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Terminologie(s) et traduction

Les termes de l’environnement et l'environnement des termes

de Sonia Berbinski (Éditeur de volume) Anca Marina Velicu (Éditeur de volume)
Comptes-rendus de conférences 398 Pages

Résumé

Problématique actuelle, l’environnement est un de ces domaines transversaux au sujet desquels les décideurs nationaux, européens et internationaux, le milieu des affaires et l’opinion publique débattent et souvent se confrontent depuis longtemps. Sa terminologie se renouvelle constamment au fur et à mesure de l’apparition de nouveaux défis. Les contributions de ce volume se réunissent autour du terme environnement, reliant entre elles deux thèmes centraux : la terminologie de l’environnement, d’une part, et l’environnement des termes de l’autre. Elles se revendiquent de la terminologie, de la sémantique lexicale, de la traductologie, discours de spécialité ou bien de la normalisation terminologique, du droit de l’environnement, de la sociologie de l’environnement, de l’écologie.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • L’environnement : une question (aussi) de termes…
  • Termes de l’environnement Terminologie de l’environnement : études terminologiques
  • Tri sélectif : vrai ou faux pléonasme ? Considérations ‘écolinguistiques’ sur la terminologie du recyclage en français et en roumain (Anca-Marina VELICU)
  • L’écologie urbaine est-elle si transparente/interprétable qu’elle le semble ? (Christine MARTINEZ)
  • L’étymologie du formant éco et son expansion dans le domaine environnemental (Maria LEO)
  • Les recommandations terminologiques en français dans le domaine de l’environnement (Zoran NIKOLOVSKI)
  • Dynamique terminologique des sources d'énergie renouvelable (domaine français-italien-roumain) (Chiara PREITE / Daniela DINCĂ)
  • Compiler un glossaire terminologique français-roumain des espèces envahissantes : les principaux écueils à surmonter (Ioana Anca DINCĂ)
  • Nommer la fraude dans la publicité écologique : greenwashing, écoblanchiment, verdissement d’image… Quelle expression en roumain ? (Cristina PETRAŞ)
  • Enjeux de la constitution de corpus spécialisé sur l’environnement en malgache (Tantely Harinjaka RAVELONJATOVO)
  • L’environnement et la culture du recyclage : regard culturel et philosophique (Khemissa LAIB)
  • Environmental Protection in NATO Military Operations: A Terminological Study (Carmen FIANO / Agnese Daniela GRIMALDI)
  • Terminologie de l’environnement et traduction spécialisée
  • Terminologie du nucléaire : traduction et vulgarisation entre français et japonais (Kazumi NAKAO)
  • Recherche terminologique en vue du sous-titrage en roumain d’un documentaire français sur le réchauffement climatique (pédagogie par le projet) (Lucia VIŞINESCU)
  • Environnement des termes Environnement discursif/ textuel des termes
  • La « couche moyenne » des discours de spécialité (Eva LAVRIC)
  • Marqueurs de l’approximation et discours de l’environnement : en-deçà et au-delà des termes (Sonia BERBINSKI)
  • Environment of terms: terminological questions of preparing and translating technical documentation (Eszter B. PAPP / Ágota FORIS)
  • Égratignures, éraflures, écorchures et leurs équivalents roumains : collocations et contextes comme révélateurs conceptuels (Teodora OLENICI)
  • Environnement lexicographique/ terminographique des termes
  • Crossing between environments: the relationship between terminological dictionaries and Wikipedia (Tegau ANDREWS / Gruffudd PRYS / Dewi BRYN JONES / Delyth PRYS)
  • L’environnement diachronique des termes scientifiques (étude lexicographique) (Ioana-Rucsandra DASCĂLU)
  • Prototype d’une base de données terminologique scientifique trilingue arabe/français/anglais (Mehdi ZERZAIHI / Mohamed HASSOUN)
  • Environnement institutionnel des termes (infrastructure du travail terminologique)
  • Être ennuyeux : nouvelles perspectives sur la responsabilité terminologique du traducteur dans le contexte européen (Henrik NILSSON)
  • Mission, activités et produits du Centre de Terminologie et Lexicographie Basque UZEI (Imanol URBIETA)

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L’environnement : une question (aussi) de termes…

L’environnement est un domaine transversal au sujet desquels les décideurs nationaux, européens et internationaux, le milieu des affaires et l’opinion publique débattent et souvent se confrontent depuis longtemps, mais qui constitue une problématique plus que jamais actuelle. Sa terminologie se renouvelle constamment au fur et à mesure de l’apparition de nouveaux défis, ou au gré de l’émergence de réponses novatrices à d’anciennes menaces qui s’aiguisent à vue d’œil.

