Résilience et Modernité dans les Littératures francophones
Résumé
Extrait
Table des matières
- Cover
- Title
- Copyright
- À propos de l’auteur
- À propos du livre
- Pour référencer cet eBook
- Remerciements
- Table des matières
- Liste des contributeurs
- TOME 1
- Une tension structurelle aux multiples modulations
- Semprun : le recours à la langue française comme résilience
- HISTOIRE ET RÉSILIENCE
- L’expression du tabou chez Anselme Nindorera
- Effets littéraires de la mondialisation chez Nicolas Ancion et Grégoire Polet
- Résister à Ébola : écriture performative et narration écocritique dans En compagnie des hommes de Véronique Tadjo
- Mémoire, Histoire et création artistique dans Lignes de faille de Nancy Huston et Les Grands masques de Marc Quaghebeur
- Des récits de vie pour survivre au génocide rwandais
- « Réparer les vivants » : Claude Lanzmann et André Schwarz-Bart, Le Dernier des [In-]justes
- De Jean Bofane à Fiston Mwanza. La société congolaise à l’heure des économies globalisées
- Résiliences francophones : sur le cas du Québec envisagé à partir des romans de Gaétan Soucy
- Dire les martyres, écriture et résilience dans Ces fruits si doux de l’arbre à pain de Tchicaya U Tam’si et Beto na Beto, Le poids de la tribu de Mambou Aimée Gnali
- Pédagogies de la résilience : le cas des anthologies scolaires trilingues et pluriculturelles des littératures algériennes
- Renoncer à être français ? Le choix de Solal dans Belle du Seigneur d’Albert Cohen
- Célébrer par fidélité, réparer pour avancer, créer loin de tout : les littératures francophones écartelées des pays en crise
- L’état du livre : de la sociologie à la politique
- Migrance, résiliance et reliance : trois concepts au cœur du renouveau de la littérature francophone pour la jeunesse
- L’enfant soldat résilient, ou le topos de l’espoir dans les récits africains contemporains
- La résilience et la modernité dans l’œuvre littéraire d’Aimé Césaire
- RÉSILIENCES POST-COLONIALES
- Assia Djebar entre le marteau et l’enclume
- Résilience et mémoire collective dans Le Harki de Meriem de Mehdi Charef
- « Revenir au monde » : la flamme d’un enfant des « Lumières »
- Le choc doux des cultures
- L’œuvre littéraire de Pius Ngandu Nkashama, une contribution à la résilience des littératures francophones
- Le désert prophétique : désespoir et résilience dans « Aux Deux Manguiers », une nouvelle d’Achille F. Ngoye
- La Guerre de 2000 ans de Kateb Yacine ou de l’Histoire résiliente de l’Algérie
- La résilience culturelle pour panser les blessures de la colonisation et de l’immigration : les écrits francophones de Fatou Diome
- Résilience : le mythe politico-héroïque de Patrice E. Lumumba dans la littérature belge
- Surréalisme et Histoire : résilience cannibale dans Cahier d’un retour au pays natal
- Les écrivains belges à l’ère de la mondialisation. Quand l’Est et le Sud établissent de nouveaux imaginaires pour penser l’Occident
- ÉCRITURE PERSONNELLE POST-TRAUMATIQUE
- Albert Memmi, le phénix de la littérature maghrébine francophone
- Trauma et résilience dans Matière grise de Kivu Ruhorahoza
- La littérature carcérale au Maroc pour dévoiler l’inhumain
- Écrire la cure psychanalytique dans le récit francophone belge : traumatisme, créativité et résilience
- Jean Sigrid, l’artiste du brouillard
- Eau de Café de Raphaël Confiant : un espace hétérogène entre passé traumatique et résilience
- Comment les femmes entrent-elles en résilience ? Personnages de « folles » qui guérissent (ou pourraient guérir) dans quelques récits de « Maghrébines »
