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Concurrences régionales dans un monde multipolaire émergent

de Sebastian Santander (Éditeur de volume)
©2016 Collections 358 Pages

Résumé

Cet ouvrage se penche sur le regain d’importance qu’ont pris les organisations régionales dans les relations internationales de l’après-guerre froide marquées, notamment, par l’accélération de la globalisation et de la diffusion du pouvoir mondial. L’ouvrage s’intéresse au rapport des régions à la transformation en cours des équilibres mondiaux et partant au sens qu’elles insufflent à l’ordre international actuel.
Chaque projet régional est porteur à l’extérieur de normes et règles qui lui sont propres, ce qui n’est pas sans produire une concurrence entre groupements. Cette rivalité entre blocs régionaux existe tant au niveau de chaque continent qu’à l’échelle planétaire. Bien que cette concurrence est loin de constituer un phénomène nouveau, elle a pris de l’ampleur avec, notamment, la prolifération de toute une série de méga-blocs régionaux, d’associations transrégionales ou de coopération interrégionale (TTIP, TTP, « une ceinture, une route », Union eurasienne, RCEP, partenariat UE/CELAC, Asem), dont l’objectif premier est de façonner l’ordre mondial en fonction des attentes des acteurs qui les composent.
Il est donc question d’étudier la place et le(s) rôle(s) des groupes régionaux, interrégionaux et transrégionaux émergents dans l’ordonnancement des relations internationales à l’heure de la multipolarisation progressive des affaires mondiales et de la crise de la gouvernance mondiale.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des Matières
  • Remerciements
  • Avant-propos
  • Introduction
  • Coopération et rivalités régionales à l’heure du décentrage du pouvoir mondial
  • Quelle place pour le régionalisme dans les organisations multilatérales ?
  • Partie I. Les dynamiques d’organisation en Asie
  • Universalisme et régionalismes : les moyens d’un partenariat en Asie du Sud
  • ASEAN : à la poursuite d’un régionalisme de type réaliste ?
  • Un profond remodelage régional de l’Asie : la « coopération de Shanghai »
  • Partie II. Les Amériques face à une nouvelle recomposition des organisations régionales
  • Prolifération de régionalismes en Amérique latine : convergence ou concurrence ?
  • La réinvention du MERCOSUR à la lumière des synergies politico-idéologiques sud-américaines
  • De l’intégration à l’interconnexion. Qu’y a-t-il de changé depuis l’ALENA ?
  • Partie III. Régionalismes africains : chevauchements et appartenances multiples
  • La SADC, une communauté de sécurité africaine ?
  • La CEEAC et les questions de paix et de sécurité en Afrique centrale
  • Union africaine : quels dialogues avec les organisations sous-régionales africaines face à l’irruption des mégablocs régionaux ou transcontinentaux
  • Partie IV. L’europe communautaire : un processus d’intégration sinueux
  • L’UE face aux « crises migratoires ». Institutionnalisation communautaire et tensions politiques
  • La place de l’énergie dans la régionalisation de l’Europe
  • L’Union européenne : quelle cohésion économique et sociale ?
  • Partie V. L’union européenne : objet ou acteur des relations internationales ?
  • L’UE : quel acteur régional dans le monde multipolaire ?
  • La pénétration turque dans les Balkans occidentaux. Quels défis pour le projet d’élargissement de l’UE ?
  • L’Union eurasiatique : projet collectif ou levier de puissance pour la Russie ?
  • Partie VI. Mégablocs régionaux, dynamiques transrégionales et coopération interrégionales
  • TTIP, le projet de traité transatlantique. Apports et limites des théories économiques et politologiques
  • Le projet du partenariat transpacifique. Vers une restructuration des échelles de coopération régionale et internationale ?
  • L’initiative « une ceinture, une route » avec l’UE. Une réponse stratégique chinoise à la multipolarisation du monde ?
  • Interrégionalisme, rivalités économiques et cultures diplomatiques. Une approche historique du processus Asie-Europe (ASEM)
  • L’interrégionalisme euro-latino-américain. Quel partenariat stratégique ?
  • Biographies des auteurs
  • Sigles, abréviations et acronymes
  • Titres de la collection

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Remerciements

Cet ouvrage est issu d’une conférence internationale sur les « Concurrences régionales dans un monde multipolaire émergent » organisée à Liège le 13 novembre 2015 par le Center for International Relations Studies (CEFIR) du département de Science politique de la Faculté de Droit, de Science politique et de Criminologie de l’Université de Liège.

