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Le travail social hors murs et les enjeux de sa formalisation

Focus sur les notions de sécurité et d’insécurité

de Vincent Artison (Auteur)
©2015 Monographies 231 Pages
Série: Social Strategies, Volume 49

Résumé

Au devant de la scène et à l’intersection de questions sociales multiples, le travail de rue, désigné en Suisse romande sous l’appellation « travail social hors murs » (TSHM), se caractérise essentiellement par l’action d’« aller vers » dans la rue et les milieux de vie des populations. Si le mandat est essentiellement de natures éducative et sanitaire, il naît bien souvent sur la base de problématiques d’insécurité. A quoi renvoient les termes de sécurité et d’insécurité ? Comment le travail social de rue est-il perçu ? Soumis à une même logique d’Etat, comment cohabite-t-il avec les professions dévolues au maintien de l’ordre et à l’action répressive ? Quel cadre éthique cela présuppose-t-il ? Avec des professionnels concernés, des représentants des forces de l’ordre et des publics en situation de rue, l’auteur contribue à y répondre.
Une pierre à l’édifice pour la profession qui a le mérite de dévoiler une méthodologie d’actions, de souligner des limites partenariales, d’explorer des notions « tabous » sous l’angle de la philosophie, de faire émerger des questions d’éthique et d’ouvrir de nouveaux chantiers relatifs à la pratique, à la recherche et à la formation.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Remerciements
  • Préface
  • Introduction
  • I. Qu’est-ce que le travail de rue ?
  • II. Interrogation préliminaire
  • III. Double acception
  • IV. Évolution du questionnement de recherche
  • V. Structure
  • 1 Contexte général de la recherche
  • 1.1 Le travail social de rue : entre co-errance et cohérence
  • 1.1.1 Historique
  • 1.1.2 Esquisse méthodologique d’intervention
  • 1.2 Le travail social hors murs à Yverdon-les-Bains
  • 1.2.1 Quelques dates
  • 1.2.2 Caractéristiques
  • 1.2.3 Un monde de liens
  • 1.2.4 La médiation ou l’accueil du chaos
  • 1.2.5 Une temporalité adaptée
  • 1.2.6 Plusieurs approches
  • 1.2.7 Objectifs larges
  • 1.3 Ethique du TSHM
  • 1.3.1 Cadre général
  • 1.3.2 Un métier de funambule
  • 2 La formalisation du travail social hors murs
  • 2.1 La formalisation en quelques mots
  • 2.2 Phase exploratoire de la recherche-action
  • 2.2.1 Constats
  • 2.2.2 Intention
  • 2.3 La méthode : L’entretien
  • 2.3.1 Généralités
  • 2.3.2 Types d’entretien
  • 2.3.3 Choix des entretiens et de la transcription
  • 2.3.4 Déroulement des entretiens
  • 2.3.5 Choix de l’analyse des entretiens
  • 2.4 Entretiens et analyse discursive
  • 2.4.1 En Suisse
  • 2.4.2 En Espagne
  • 2.4.3 En Belgique
  • 2.5 Échanges écrits et analyse discursive
  • 2.5.1 Avec le Québec
  • 2.5.2 Avec la France
  • 2.5.3 Avec la Suisse romande
  • 2.6 Complément d’analyse par thématique
  • 2.6.1 Tableau synthétique du positionnement des professionnels
  • 2.6.2 Répartition du nombre de réponses par thématique
  • 2.6.3 Analyse
  • 2.7 Perspectives émanant de l’analyse discursive
  • 2.8 Conclusion
  • 2.8.1 Une phase exploratoire sérendipiteuse
  • 2.8.2 Le contexte politique à Yverdon-les-Bains
  • 2.8.3 L’entrecroisement avec le travail autobiographique
  • 3 Questionnement de recherche
  • 3.1 Construction de l’objet de recherche
  • 3.2 Problématique à deux niveaux
  • 3.2.1 Rapport du TSHM avec les notions de sécurité et d’insécurité
  • 3.2.2 Partenariat entre le TSHM et la police : deux services institutionnels d’Etat