Rappelons d’abord que la mise en chantier et la réalisation effective de ce volume auront été placées sous le signe d’événements internationaux majeurs concernant la protection de l’environnement, à commencer par la 23e Conférence des Parties (COP 23) à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), qui a eu lieu du 6 au 17 novembre 2017, à Bonn, en Allemagne, sous la présidence, pour la première fois dans l’histoire, un petit État insulaire : les îles Fidji, et jusqu’à la Journée Mondiale de l’Environnement 2018, dédiée cette année à la lutte contre la pollution plastique et hébergée par l’Inde.

Nous avons délibérément joué sur les diverses acceptions du mot environnement, pour relier entre eux deux thèmes centraux : la terminologie de l’environnement (domaine référentiel prioritairement ciblé), d’une part, et l’environnement des termes (problématique linguistique et métalinguistique) de l’autre. Ce faisant, nous avons de fait suivi les directions ouvertes en écologie des langues (ou du langage – voir Haugen 1971, qui fait figure de texte fondateur) et en écolinguistique depuis un certain temps déjà (voir Fill et Mühlhäusler, eds 2001, et Fill, 2014, pour un état des lieux).

Le volume a un fort caractère pluri- et interdisciplinaire, regroupant à la même enseigne des recherches de langagiers (terminologues, réviseurs, traducteurs, …) et de linguistes (de diverses allégeances théoriques, allant de la TGT à démarche résolument onomasiologique et normative, à la socio-terminologie, à la théorie des portes de Theresa Cabré, à l’analyse de discours et/ou à la sémantique lexicale à la française), sans exclure les études à dominante culturelle ou interculturelle ni les ouvertures philosophiques.

À une époque où les avis des linguistes sont plus que jamais partagés sur le statut épistémologique et théorique du lexème/ mot – ainsi que le prouvent les ← 9 | 10 → nombreuses manifestations portant explicitement sur ce sujet, rien qu’en 20171 – nous tiendrons pour acquis que les termes (pour les concepts généraux), à l’instar des appellations (pour les concepts particuliers ou : uniques2), et à l’instar des symboles écrits non verbaux (valant tant de concepts généraux3 que d’individus ou : concepts particuliers4) sont des désignations lexicalisées (stables en mémoire des locuteurs et faisant l’objet d’un consensus socio-culturel ou socio-professionnel), à la différence des énoncés définitoires et autres descriptions et périphrases qui en seront les désignations en combinatoire (plus ou moins) libre. Termes et appellations (en tant que désignations verbales stabilisées) sont en outre des dénominations (au sens de Kleiber 2001).

Autrement dit, du moins à l’horizon de ce volume, c’est l’inventaire (pour une langue et un domaine de spécialité donnés) et le contexte5 d’émergence et ← 10 | 11 → d’emploi des termes qui font l’objet de recherches. Par contre, l’existence même de ces unités du lexique est censée être présupposée.

Les termes de l’environnement (études terminologiques sur l’environnement ou des domaines connexes – droit de l’environnement, sociologie de l’environnement, écologie…) représentent le noyau autour duquel s’organisent les douze premières études, distribuées en deus sous-sections : Terminologie de l’environnement : études terminologiques et Terminologie de l’environnement et traduction spécialisée.