Cette conférence fut une réussite grâce au concours apporté par les membres du CEFIR et plus particulièrement par Liridon Lika et Gabrielle W. Cusson. Nous remercions également l’Agence universitaire de la francophonie, le Fonds national de la recherche scientifique, Wallonie/Bruxelles International, le Fonds David Constant, les Fonds du Patrimoine et de la Mobilité de l’ULg pour leur soutien financier.

Tous nos remerciements aux académiques et chercheurs/chercheures qui malgré la surcharge de leurs agendas et les aléas de leur profession ont présenté lors de cette conférence internationale leurs travaux respectifs et ensuite retravaillé leur contribution en suivant les différentes évaluations qui leur ont été soumises. Je salue ici l’enthousiasme et le professionnalisme avec lesquels les auteurs/auteures se sont engagé(e)s dans cette tâche scientifique livrant ainsi des articles de grande qualité.

Nos chaleureux remerciements s’adressent également à tous ceux qui, de près ou de loin, nous ont soutenu dans la bonne organisation de ces tâches et plus particulièrement à Mme le Doyen, Pascale Lecoq ; aux présidents de panels : Pierre Chabal, Christian Deblock, Bob Kabamba, Quentin Michel, Mario Telò et Jacques Ténier ; à Olivier Dupont, Nadia Jazczinski, Françoise Navez, Virginie Bigaré, ainsi qu’à notre étudiante-monitrice Cindy Régnier et au Cercle des étudiants de science politique (CESPAP) de l’ULg.

Nos remerciements vont également aux éditions Peter Lang et aux directeurs de la collection Enjeux internationaux qui nous ont fait confiance et pris le pari de publier cet ouvrage collectif ainsi qu’à l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) et au Fonds David-Constant pour le financement de cette publication.

Sebastian Santander
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Avant-propos

Ce livre sur les Concurrences régionales dans un monde multipolaire émergent s’inscrit dans une réflexion globale que le Center for International Relations Studies (CEFIR) du département de Science politique de la faculté de Droit, de Science politique et de Criminologie de l’université de Liège poursuit sur le regain d’importance qu’ont pris les organisations régionales dans les relations internationales de l’après-guerre froide marquées, notamment, par la disparition du système bipolaire, la crise du multilatéralisme universel et l’accélération de la globalisation. Nos premières réflexions ont donné lieu à la publication d’articles dans des ouvrages collectifs et revues scientifiques nationales et internationales (Journal of European Integration, Politique européenne, European Foreign Affairs Review, Études internationales, Fédéralisme et Régionalisme, Studia Diplomatica, Cuadernos sobre Relaciones Internacionales, Regionalismo y Desarrollo, Third World Quarterly) ainsi qu’à la publication d’ouvrages individuel et collectif : Le régionalisme sud-américain, l’Union européenne et les États-Unis (S. Santander, Bruxelles, éditions de l’Université de Bruxelles, 2008), Globalisation, gouvernance et logiques régionales dans les Amériques (coord. S. Santander, Paris, L’Harmattan, 2004), Puissances émergentes : un défi pour l’Europe ? (coord. S. Santander, Paris, Ellipses, 2012), Relations internationales et régionalisme (coord. S. Santander, Liège, Presses universitaires de Liège, 2012).

Il s’agit à présent de s’intéresser au rapport des organisations régionales à la transformation en cours des équilibres mondiaux et partant au sens qu’elles insufflent à l’ordre international actuel. Car chaque projet régional est porteur à l’extérieur de normes et règles qui lui sont propres ; ce qui n’est pas sans produire une concurrence entre groupements. Cette rivalité entre blocs régionaux existe aussi bien au niveau de chaque continent qu’à l’échelle planétaire. Bien que cette concurrence est loin de constituer un phénomène nouveau, elle semble avoir pris une nouvelle ampleur avec, notamment, la prolifération de toute une série de mégablocs régionaux, d’association transrégionales ou de coopération interrégionales (TTIP, TTP, « une ceinture, une route », Union eurasienne, partenariat UE/CELAC, ASEM) dont leur objectif premier est de façonner l’ordre mondial en fonction des attentes des acteurs qui les composent. Il est donc question d’étudier la place et le(s) rôle(s) des organisations régionales, interrégionales et transrégionales émergentes dans l’ordonnancement des ← 13 | 14 → relations internationales à l’heure du décentrage du pouvoir mondial, de la multipolarisation progressive des affaires mondiales et de la crise de la gouvernance mondiale.