  • 3.2.3 Questions relatives
  • 3.3 La question de recherche
  • 3.4 Les hypothèses
  • 3.4.1 Première hypothèse
  • 3.4.2 Deuxième hypothèse
  • 3.4.3 Troisième hypothèse
  • 3.5 Finalité
  • 3.5.1 But
  • 3.5.2 Objectifs
  • 4 Approche méthodologique
  • 4.1 Cadre général de la recherche
  • 4.1.1 La recherche-action
  • 4.1.2 Type de recherche-action
  • 4.1.3 Schéma général de la recherche-action
  • 4.1.4 Temporalité de la recherche
  • 4.2 Outils et analyses
  • 4.2.1 L’autobiographie raisonnée
  • 4.2.2 Le tiers maïeutique
  • 4.2.3 Le focus groupou l’entretien collectif focalisé
  • 4.2.4 Le questionnaire
  • 4.2.5 Entretiens
  • 4.2.6 Échanges de courriers
  • 4.3 Le choix d’un excursus notionnel
  • 5 Données récoltées
  • 5.1Focus group des TSHM d’Yverdon-les-Bains
  • 5.1.1 Première séance
  • 5.1.2 Deuxième séance
  • 5.1.3 Troisième séance
  • 5.2 Questionnaires et entretien directif auprès de TSHM romands
  • 5.2.1 Notions de sécurité et d’insécurité
  • 5.2.2 Ce qui sécurise le TSHM
  • 5.2.3 Ce qui (in)sécurise le TSHM
  • 5.2.4 Le TSHM contribue-t-il à la sécurité ?
  • 5.2.5 Le TSHM contribue-t-il à l’insécurité ?
  • 5.2.6 L’éthique du TSHM et les situations limites
  • 5.2.7 Collaboration du TSHM avec la police
  • 5.3 Entretiens auprès des forces de l’ordre et de publics en situation de rue
  • 5.3.1 Le rapport à la sécurité et l’insécurité pour les forces de l’ordre
  • 5.3.2 Le rapport à la sécurité et l’insécurité pour les publics
  • 5.3.3 Éthique et valeurs
  • 5.3.4 La perception du travail social de rue
  • 5.3.5 La collaboration du TSHM avec la police
  • 5.4 Contribution écrite des travailleurs de rue du Québec
  • 5.4.1 Contenu du discours
  • 5.4.2 Analyse
  • 6 Excursus notionnel
  • 6.1 Sécurité
  • 6.1.1 Généralités
  • 6.1.2 Superposition de quatre foyers de sens
  • 6.1.3 En somme
  • 6.2 Insécurité
  • 6.2.1 Une protection sociale en jeu
  • 6.2.2 Une société en jeu
  • 6.2.3 Une déviance en jeu
  • 6.2.4 Un journalisme en jeu
  • 6.2.5 Regard psychologique
  • 6.3 Éthique
  • 6.3.1 Premier schéma
  • 6.3.2 Deuxième schéma
  • 6.4 État-Providence
  • 6.4.1 Généralités
  • 6.4.2 Violence légitime
  • 6.4.3 Autonomie du social
  • 6.5 Cohésion sociale
  • 6.6 Société providence
  • 6.7 Reconnaissance et travail social de rue
  • 6.8 Médiation sociale et travail social de rue
  • 7 Conclusion
  • 7.1 Retour sur la problématique et la finalité poursuivie par la recherche
  • 7.2 Retour sur les hypothèses de la recherche
  • 7.2.1 Première hypothèse
  • 7.2.2 Deuxième hypothèse
  • 7.2.3 Troisième hypothèse
  • 7.3 Inductions directes de la recherche
  • 7.3.1 Connaissance approfondie de la profession du travail social de rue
  • 7.3.2 Connaissance approfondie des forces de l’ordre
  • 7.3.3 Une parole de rue prise au sérieux
  • 7.3.4 Émergence de savoirs
  • 7.3.5 Coopération insufflée entre le travail social de rue et les forces de l’ordre
  • 7.4 Limites de l’étude
  • 7.5 Perspectives
  • 7.5.1 Une rencontre tripartite
  • 7.5.2 Une contribution à la formation et l’autoformation
  • 7.5.3 Le renforcement d’une visibilité de pratique
  • 7.5.4 Un laboratoire sociétal de recherche-action
  • 7.6 Retour sur la question de recherche
  • 7.7 D’une exploration notionnelle à un dépassement épistémologique
  • Bibliographie
  • I. Ouvrages et articles de référence
  • II. Sites internet / documents électroniques et audio
  • III. Bibliographie complémentaire : ouvrages consultés et non cités
  • Postface
  • Table des matières de l’annexe
  • Titres de la collection