- L’écriture de résilience dans Le Testament de l’espoir d’Antoine Kaburahe : une expérience burundaise de modernité
- La résilience : expérience et fiction chez Maeterlinck
- Des mots contre l’oubli: résistance et résilience dans l’écriture migrante de Sema Kiliçkaya
- L’art de perdre pour se construire dans le roman d’Alice Zeniter
- Souvenirs, contraintes et dépassements
- Incendies, de Wajdi Mouawad : dépasser le pathos de la tragédie grecque à travers la mémoire
- Jean Louvet : « J’écris pour ne pas tuer »
- La résilience face au malaise identitaire : les récits de filiation de Nicole Malinconi (Nous deux, Da solo, À l’étranger)
- Index du Tome 1
- TOME 2
- Titre
- Copyright
- À propos de l’auteur
- À propos du livre
- Pour référencer cet eBook
- Table des matières
- INVENTION STYLISTIQUE ET MODERNITÉ FORMELLE
- L’écriture de la résilience chez Assia Djebar et Abdelkébir Khatibi : quelle(s) modernité(s) ? (Olfa Abdelli)
- La résilience, une forme d’écriture dans la littérature subsaharienne (Nabila Bhih)
- Stratégies de la résilience : Jean Bofane et Dany Laferrière face aux avatars de la modernité (Bernadette Desorbay)
- Romans subsahariens francophones. Des œuvres de résilience pour des écritures modernes (Samira Douider)
- Écrire autrement : une lecture de La Re-production de Thomas Mpoyi-Buatu (Guy Keba Gumba)
- Poïesis et écriture résiliente chez Marc Quaghebeur. La crypte et le palimpseste (Christiane Kègle)
- La célébration de la création dans La Carte d’identité de Jean-Marie Adiaffi comme rempart de résistance face à l’Histoire (Voussad Saim)
- Henry Bauchau: Modernité de l’écriture et résilience intime (Emilia Surmonte)
- Mémoire fragmentée et recomposée : prégnance et (dés)illusions de l’image dans La Cathédrale de brume de Paul Willems (Maxime Thiry)
- RÉSILIENCE INDIVIDUELLE ET MODERNITÉ COLLECTIVE
- Résilience et modernité dans la littérature marocaine de langue française (Tariq Afellah)
- Driss Chraïbi, tuteur de la résilience (Mohammed Aït Rami)
- Résilience mémorielle et écriture de la Modernité : le cas de Mon père, ce harki de Dalila Kerchouche (Kahina Bouanane)
- Modernité et résilience dans la littérature francophone maghrébine. Comment élever « ce qui est vital en l’humanité » contre « ce qui est mortel en l’humanité » ? (Ali Chibani)
- Le Miraculé de Saint-Pierre de Gaston-Paul Effa. Ou comment la Montagne Pelée a accouché d’un récit (Bernard De Meyer)
- « L’oiseau mouillé [peut] renaître comme certains fruits lustrés par l’eau de l’orage » : résilience et défis de la modernité dans le roman de Patrick Chamoiseau (Jean de Dieu Itsieki Putu Basey)
- Malaise identitaire et errance : déclencheurs de la résilience au féminin dans la littérature des Caraïbes (Khadija Mouzon)
- Les formes de la résilience au Maroc et en Occident dans deux écrits de femmes marocaines (Najlae Nejjar)
- Résilience/non-résilience dans Les Nuits de Strasbourg d’Assia Djebar (Valentina Rădulescu)
- Résilience, résistance et modernité dans Nedjma de Kateb Yacine (Mohammed Yefsah)
- IDENTITÉ, FORMES ET LANGUE
- De l’odieux drame de l’Afrique contemporaine à une esthétique du chaos. Cas d’une résilience face au traumatisme dans La Vie et demie de Sony Labou Tansi (Maurice Amuri Mpala-Lutebele)
- Parcours de résilience entre la Grèce ancienne et la modernité. Prométhée dans l’œuvre d’Henry Bauchau (Benedetta De Bonis)
- Le monde après Babel : Koffi Kwahulé, de l’universel au banal (Brigitte Dodu)
