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L'urgence de dire

L’Irlande du Nord après le conflit

de Fabrice Mourlon (Auteur)
Monographies XII, 202 Pages

Résumé

Depuis la fin des années 1990 et la signature de l’Accord du Vendredi-Saint à Belfast en 1998, un nombre croissant de témoignages de survivants du conflit nord-irlandais ont été recueillis et publiés et occupent une place importante dans l’espace public, tant dans la presse que le monde de l’édition. Le sentiment de n’être pas véritablement reconnu par la société et par ses institutions, d’être exclu du récit historique dominant, et le manque de consensus sur le statut de « victime » contribuent au besoin de raconter sa propre histoire, donnant ainsi l’impression d’une polyphonie de points de vue.
Alors que la plupart des études ont analysé la fonction et la portée politique et sociale des témoignages en Irlande du Nord, cet ouvrage montre dans quelle mesure ces récits permettent aux affects et aux émotions de s’exprimer et de s’élaborer, tant du côté du narrateur que de celui du lecteur. En adoptant une approche pluridisciplinaire et en soulignant le rôle de l’intersubjectivité, ces récits, adressés à un Autre, sont ici analysés par le prisme d’un lecteur bien particulier : celui du chercheur, qui accepte sa subjectivité et se situe délibérément dans l’interaction entre le narrateur et lui-même.

Table des matières


L’urgence de dire

L’Irlande du Nord après le conflit

Fabrice Mourlon

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PETER LANG

Oxford • Bern • Berlin • Bruxelles • New York • Wien

À propos de l’auteur

Fabrice Mourlon est Maître de conferences en civilisation du monde anglophone à l’Université Paris 13/Sorbonne Paris Cité. Ses recherches portent sur les aspects politiques et sociaux de la société contemporaine nord-irlandaise : la place et le roˆle des survivants dans le processus de paix, le travail de mémoire, les pratiques testimoniales, et les mouvements politiques marginaux et alternatifs.

À propos du livre

Depuis la fin des années 1990 et la signature de l’Accord du Vendredi-Saint à Belfast en 1998, un nombre croissant de témoignages de survivants du conflit nord-irlandais ont été recueillis et publiés et occupent une place importante dans l’espace public, tant dans la presse que le monde de l’édition. Le sentiment de n’être pas véritablement reconnu par la société et par ses institutions, d’être exclu du récit historique dominant, et le manque de consensus sur le statut de « victime » contribuent au besoin de raconter sa propre histoire, donnant ainsi l’impression d’une polyphonie de points de vue.

Alors que la plupart des études ont analysé la fonction et la portée politique et sociale des témoignages en Irlande du Nord, cet ouvrage montre dans quelle mesure ces récits permettent aux affects et aux émotions de s’exprimer et de s’élaborer, tant du coˆté du narrateur que de celui du lecteur. En adoptant une approche pluridisciplinaire et en soulignant le rôle de l’intersubjectivité, ces récits, adressés à un Autre, sont ici analysés par le prisme d’un lecteur bien particulier : celui du chercheur, qui accepte sa subjectivité et se situe délibérément dans l’interaction entre le narrateur et lui-même.

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Remerciements

Je tiens tout d’abord à remercier Eamon Maher d’avoir accepté de publier cet ouvrage dans la collection Studies in Franco-Irish Relations (Peter Lang) qu’il dirige. Son soutien, ainsi que celui de Christabel Scaife et Simon Phillimore chez Peter Lang m’ont été très précieux.

Cet ouvrage est le fruit de réflexions entamées à l’occasion d’une invitation à participer au colloque de Cerisy en 2015 : « Écritures de soi, Écritures du corps ». Je remercie chaleureusement les organisateurs, Jean-François Chiantaretto et Catherine Matha, de m’y avoir convié.

Je suis reconnaissant envers toutes les personnes que j’ai rencontrées en Irlande du Nord au cours de mes recherches, notamment les responsables des associations de victimes/survivants, Neil Jarman et l’équipe de l’Institute for Conflict Research à Belfast, Katy Radford, Brandon Hamber, Marie Smyth, et Pat Holte et sa famille. Je les remercie de la confiance qu’elles m’ont accordée et de leur générosité.

J’exprime ma gratitude envers Anne Goarzin pour ses relectures et ses conseils avisés et Françoise Palleau pour ses encouragements et son amitié.