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Préface

Le travail social hors murs et les enjeux de sa formalisation

Focus sur les notions de sécurité et d’insécurité

Prolégomènes

C’est un premier ouvrage que Vincent Artison propose à notre lecture, ouvrage qui se structure autour d’une double question ; comment dire et faire pour pérenniser le travail social, et à partir ou en fonction de quels enjeux, et ceci dans les espaces respectant tout à la fois les dynamiques des histoires personnelles, et les passages obligés de sa formalisation. Exprimée autrement, cette question renvoie à une problématique très actuelle, sur les rôles tenus et/ou à tenir par le travail social, entre ceux qui le font être contributeur de la sécurité sociale, et ceux qui lui permettent de faire du lien comme témoin et médiateur de logiques de fonctionnement et d’aspiration contradictoires et parfois antinomiques.

En effet, en première approche, nous pourrions convenir que pour chacun-e d’entre nous, de notre naissance à notre mort, se construit et s’élabore un processus de socialisation qui prend appui sur différentes propositions et se sert de nombreux outils. La vie dans un groupe social suppose donc que soient acquis des réflexes et des connaissances qui permettent à chaque individu de se saisir des informations, comprendre les signes, et avoir des comportements en accord avec ceux appartenant à la majorité du groupe. C’est ainsi que les sociétés se survivent à elles-mêmes et se perpétuent (cf. Hobbes et Rousseau). Or de tout temps ont existé des distances entre les personnes, verticales et horizontales, qui séparent celles et ceux ayant acquis réflexes et comportements majoritaires, et les autres, éloigné-e-s des centralités et des sommets. Ainsi, par exemple, ce qu’on appelle aujourd’hui statuts précaires, dans le contexte du travail et de sa rétribution : faiblesse de la qualification, étroitesse de l’accès aux droits, et fragilité contractuelle, résonnent comme des indicateurs d’une ← 13 | 14 → position de dépendance ou de soumission qui laisse peu de place à l’innovation, à la négociation ou à la contestation.

Qui plus est, la société s’étant très fortement complexifiée, surtout depuis le développement des technologies et des médias, (révolution industrielle, informatique et N.T.I.), les lieux habituels de transmission des contenus éducatifs et instructifs, famille et école, ne sont plus à même de répondre à toutes les questions sur l’insertion sociale et professionnelle. Enfin, tout se passe comme si les individus et les groupes occupaient ou se « partageaient » deux espaces de vie :

 le premier espace est celui du consensus et de la pertinence des réponses apportées aux exigences d’ordonnancement sociétal.

 le second, supposé occupé par une configuration plurielle, est composé de refuseurs, de fragiles ou de voyageurs, non intégrés aux projets d’une supposée et silencieuse majorité.

La société est ainsi confrontée à des comportements, des attitudes et des aspirations auxquelles elle ne peut ni ne veut répondre, et de nombreux individus, constitués parfois en groupes, sont démunis des moyens les plus indispensables, ou refusent d’intégrer des formes de socialisation qu’ils considèrent dégradantes, illusoires ou inadaptées. Il s’agit donc par l’intervention sociale de remettre droit, ou à flot, ramener à la rive les différentes dérives et leurs dérivés. Des services sont alors mis en place, pour répondre à des demandes qui sortent de l’ordinaire, ou qui nécessitent une prise en compte et une réponse spécialisée adaptée à chaque individu, un accompagnement et une remobilisation. Ce sont ces réalités qui servent de références à la présence des travailleurs sociaux sur des territoires qu’ils essaient de connaître et d’apprivoiser.

En première analyse, il semblerait que tout ou presque ait été dit et écrit sur le travail social, qui fait l’objet de nombreux rassemblements d’acteurs, et d’experts, et qui est le sujet d’une abondante littérature. On peut rapidement retenir des définitions proposées et passablement consensuelles, que l’intervention sociale est la mise en œuvre d’une action, ou d’un ensemble de pratiques à caractère substitutif et correctif. Ces actions visent à la fois à rattacher un individu à un collectif dont les caractéristiques lui permettent à priori d’y prendre place, et de combler un vide existant par l’ajout d’un élément dont la présence sera utile à ← 14 | 15 → l’ensemble, pour par exemple le renforcer. Des agents sont donc chargés de remplacer les premiers concernés, parentes et sapientes, parents et sachants, et de transmettre aux nouvelles générations des héritages et des savoirs qui sont utiles à la maintenance de l’organisation et de l’ordonnancement sociétal. De multiples messages sont envoyés, par des canaux multiples, qui servent autant à la redistribution qu’à la substitution. La cause est entendue.