- Résilience et résistance : un avenir autochtone pour la littérature québécoise ? (Peter Klaus)
- Le métissage mythopoiétique de Jacques Ferron (Petr Kyloušek)
- Résiliences francophones oubliées chez Fernando Pessoa : le Symbolisme belgo-français (Paula Mendes Coelho)
- La résilience faite œuvre : François Emmanuel (Christophe Meurée)
- Nommer le mal, penser la résilience dans Vie et mort d’un étang de Marie Gevers (Dominique Ninanne)
- Dents, drapeaux et autres chinoiseries. Humour et résilience chez les ironistes Dai Sijie, Ling Xi et Ma Desheng, trois auteurs migrants d’origine chinoise en France (Julia Pröll)
- Milan Kundera entre deux langues et deux réels (Jan Rubes)
- L’émergence du discours identitaire chez V.Y. Mudimbe et Sony Labou Tansi : un exemple de résilience (André N. Siamundele)
- Notices biographiques
- Index du Tome 2
- Index des pays d’origine des écrivains étudiés
- Titres de la collection
L’art de perdre pour se construire
dans le roman d’Alice Zeniter
Fanny Martin QUATREMARE
Alors que les littératures francophones ne cessent de se développer, de se forger et de se définir, la littérature française est elle aussi en pleine évolution. Ces deux littératures (francophone et française) se rejoignent et se complètent dans le sens où la langue française les unit. La plupart du temps, il est aisé de les différencier, mais pour certains textes – plus précisément, ceux écrits par des Français, enfants d’immigrés – , la frontière entre littérature française et francophone demeure étroite, voire difficile à déterminer, c’est le cas du cinquième roman d’Alice Zeniter, L’Art de perdre.
Romancière et dramaturge française, Alice Zeniter est née à Clamart dans les Hauts-de-Seine en 1986. Elle fait partie, comme Naïma, la protagoniste de son roman, de la deuxième génération d’enfants d’immigrés arrivés en France en 1962 après la guerre d’indépendance de l’Algérie.
L’Art de perdre a reçu de nombreux prix littéraires comme le Prix littéraire du journal Le Monde, le prix Goncourt des lycéens 2018 ainsi que le prix Goncourt choix de l’Espagne, de la Suisse et de la Pologne 2018. Malgré ses nombreux prix, le roman a également été un sujet de controverse parmi les critiques littéraires, en raison de la difficulté de classer cette œuvre dans un genre établi.
←697 | 698→Cette saga familiale nous plonge dans les rouages du destin de ceux que l’on nomme Harkis. Le fil conducteur du roman suit un itinéraire historique, de la veille de la guerre d’Algérie à nos jours. La narratrice nous dévoile la vie d’une famille kabyle, qui se voit chamboulée, à son arrivée en France en 1962. À partir de ce moment, la perte de repères et la crise identitaire poursuivront les personnages jusqu’à la dernière génération représentée par Naïma. L’accent est toutefois mis sur certains personnages, plus précisément ceux de Ali, Hamid et Naïma et sur leurs souffrances et leurs résistances plutôt que sur les événements historiques.
Ainsi, L’Art de perdre, s’inscrit-il plus ou moins dans la littérature franco-maghrébine où les tensions de l’Histoire sont constamment exaltées, et peut-être aussi dans la littérature dite « Beur » où l’on expose les douleurs de l’exil et de l’immigration. Nous retrouvons dans ce roman le thème des épreuves et des difficultés rencontrées par les immigrés et descendants d’immigrés à travers trois générations : et comment chaque descendant tente de s’attribuer un espace identitaire dans le pays « d’accueil ».