Parmi les dix études terminologiques directement centrées sur l’environnement : deux textes faisant la belle part à la normalisation terminologique (Anca-Marina Velicu ; Zoran Nikolovski), trois études contrastives de micro-champs terminologiques (Chiara Preite et Dana Dincă ; Cristina Petraș ; Ioana-Anca Dincă), deux textes visant la sémantique des termes français de l’environnement (Maria Leo ; Christine Martinez), une analyse de corpus comparables malgache et respectivement français (Tantely Harinjaka Ravelonjatovo), une étude, en anglais, sur la terminologie anglaise relative à l’environnement employée dans les missions militaires internationales de l’OTAN, co-autorée par Carmen Fiano et Agnese Daniela Grimaldi et enfin, mais pas en dernier lieu, un texte mettant la terminologie du recyclage en perspective à la fois culturelle et philosophique (Khemissa Laib).

Le rapport à la norme terminologique se fait voir également dans la contribution de Zoran Nikolovski, qui analyse les recommandations terminologiques du Journal officiel de la République française présentées par la base de données terminologiques FranceTerme, rassemblant les néologismes les plus récents en fait d’environnement.

La dynamique de l’emploi des termes de l’environnement dans divers types de discours (officiels ou publicitaires) ainsi que quelques questions de jurisprudence relative à ce domaine sont analysées dans les contributions de Dincă & Preite et de Cristina Petras. Si les premières auteures mettent en évidence les ressemblances ou, selon le cas, les différences dans la définition terminologique ou contextuelle des concepts désignés par les termes français-italiens-roumains analysés, Cristina Petraș est plutôt préoccupée des incidences discursives des fraudes liées au trucage des normes écologiques, insistant sur la diversité des intervenants impliqués (journalistes, officiels, représentants de la marque, responsables politiques). Les principaux écueils dans la compilation d’un glossaire terminologique bilingue sur le thème (très pointu) des espèces envahissantes font l’objet de la contribution de Ioana-Anca Dincă. ← 11 | 12 →

L’écologie, sous ses diverses formes, linguistiques ou civilisationnelles, se trouve au cœur des articles bien documentés et argumentés de Maria Leo et de Christine Martinez. Que ce soit l’analyse des collocations constituant le bagage terminologique de la « ville durable » (Martinez) ou la néologie très productive dans le domaine (Leo), les thématiques abordées s’ouvrent à des réflexions sémantico-discursives et terminologiques.

Deux autres études, l’une portant sur une analyse de corpus comparables malgaches et respectivement français (Tantely Harinjaka Ravelonjatovo) et l’autre, sur la terminologie et la culture algérienne du recyclage dans la lignée (entre autres) de François Dagognet, (Kemissa Laib), ouvrent, sur des questions terminologiques souvent très techniques, d’intéresssantes perspectives culturelles et interculturelles. L’étude, en anglais, de la terminologie des missions internationales de l’OTAN, co-autorée par Carmen Fiano et Agnese Daniela Grimaldi a une forte composante interdisciplinaire (terminologie militaire, terminologie des organisations internationales, anglais-langue véhiculaire, termes de l’environnement).

La théorie et la pratique de la traduction spécialisée (textes sources thématiquement rattachés au domaine de l’environnement) entre dans les préoccupations de Kazumi Nakao et de Lucia Visinescu. Perspectives, types d’approches et thématiques différentes, mais même souci du détail. Kazumi Nakao se pose des questions d’une part sur les choix que le traducteur de terminologies doit faire, en insistant sur la nécessité d’une bonne analyse des concepts et des relations sémantiques établies entre les termes, et, d’autre part, sur la fidélité par rapport au texte de spécialité. Elle souligne le fait que la traduction des termes de spécialité est le résultat de la négociation du sens que le traducteur entreprend avec les autres acteurs de la terminologisation : les autorités « qui définissent les termes, qui en font la normalisation, et qui en imposent certains emplois ». L’approche proposée par Lucia Visinescu est de nature plutôt didactique. Son article traite de l’exploitation de textes comparables dans le cadre d’un projet de recherche terminologique intégrée étudiants-enseignants aboutissant au sous-titrage en roumain d’un documentaire français sur le réchauffement climatique.