Pour aborder ce sujet, l’ouvrage a pu compter sur la collaboration de plus d’une vingtaine de chercheurs et professeurs reconnus, issus d’universités européennes, asiatiques, nord-américaines, sud-américaines et africaines, qui livrent ici leurs fines analyses. La réflexion menée s’inscrit dans une démarche de longue durée. En présentant un ensemble conséquent d’études sur les organisations régionales et transrégionales, l’ouvrage entend, au-delà de son intérêt d’actualité, contribuer à combler les lacunes relevées dans la littérature scientifique consacrée au sujet.

Sebastian Santander

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Introduction

Coopération et rivalités régionales à l’heure du décentrage du pouvoir mondial

Sebastian SANTANDER

Dès la fin de la guerre froide, le monde connut une volonté renouvelée pour la coopération régionale entre États voisins sur des enjeux d’intérêts communs. Ce repositionnement régional des États donna lieu à un foisonnement d’organisations sans précédent dans l’histoire des relations internationales. L’ensemble des continents furent gagnés par la fièvre de l’« intégration » (ALENA, ASEAN, Cedeao, CELAC, MERCOSUR, SADC, Union européenne, Union africaine ou Union des nations sud-américaines) ; ce qui, par voie de conséquence, n’eut de cesse d’alimenter l’intérêt du monde scientifique pour l’étude du phénomène régional1.

Les différents processus régionaux ne se développent pas de manière homogène étant donné qu’ils sont porteurs de projets politiques différents. Par ailleurs, chaque groupement régional évolue selon un contexte qui lui est propre, selon une histoire spécifique2. Le régionalisme doit donc se conjuguer au pluriel tant il existe une multiplicité de formes et de types ← 15 | 16 → d’organisations régionales3. Partant, chaque projet porte des règles et des normes personnelles qui conditionnent le jeu des acteurs publics et privés qui évoluent dans le territoire considéré.

Toutefois, le phénomène régional est loin d’être imperméable aux effets produits tant par la nature changeante du contexte politique et économique mondial que par les actions des grandes puissances internationales. S’il perdure à travers le temps, le régionalisme demeure un phénomène en construction permanente. Sa nature change en fonction non seulement de l’évolution du contexte politique et économique interne mais aussi en fonction des effets engendrés par les facteurs internationaux.

En tant que phénomène politique, le régionalisme recouvre une réalité dynamique et mouvante qui peut connaître des avancées mais également des ralentissements, voire des régressions4. Ces mutations peuvent aussi provenir de la concurrence que ces projets de coopération ou intégration régionale se livrent entre eux, comme en témoigne l’analyse comparative des organisations régionales sur le continent africain (Communauté de développement d’Afrique australe [SADC], Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [Cedeao/Ecowas], Union africaine [UA])5, en Amérique latine (Marché commun du sud [MERCOSUR], Alliance du Pacifique [AP], Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique [ALBA])6 ou en Europe (Union européenne, Union eurasiatique)7.

Cette rivalité ne se manifeste pas uniquement entre projets régionaux relevant d’un même continent. Dans le contexte du décentrage du pouvoir mondial et de la multipolarisation croissante des rapports de force internationaux encouragés par l’essor des ← 16 | 17 → puissances dites « émergentes »8 (Afrique du Sud, Chine, Brésil, Inde, Russie ou Turquie) ainsi que de la crise combinée des organisations multilatérales – telles que l’Organisation mondiale du commerce [OMC]9 – et du leadership mondial10, une concurrence se dessine entre projets régionaux issus de continents différents pour façonner à leur image les normes et les règles de la gouvernance politique et économique mondiale.