Ajoutons à cela que la pertinence de l’approche et de l’analyse de l’action sociale relève d’une difficulté majeure. Le discours relevant du travail social est souvent caractérisé par l’utilisation de termes dont l’imprécision et la mouvance sémantique n’aide pas à clarifier et organiser des interventions pertinentes et adaptées. Considérons également que les institutions socio-éducatives sont issues d’initiatives religieuses, dont les porteurs s’inscrivaient dans une double lignée :

 L’accomplissement d’un des principes majeurs de la religion chrétienne qui comme système complet, « se devait de mener le fidèle du berceau à la tombe ». (Ce principe à visée holistique incita les églises, catholiques et protestantes, à organiser de nombreuses institutions, entre mariage, assistances diverses et instruction).

 La récupération partielle d’un pouvoir pris par le Gallicanisme et la révolution, par la mise en place de pratiques caritatives visant également à satisfaire à une mission d’encadrement socio-éducatif des oubliés du progrès et des indigents pour les réintégrer dans des lieux plus égalitaires ou plus propices à l’utilité sociale et à l’acceptation de la domestication.

 Enfin, des catégories de désignation existent, qui servent aux agents et aux acteurs à se repérer eux-mêmes dans les objectifs de leurs missions, et regrouper les individus selon des profils susceptibles d’être reconnus, analysés et traités. Ces désignations enferment souvent la population en question dans des marquages identitaires peu en accord avec le respect dû à chaque individu. Et les mots pour les désigner ne font souvent apparaître que le côté faible, fragile ou handicapant de leur situation.

Eu égard peut-être à ces deux écueils attachés à l’épistémè de l’intervention sociale, on peut penser que Vincent Artison ne se soit pas satisfait de ← 15 | 16 → ce qu’il a pu glaner et trouver à lire, à dire et à faire, dans les différentes et nombreuses sources scripturaires qu’il est allé consultées, et qu’il a fait le pari d’une écriture de la clarté et de la congruence. C’est en effet à partir de ces deux constats, foisonnement du discours sur et opacité, que l’ouvrage est écrit, et qu’il se donne une double ambition : redonner à l’intervention sociale la pertinence que la complexité des situations l’empêche parfois d’atteindre, et s’inscrire dans une pragmatique heuristique et innovante.

Nous avons donc devant les yeux un autre travail d’écriture sur le travail social. Pour en revenir à ce que nous énoncions plus haut, il pourrait s’agir d’une ixième approche, sans beaucoup plus d’originalité que les autres qui l’ont précédé. Le travail social est décrit en effet dans cet ouvrage, comme une référence et un enjeu : la référence est le travail, c’est à dire une activité aux caractéristiques multiformes et variées visant à transformer et à améliorer. Et l’enjeu, le côté social de cette activité, qui sera de promouvoir le changement, la résolution de problèmes, dans un contexte spécifique, celui des relations humaines. Il nous serait ainsi permis, sans trahir à priori le contenu de cette écriture, de continuer à mettre en regard le travail de Vincent Artison, avec la définition adoptée par la Fédération Internationale des Travailleurs Sociaux (FITS), et regarder l’espace de concrétisation de cet enjeu comme une mission, celle d’ « aider les personnes à développer leur potentiel, enrichir leur vie, et prévenir les dysfonctionnements. »

Résumé des informations

Pages
231
Année
2015
ISBN (PDF)
9783035106992
ISBN (ePUB)
9783035196818
ISBN (MOBI)
9783035196801
ISBN (Broché)
9783034314848
DOI
10.3726/978-3-0351-0699-2
Langue
Français
Date de parution
2015 (Mai)
Mots clés
travail social de rue hors murs journalisme violence légitime
Published
Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2015. 231 p.

Notes biographiques

Vincent Artison (Auteur)

Impliqué dans le travail social de rue en Suisse romande depuis une douzaine d'années, Vincent Artison occupe actuellement les terrains de la formation et assure des mandats de supervision, de prévention en milieu scolaire et d’expertise relative à l’action extra muros. Il représente par ailleurs une plateforme de professionnel-le-s au sein du réseau international en travail de rue Dynamo.

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