termes d’image et de centralité.

Dans le quartier de la place du marché de Wazemmes, le projet municipal prétend sans relâche vouloir impulser la mixité sociale et le partage (sans pour autant mettre en œuvre de démarche véritablement ←48 | 49→participative) : la mixité sociale est la mission première de la maison Folie, principal équipement culturel du quartier, et ce thème revient également dans l’ensemble de la communication municipale sur Wazemmes, célébrant la communion des moments de fête, le vivre-ensemble dans un quartier qu’on assimile à un village, etc. Le projet aboutit-il pour autant à la mixité sociale recherchée ? La question se pose à l’échelle du quartier de Wazemmes (cf. Bosredon, Dumont et al., 2020) et plus encore à celle de la place du marché et ses alentours, un espace public contrasté dans ses usages, imparfaitement partagé.

Nous dresserons en première partie un portrait des deux places en retraçant leur évolution historique jusqu’à leurs récentes transformations, à la lumière de la mixité sociale et du partage de l’espace. Ces places sont-elles des espaces en transition, tout prêts d’intégrer le centre par absorption progressive ? Sont-elles des espaces en conflit, tiraillés entre une lutte pour le maintien de la culture populaire et/ou alternative, et les assauts de la spéculation immobilière ? Pour répondre à ces questions, la deuxième partie exposera la manière dont ces espaces, et plus largement leurs quartiers, sont mis en mouvement par des projets – tantôt partagés, tantôt contestés. Nous en analyserons le jeu d’acteurs, leurs motivations et leurs intérêts. Enfin, par le décryptage de l’action culturelle publique et du rôle des associations, une troisième partie proposera une réflexion sur la relation entre culture, mixité sociale et gentrification.

Résumé des informations

Pages
188
Année de publication
2021
ISBN (Broché)
9782807618282
ISBN (PDF)
9782807618299
ISBN (ePUB)
9782807618305
ISBN (MOBI)
9782807618312
DOI
10.3726/b18154
Open Access
CC-BY-NC-ND
Langue
français
Date de parution
2021 (Juillet)
Mots Clés (Keywords)
dimension sociale du projet projets urbains dimensions sociales et territoriales
Publié
Bruxelles, Berlin, Bern, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2021. 188 p., 6 ill. en couleurs, 9 ill. n/b, 3 tabl.
Sécurité des produits
Peter Lang Group AG

Notes biographiques

Pauline Bosredon (Éditeur de volume) Frédéric Dumont (Éditeur de volume)

Pauline Bosredon est docteure en géographie, maîtresse de conférences en urbanisme et aménagement à l’Université de Lille et membre du laboratoire Territoires, Villes, Environnement & Société. Ses recherches portent sur la culture et le patrimoine dans l’aménagement et le développement urbain en France, au Brésil et en Palestine. Frédéric Dumont est docteur en géographie, maître de conférences à l’Université de Lille et membre du laboratoire Territoires, Villes, Environnement & Société. Ses recherches en géographie de la population portent sur les inégalités socio-spatiales en France et au Brésil.

Précédent

Titre: Projet en partage, partage sans projet