Les États-Unis sont engagés dans la négociation de « mégablocs » régionaux visant à rapprocher les Amériques de l’Asie-Pacifique et de l’Europe avec respectivement le Partenariat transpacifique (TPP)11 et le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP)12. L’Union européenne et ses États membres, engagés dans les tractations pour le partenariat transatlantique, cherchent également à faire avancer des associations de groupe à groupe régionale (MERCOSUR, ASEAN) ou transcontinentales comme celles engagées avec la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) ou avec l’Asie à travers le Dialogue Asie-Europe (ASEM)13.

Les acteurs « émergents », comme la Chine ou la Russie, ne sont pas en reste dans cette course et n’hésitent pas à s’engager dans le déploiement de projets régionaux communs ou individuels. D’une part, ils encouragent ensemble l’essor de l’Organisation de coopération de Shanghai (OSC)14 en dotant ce projet non seulement d’une orientation sécuritaire, mais également économique, culturelle ou scientifique, et en déployant un dialogue avec toute une série d’États tiers. D’autre part, la Russie et la Chine imaginent, chacune de son côté, de nouveaux projets de coopération régionale. ← 17 | 18 →

Moscou s’engage dans l’élaboration de l’Union économique eurasiatique avec des pays de l’ancien bloc soviétique afin de concurrencer l’Union européenne et de s’affirmer face aux États-Unis.

Pour sa part, Pékin manœuvre pour aménager un nouvel ordre économique et politique asiatique, nourrissant ainsi ses grands desseins de remodelage de la géographie du commerce mondial en proposant une « nouvelle route de la soie » et « une route de la soie maritime du XXIe siècle » (OBOR : « one belt, one road »)15. La première doit relier la Chine à l’Europe par voie ferroviaire et la deuxième vise à créer une zone économique qui connecterait l’Asie du Sud-est à la Méditerranée en passant par l’océan Indien, le Golfe et le canal de Suez16. Ces initiatives ambitionnent de concurrencer les projets régionaux et transrégionaux américains (TTIP et TPP) desquels la Chine a volontairement été exclue.

Pour créer cette grande « ceinture économique », les autorités chinoises comptent sur une enveloppe de 40 milliards de dollars. Ce montant doit permettre à la Chine de financer la construction de nombreuses infrastructures et des voies de communication : routes, ports, ponts ou chemins de fer. Pékin et Washington semblent engagés dans une compétition pour assumer un rôle de rule-maker international17 comme en témoigne la déclaration d’Obama suite à la conclusion des négociations sur le TPP en octobre 2015 : « Nous ne pouvons pas permettre à des pays comme la Chine de dicter les règles du commerce international. Ce sont nous qui devons écrire ces règles »18.

La rivalité entre ces mégaprojets de coopération régionaux, interrégionaux ou transrégionaux se manifeste dans le fait que ces initiatives divergent et véhiculent des normes et modèles de société différents. Certains de ces projets mettent plutôt l’accent sur la libéralisation du marché, encouragent la dérégulation, la privatisation, le déploiement des entreprises privées ainsi que sur toute une série de normes se rapportant aux investissements, aux services, aux marchés publics et à la propriété intellectuelle (TPP, TTIP, Alliance du Pacifique). Par contre, d’autres initiatives – comme celle d’« une ceinture, une route » – tendent ← 18 | 19 → plutôt à valoriser le pouvoir de l’État et des grands groupes publics, la vente et le transport des sources d’énergie, ou la construction de grandes infrastructures19.

La question qui anime la présente recherche est la suivante : les structures régionales, interrégionales et transrégionales émergentes constituent-elles un mode d’organisation des relations internationales et, partant, un vecteur de structuration de la gouvernance mondiale ou forment-elles des canaux d’exacerbation de la compétition internationale et, partant, de fragmentation du monde ?

Le présent ouvrage regroupe des contributions de chercheurs africains, asiatiques, européens, latino-américains et nord-américains de renom. Il se compose de six parties principales, elles-mêmes divisées en plusieurs chapitres. Mais ces six parties sont précédées d’une contribution qui se penche sur la place des organisations régionales dans la gouvernance mondiale et sur leur reconnaissance par les instances multilatérales universelles, telles que l’Organisation mondiale du commerce et l’Organisation des nations unies.