L’environnement des termes, seconde problématique autour de laquelle est structuré ce volume de contributions, réunit des études portant sur le discours de spécialité comme environnement sémiotique des termes (Eva Lavric, Sonia Berbinski, Eszter B. Papp & Ágota Foris, Teodora Olenici), trois articles portant sur la lexicographie/terminographie des mots de l’environnement (Tegau Andrews, Gruffudd Prys, Dewi Bryn Jones And Delyth Prys, Rucsandra Dascalu, Mehdi Zerzaihi) et deux réflexions sur le contexte d’émergence et ← 12 | 13 → d’implantation des termes, en l’occurrence sur le cadre institutionnel européen, national, régional, sur l’aménagement terminologique et les politiques linguistiques (Henrik Nilsson du Centre de Terminologie Suédoise TNC, Président de l’Association Européenne de Terminologie ; Imanol Urbieta, économiste et Directeur du Centre de Terminologie et Lexicographie Basque à Saint Sébastien, Communauté autonome basque, Espagne).

La nécessité de construire un discours « environnemental » pour la terminologie, qui puisse en assurer le fonctionnement, est soulignée dans les articles de Eva Lavric et de Sonia Berbinski. Pour ce faire, Eva Lavric propose le concept de « couche moyenne » capable de faire le pont entre la terminologie proprement dite et le langage général lequel, par la « fréquence et [par des] emplois spécifiques » arrive à se spécialiser. L’auteure surprend le fait que chacun de ces domaines, mise à part sa terminologie, dispose de moyens linguistiques typiques qu’il emprunte au langage général, mais qu’il s’approprie à travers des fréquences et des emplois qui lui sont propres ; de sorte qu’il est impossible de décrire – ou d’enseigner – la langue de spécialité en question sans en tenir compte.

Sonia Berbinski cible son étude sur l’expression et le fonctionnement de l’approximation dans les langages de spécialité, en l’occurrence le discours portant sur l’environnement en général et particulièrement sur l’écologie. En tant que lieu de la clarté et de la concision, le discours de spécialité essaie d’éviter, autant que possible, l’imprécis et le flou. Lorsque l’approximation se fait voir dans ce type de discours, elle aura des rôles spécifiques, marquant surtout des intervalles de variables qui tournent autour d’une unité de mesure, d’un indice de pollution, etc. supposant une limite à atteindre en plus ou en moins. Entreprenant une brève analyse quantitative, l’auteure remarque la différence de fréquence des marqueurs d’approximation dans les textes officiels et dans les documents de vulgarisation.

La perspective du terminologue responsable des politiques linguistiques européennes traverse les contributions de Nilsson et Urbieta. Henrik Nilsson fournit des informations très importantes concernant les dernières tendances en terminologie/ terminographie contemporaine, les organisations (dont l’AET) et les banques de données terminologiques nationales et européennes, ainsi que les principaux réseaux terminologiques européens. Il insiste également sur la définition de l’idée même de responsabilité terminologique, en général, et de la responsabilité terminologique du traducteur, en particulier. Imanol Urbieta présente certaines particularités de l’euskera (ou : langue basque), qui ont conditionné la normalisation de cette langue, ainsi que l’activité et les objectifs d’UZEI (Centre de Terminologie et Lexicographie Basque), la seule entité qui travaille directement avec tous les organismes basques de normalisation. ← 13 | 14 →

Issu d’un débat particulièrement porteur sur un sujet se ressourçant dans la multidisciplinarité, et l’interculturalité, le volume proposé invite à une lecture active et attentive tous ceux qui s’intéressent, de loin ou de près, à la (ou aux) terminologie(s), à la traduction, aux langues en général et à leur environnement – qui, selon Haugen déjà, serait, en première instance, constitué par leurs usagers – dont font également partie nos lecteurs-cibles ….

Références

Cabré, Maria Theresa (2000) – « Terminologie et linguistique : la théorie des portes », Terminologies Nouvelles N° 21, Agence de la Francophonie et Communauté française de Belgique, pp. 10–15, http://www2.cfwb.be/franca/termin/charger/rint21.pdf (déchargé le 20 février 2017).