Ce roman constitue un cri de justice mais aussi la restitution d’une Histoire dérobée, voire taboue en France, celle des Harkis. Il est finalement le ressort face à un passé traumatisant. Nous tenterons d’observer à travers cette étude comment Alice Zeniter dépeint, dans son roman, la résistance et la résilience nécessaires pour se reconstruire après la guerre et l’exil.
Résilience et littérature francophone
La résilience, terme à l’origine attribué aux sciences physiques, représente dans ce domaine, la résistance aux chocs matériaux. C’est l’énergie absorbée lors d’un heurt entre deux éléments. Ce terme a plus tard été emprunté par les Anglo-Saxons dans le domaine des sciences-humaines pour désigner la capacité d’un individu à résister psychiquement aux épreuves de la vie. De nombreuses études dans le cadre de la psychologie se développent autour de ce thème et de nombreuses définitions sont disponibles pour mieux comprendre le sens et le processus de la résilience.
←698 | 699→John Bowlby 1 caractérise le terme comme le ressort moral, voire la capacité d’une personne à ne pas se décourager et se laisser abattre. Michel Manciaux 2, de son côté, indique la double caractéristique du terme, à savoir, d’une part la résistance à la destruction et, d’autre part, la construction d’une existence valant d’être vécue. Ce qui revient à la capacité de rebondir après un traumatisme dans le parcours existentiel d’une personne. Boris Cyrulnik, reconnu comme une référence en matière de résilience, s’interroge depuis longtemps sur la faculté de ressort, sur la capacité à rebondir après une expérience traumatique comme dans Ces enfants qui tiennent le coup3. Selon lui, la définition de la résilience est simple. C’est la reprise d’un nouveau développement après un traumatisme, le problème résidant dans la découverte de ce qui permet la résilience, car cela dépend de la personne mais aussi de son entourage avant et après le traumatisme. En fonction des attaches familiales et de la sécurité reçue au cours de ses premières années de vie, un individu n’aura pas les mêmes ressorts ou les mêmes outils pour redémarrer après un traumatisme. En outre, Boris Cyrulnik fait une différence entre la résistance qui consiste dans la manière dont on affronte le malheur, et la résilience qui vise le rebond ou le ressort après le traumatisme, ce qui permet un nouveau départ dans la vie.
Ce thème prend de surcroît une place importante au sein de la littérature francophone qui généralement raconte les aléas d’une existence victime d’événements et de forces extérieurs. Le thème de la résilience est d’autant plus proche de la littérature franco-maghrébine migrante lorsque l’on comprend que ce processus est une stratégie de transformation du malheur.
En ce sens, l’écriture en elle-même, lorsque l’on parle de littérature francophone ou de littérature migrante n’est-elle pas résilience ? Le fait de réécrire et donner une voix à la violence, aux minorités et à la reconstruction identitaire, ne constitue-t-il pas cet acte en lui-même ?
À partir du moment où le malaise se traduit en écriture, il est extirpé de l’écrivain et du collectif qu’il représente pour rebondir et s’en sortir.
Pour décrire L’Art de perdre nous pourrions reprendre mot à mot les termes de Manciaux lorsqu’il caractérise la résilience : « La résilience / [L’Art de perdre] résulte de l’interaction entre l’individu lui-même et son entourage, entre les empreintes de sa vie antérieure et le contexte du moment en matière politique, économique, sociale et humaine. »4
←699 | 700→En effet, lire ce roman revient à découvrir le binôme de l’identité et de l’Histoire au sein des drames de la société moderne et à voir comment aujourd’hui encore, tout est lié.
Résumé des informations
- Pages
- 1308
- Année de publication
- 2021
- ISBN (Broché)
- 9782807617599
- ISBN (PDF)
- 9782807617629
- ISBN (ePUB)
- 9782807617636
- ISBN (MOBI)
- 9782807617643
- DOI
- 10.3726/b17959
- Langue
- français
- Date de parution
- 2022 (Juillet)
- Publié
- Bruxelles, Berlin, Bern, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2021. 1308 p., 11 ill. n/b, 1 tabl.
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