La première de ces parties traite des dynamiques de réorganisation de l’Asie, et plus spécifiquement de trois initiatives régionales qui structurent les relations asiatiques, à savoir l’Association du sud-asiatique pour la coopération régionale, l’Association des nations d’Asie du Sud-est ainsi que l’OSC. La deuxième partie aborde les Amériques et présente trois contributions qui saisissent la recomposition des organisations régionales en cours à l’heure où le continent se fragmente et s’hétéroclite davantage sur le plan politique. Le continent fait l’objet de stratégies différentes de projection internationale. Alors que certains de ses acteurs et organisations s’inscrivent dans la mondialisation libérale et préconisent un virage vers l’Asie-Pacifique sans pour autant délaisser les relations avec les États-Unis, d’autres recommandent le développement d’une stratégie centrée davantage sur le continent latino-américain. Pour leur part, les États-Unis cherchent à s’appuyer sur les États et organisations d’Amérique latine qui sont tournés sur la mondialisation afin de déployer leurs desseins de « mégablocs » régionaux, tels que le projet du partenariat transpacifique (TPP). La troisième partie s’intéresse à l’apport de l’Afrique au développement du régionalisme et se compose de trois études. Celles-ci constatent que, malgré le volontarisme africain en la matière, l’Afrique peine à faire du régionalisme un levier d’autonomisation. Non seulement une dépendance persiste par rapport aux puissances extérieures (traditionnelles et émergentes) mais, en outre, ← 19 | 20 → le fonctionnement et la crédibilité des organisations régionales tendent à souffrir des chevauchements et appartenances multiples des États africains. Selon ces études, cette situation restreint considérablement les possibilités des autorités africaines de prendre activement part au débat sur la structuration du monde en mégablocs régionaux. Les quatrième et cinquième parties se penchent sur le projet européen qu’elle décline à travers six contributions. Celles-ci s’intéressent tant à l’étude des dynamiques internes du projet européen qu’à sa place comme acteur sur la scène internationale. L’image de l’UE en son sein et à l’extérieure se trouve aujourd’hui affaiblie du fait des crises migratoire, énergétique, économique ou sociale qui l’affectent. La place de l’État dans la décision politique européenne est revalorisée et la conduite des politiques publiques au niveau national de plus en plus encouragée. Toutefois, les imbrications et interdépendances des sociétés nationales d’Europe continuent d’agir dans le sens d’une délégation de compétences au niveau supranational. L’UE est dès lors tiraillée entre une logique de politisation grandissante et celle d’une poursuite du renforcement des instances communautaires indépendantes ; raison pour laquelle l’évolution du projet européen se démarque par son caractère sinueux. L’Europe communautaire confirme également qu’elle se construit dans les crises et qu’elle demeure toujours capable d’exercer un attrait auprès de son voisinage et plus particulièrement dans les Balkans occidentaux en dépit du renforcement relatif de la présence et de l’influence turques dans la région, et de la volonté russe de coopter toute une série de pays du Caucase (Géorgie, Moldavie) et d’Europe orientale (Ukraine) en vue de galvaniser le projet d’Union eurasiatique. La sixième et dernière partie se penche plus spécifiquement sur le développement de projets dits de « méso-mondialisation » – tels que le Partenariat transpacifique, le Partenariat transatlantique, le projet chinois « une ceinture, une route », le Dialogue Europe-Asie et le partenariat stratégique UE/Amérique latine et Caraïbes – ainsi que sur la manière dont les organisations régionales s’emboîtent avec les organisations multilatérales existantes.


1 Cf. notamment : Fawcett, L. et Hurrell, A. (coord.), Regionalism in World Politics. Regional Organization and International Order, Oxford, Oxford University Press, 1995, 342 p. ; Gamble, A. et Payne, A. (coord.), Regionalism and World Order, Londres, Macmillan, 1996, 282 p. ; Hettne, B., Inotai, A. et Sunkel, O., Globalism and the New Regionalism, Londres, Macmillan, vol. 1, 1999, 270 p. ; Söderbaum, F. et Öjendal, J., Regionalization in Globalizing World, Londres, Zed Books, 2001, 304 p. ; Farrel, M., Hettne, B. et Van Langenhove, L., Global Politics of Regionalism. Theory and Practice, Londres, Pluto Press, 2005, 321 p. ; Santander, S. (coord.), Relations internationales et régionalisme. Entre dynamique interne et projections internationales, Liège, Presses universitaires de Liège, 2012, 371 p. ; Telò, M., European Union and New Regionalism. Competing Regionalism and Global Governance in a post-hemonic era, Angleterre, Ashgate, 2014, 478 p. ; Gana, A. et Richard, Y., La régionalisation du monde. Construction territoriale et articulation global/local, Paris, Karthala, 2014, 272 p.