Chomsky, Noam (2001) – « Derivation by phase », in: Ken Hale: A life in language, ed. Michael Kenstowicz, pp. 1–52. Cambridge, MA: MIT Press.

Chomsky, Noam (2008) – « On phases », in: Foundational issues in linguistic theory, eds. Robert Freidin, Carlos P. Otero, and Maria Luisa Zubizarreta, pp. 133–166. Cambridge, MA: MIT Press.

Fill, Alwin ; Mühlhäusler, Peter (eds, 2001) – The Ecolinguistic Reader. Language, Ecology and Environment, London and New York: Continuum.

Gaudin, François (2003) – Socioterminologie, une approche sociolinguistique de la terminologie, Bruxelles : Duculot De Boeck.

Halle, Moris and Marantz, Alec (1993) – « Distributed Morphology and the Pieces of Inflection », in: Hale, Keneth and Samule J. Keyser 1993 (eds) – The View from Building 20, Boston: the MIT Press, chap. 3.

Haugen, Einar Ingvald (1971) – « The Ecology of language », The Linguistic Reporter 13, 1, p. 19–26.

Kleiber, Georges (2001) – « Remarques sur la dénomination », Cahiers de praxématique [En ligne], 36 | 2001, document 1, mis en ligne le 01 janvier 2009, consulté le 18 mars 2017. URL : http://praxematique.revues.org/292.

ISO 704/2000 – Travail terminologique – Principes et méthodes, 2ème édition.

Lamb, Sydney M. (1999) – Pathways of the Brain. The Neurocognitive Basis of Language, Amsterdam/ Philadelphia: John Benjamins Publishing Company.

Marantz, Alec (1997) « No Escape from Syntax: Don’t Try Morphological Analysis in the Privacy of Your Own Lexicon, » University of Pennsylvania Working Papers in Linguistics: Vol. 4 : Iss. 2, Article 14. Available at: http://repository.upenn.edu/pwpl/vol4/iss2/14. ← 14 | 15 →

Raus, Rachele (2013) – « Terminologie, traduction et discours », La terminologie multilingue, Bruxelles, De Boeck Supérieur, « Traducto », 2013, p. 7–9. URL : http://www.cairn.info/la-terminologie-multilingue--9782804175313-page-7.htm.

Steffensen, Sune Vork & Fill, Alwin (2014) – « Ecolinguistics: the state of the art and future horizon », Language Sciences 41 (The Ecologie of language and science, Special Issue), p. 6–25.

Wüster, Eugen (1979) Einführung in die allgemeine Terminologielehre und terminologische Lexikographie, 1e éd., Vienne : Springer ; 1985, 2e éd., København : The LSP Centre, Unesco Alsed Lsp Network, Copenhagen School of Economics ; 1991, 3e éd., Bonn : Romanistischer Verlag.

Anca-Marina Velicu & Sonia Berbinski


1 Le colloque « Le mot : syntaxe, morphologie et phonologie », organisé au mois de mai 2017 par L’équipe de recherche sur le statut du mot dans le langage humain à l’Université McGill, au Canada, dans le cadre du 85e Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) se propose explicitement sinon de trouver un parfait consensus théorique, au moins d’aboutir à une meilleure compréhension de cette unité fondamentale, qui compte parmi les constructions les plus intuitives pour les locuteurs d’une langue (http://linguistlist.org/callconf/call-action.cfm?ConfID=272796) ; de ce côté-ci de l’Atlantique, « Roots V », colloque organisé en juin 2017 par les Départements de Linguistique de la Queen Mary University of London et respectivement de l’University College London aura débattu spécifiquement de la question de savoir si les « pures » racines (par hypothèse dépourvues de traits catégoriels) postulées par la Morphologie Distribuée (dont les hypothèses – voir Halle & Marantz 1993 – ont fini par être intégrées aux dernières versions de la grammaire générative chomskyenne – voir Chomsky 2001, 2008) sont ou non des mots/ lexèmes, et à quel point elles sont prédéterminées pour certains environnements syntaxiques.