Cet ouvrage n’aurait pas vu le jour sans le soutien financier du laboratoire Pléiade de l’Université Paris 13.←ix | x→ ←x | xi→

Avertissement

Cet ouvrage est publié dans la collection Studies in Franco-Irish Relations de Peter Lang qui s’adresse à un lectorat bilingue.

C’est la raison pour laquelle, et en accord avec l’éditeur, les citations sont dans la langue d’origine de l’ouvrage ou du document dont elles sont issues.

D’autre part, il m’a paru important de conserver la langue d’origine des témoignages de survivants (l’anglais), ce qui permet de laisser la parole du témoin intacte et authentique.←xi | xii→ ←xii | 1→

Introduction

L’idée de cet ouvrage m’est venue à l’occasion de la participation au colloque de Cerisy intitulé « Écritures de soi, Écritures du corps » en 2015, auquel j’avais été convié par un collègue, Jean-François Chiantaretto, professeur de psychopathologie à l’Université Paris 13 et psychanalyste. Nous nous étions rencontrés lors d’un séminaire de mon laboratoire et avions échangés quelques mots sur notre intérêt commun, les récits de survivants, lui de la Shoah, moi du conflit nord-irlandais. Étant civilisationniste et spécialiste d’études irlandaises, je me posais la question de ma légitimité à communiquer lors d’un colloque regroupant exclusivement des psychanalystes. Cette question de la légitimité a aussi été évoquée par certains de mes collègues en études irlandaises, selon qui une formation diplômante était nécessaire pour envisager une telle étude. Ma formation en psychanalyse est issue de mon expérience d’analysant lors d’une cure psychanalytique. Cette expérience, par la pratique, est beaucoup plus fructueuse qu’une simple lecture du corpus des écrits des grands auteurs du domaine. En effet, à travers la cure, qui s’étale sur plusieurs années, l’analysant est à même de comprendre ses propres blocages et dysfonctionnements, et la connaissance intime et profonde de lui-même lui permet de comprendre l’Autre. C’est après ces années de travail avec mon analyste que j’ai pu lire et comprendre plus aisément les ouvrages théoriques. Mon expérience s’appuie notamment sur les psychanalystes de l’école anglaise : Mélanie Klein, Donald Winnicott, Wilfred Bion (dont les ouvrages seront cités plus loin) sans oublier évidemment Freud et Ferenczi, ce dernier ayant beaucoup écrit sur le traumatisme.

Cette formation m’a donc permis d’aborder les récits de survivants en Irlande du Nord d’une manière différente que celle que j’avais utilisée depuis ma thèse de Doctorat. Pendant plusieurs années, je ne savais pas comment aborder ce matériau riche et particulier. Je m’étais plus intéressé aux contextes historique et culturel qu’aux textes eux-mêmes, notamment parce que l’objet d’étude me perturbait. La lecture des témoignages m’apparaissait fastidieuse car les récits étaient trop chargés d’émotion. Les←1 | 2→ Anglo-saxons parlent de « compassion fatigue » ou de « vicarious trauma » pour décrire cet état, tant il est vrai que l’on ne ressort pas de ces lectures indemne. Shoshana Felman, professeur de littérature comparée, décrit avec acuité ce sentiment dans un chapitre qui relate sa propre expérience d’enseignement des traumatismes dans un de ses cours sur le témoignage.1 D’emblée, elle pose la question centrale :

In a post-traumatic century, what and how can testimony teach us, not merely in the areas of law, of medicine, of history, which routinely use it in their daily practice, but in the larger areas of the interactions between the clinical and the historical, between the literary and the pedagogical?2

En effet, comme nous le verrons dans cet ouvrage, le témoignage (et son récit) ne peut être foncièrement compris que s’il est envisagé de manière interdisciplinaire, voire transdisciplinaire. En faisant référence au xxe siècle comme étant le siècle des grands traumatismes historiques, Felman montre à quel point le témoignage n’est pas seulement une forme de connaissance de ces événements :

Notes biographiques

Fabrice Mourlon (Auteur)

Fabrice Mourlon est Maître de conferences en civilisation du monde anglophone à l’Université Paris 13/Sorbonne Paris Cité. Ses recherches portent sur les aspects politiques et sociaux de la société contemporaine nord-irlandaise : la place et le rôle des survivants dans le processus de paix, le travail de mémoire, les pratiques testimoniales, et les mouvements politiques marginaux et alternatifs.

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Titre: L'urgence de dire