2 Santander, S., Le régionalisme sud-américain, l’Union européenne et les États-Unis, Bruxelles, éditions de l’université de Bruxelles, 2008, 280 p. ; Warleigh-Lack, A., « Studying Regionalisation Comparatively », in Cooper, A. F., et al. (coord.), Regionalisation and Global Governance : the Taming of Globalisation ?, Londres, Routledge, 2008, pp. 43-60.

3 Marchand, M., Bøås, M., et Shaw, T. M., « The Political Economy of Regionalisms », in Third World Quarterly, 20, 5, pp. 897-910.

4 Chenou, J.-M., « Études régionales. Relations internationales et nouveau régionalisme », in Battistella, D., Relations internationales. Bilan et perspectives, Paris, Ellipses, pp. 339-356.

5 Bach, C. D., Régionalisation, mondialisation et fragmentation en Afrique subsaharienne, Paris, Karthala, 1998, 316 p. ; Fau-Nougaret, M. (coord.), La concurrence des organisations régionales en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2012, 456 p.

6 Santander, S., « El “giro a la izquierda” en América Latina : Fragmentación y recomposición de la geopolítica regional », Cuadernos sobre Relaciones Internacionales, Regionalismo y Desarrollo, 4, 7, 2009, pp. 17-38 ; Shifter, M., « The Shifting Landscape of Latin American Regionalism », Current History, 111, 742, février 2012.

7 Vilpišauskas, R., Ališauskas, R., Kasčiūnas, L., Dambrauskaitė, Z., Sinica, V., Levchenko, I., Chirila, V., « Eurasian Union : a Challenge for the European Union and Eastern Partnership Countries », Eastern Europe Studies Center, 19 décembre 2012, 53 p. ; Cadier, D., « Eastern Partnership vs Eurasian Union ? The EU-Russia Competition in the Shared Neighbourhood and the Ukraine Crisis », Global politics, 5, 1, 2014, pp. 76-85.

8 Santander, S., L’émergence de nouvelles puissances : vers un système multipolaire ? Paris, Ellipses, 2009, 250 p. ; Santander, S., Les puissances émergentes : un défi pour l’Europe ? Paris, Ellipses, 2012, 384 p. ; Santander, S., L’Afrique, nouveau terrain de jeu des puissances émergentes, Paris, Karthala, 2014, 319 p.

9 De La Vega, X., « La crise des organisations internationales. FMI, Banque mondiale, OMC », Sciences Humaines, 197, 2008.

10 Gill, S., Global Crises and the Crisis of Global Leadership, Cambridge, Cambridge University Press, 2012, 346 p.

Résumé des informations

Pages
358
Année
2016
ISBN (PDF)
9783035266221
ISBN (ePUB)
9783035297072
ISBN (MOBI)
9783035297065
ISBN (Broché)
9782875743480
DOI
10.3726/978-3-0352-6622-1
Langue
Français
Date de parution
2016 (Avril)
Mots clés
Ordre international actuel Après-querre froide Concurrence régionale Relations internationales
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2016. 358 p., 8 graph. n/b, 1 tabl. n/b

Notes biographiques

Sebastian Santander (Éditeur de volume)

Sebastian Santander est professeur ordinaire au département de science politique et en charge du Centre CEFIR de l’Université de Liège (ULg). Il est docteur de l’Université libre de Bruxelles (ULB) et tire son post-doctorat de l’Université de Maastricht. Il est collaborateur scientifique à l’Institut d’études européennes (IEE) de l’ULB ainsi qu’au CEIM de l’UQAM. Ses recherches portent sur les dynamiques régionales et leur projection mondiales ainsi que sur les puissances émergentes. Il est auteur de plusieurs articles et ouvrages sur la question des organisations régionales.

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Titre: Concurrences régionales dans un monde multipolaire émergent