2 Représentations mentales multimodales d’individus particuliers (au sens de la neurolinguistique connexionniste – voir Lamb 1999). La terminologie normative classique orientée concept oppose la notion de concept général non pas directement aux individus particuliers (niveau ontologique des objets du monde, niveau non seulement extralinguistique mais aussi voire surtout : extra-mental, extérieur à l’esprit du sujet en général), mais aux concepts particuliers (appelés aussi concepts uniques) – voir norme ISO 704/2000.

3 Ruban de Möbius pour signaler l’aptitude au recylage, croix/ croissant rouge, €, £, $, ….

4 Le fameux Love Symbol #2 – imprononçable – choisi par Prince pour nom de scène en 1993 : illustration.

5 Sur la portée du contexte dans l’analyse des termes, voir, entre autres, Raus 2013 et les références qui y sont citées.

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Termes de l’environnement Terminologie de l’environnement : études terminologiques

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Anca-Marina VELICU

Université de Bucarest

Tri sélectif : vrai ou faux pléonasme ? Considérations ‘écolinguistiques’ sur la terminologie du recyclage en français et en roumain1

Abstract: This paper will focus on the couple of French terms tri sélectif/ collecte sélective, and their Romanian equivalents: in both cases, it is colectare selectivă, since ?#triere selectivă is virtually unattested in Romanian language, at least not as designations having to do with waste management and recycling. While often rejected as a pleonasm (among others: Allinne 1998, Sahiri 2013), the former French term (tri sélectif) is well documented on sites for citizen’s expression and participation, as well as in official texts, including EU texts. And if the relation between tri (des déchets) and tri sélectif is obviously treated as synonymy relation by most writers that reject tri sélectif (recommended term, rejected term), tri sélectif and collecte selective seem to be associate terms (designating distinct concepts) rather than synonyms (designating one and the same concept).

In Romanian, official texts, including EU texts only attest the direct equivalent of French collecte, so the term tri sélectif shall only have an indirect translation, by agentive modulation, since the agent of the tri (Engl. ‘sorting’) – an individual generating or enterprise producing the waste – is not the agent of the collecte (Engl. ‘collection)’ – an enterprise or institution that ultimately manages waste, either for recycling purposes or for reduction purposes. The problem of the terminological equivalence is so far remaining unsolved.

Keywords: tri (sorting), collecte sélective (selective waste collection), recycling, descriptive terminology, normative terminology, terminological equivalence, translational equivalence

L’article reprend en gros le contenu de la communication présentée en plénière du colloque « Terminologie(s) et Traduction. Les termes de l’environnement et l’environnement des termes » (Bucarest, 13–14 novembre 2017). Notre intervention était alors à situer dans le contexte du recours dont la Commission européenne ← 19 | 20 → avait saisi la Cour de justice de l’Union, contre la Roumanie, en avril 2017, pour ne pas avoir révisé et adopté son plan de gestion des déchets et son programme de prévention des déchets, recours qui faisait suite à une procédure d’infraction ouverte en septembre 2015 déjà. D’où le choix thématique ponctuel pour la terminologie du recyclage, en particulier pour le couple tri sélectif/ collecte sélective en français et leur(s) équivalent(s) roumain(s).

1. Considérations liminaires : ce qu’il y a d’écolinguistique dans cette recherche

Notes biographiques

Sonia Berbinski (Éditeur de volume) Anca Marina Velicu (Éditeur de volume)

Anca-Marina Velicu est enseignant-chercheur à l’Université de Bucarest (syntaxe, terminologie, traduction spécialisée, langues de spécialité(s) sur objectif de traduction) et coordinatrice de la mention FLA des programmes de Licence en traduction-interprétation et de Master en traductions spécialisées et études terminologiques. Membre du Bureau de l’Association Européenne de Terminologie et membre de REALITER. Sonia Berbinski est enseignant-chercheur (Maître de Conférences) à l’Université de Bucarest et la coordinatrice des colloques «Langage(s) et traduction» dont se revendique aussi TermTrad. Ses domaines de recherche sont la phonétique, la sémantique, l’argumentation, la traductologie, la jurilinguistique, le discours spécialisé et la didactique.

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Titre: Terminologie(s) et traduction