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Réalisme magique et Poétologie dans l’œuvre lyrique de Peter Huchel

de Maryse Jacob (Auteur)
©2021 Thèses 736 Pages
Série: Contacts, Volume 5

Résumé

Peter Huchel (Berlin/Groß-Lichterfelde 1903 – Staufen-en-Brisgau 1981) connaît la notoriété dès l’entre-deux-guerres. Directeur artistique à Radio-Berlin (Est) après la guerre, il dirige la revue Sinn und Form de 1945 à 1962. Limogé et assigné à résidence, il ne peut émigrer à l’Ouest qu’en 1971.
Malmené par les crises de la modernité et l’histoire événementielle, il inscrit d’abord son malaise au coeur du paysage brandebourgeois. Mais, contrairement à d’autres et malgré un changement de paradigme après 1945, il n’abandonnera jamais l’enracinement dans le milieu naturel.
À la croisée de problématiques anciennes et de souffles novateurs, sa poésie explore les rapports complexes qu’entretient l’écriture avec l’illusion lyrique propre à l’héritage du romantisme et le réel contingent. La double composante du réalisme magique illustre une réflexion polymorphe à la recherche d’un langage qui fonde une subjectivité critique et indépendante. Traumatismes engendrés par la guerre ou conflits avec le pouvoir et situation précaire de la poésie, rien ne se dit, chez Peter Huchel, sans le couvert de la métaphore. L’oeuvre occupe incontestablement une place de premier ordre dans l’histoire du lyrisme allemand du XXe siècle.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Remerciements
  • SOMMAIRE
  • INTRODUCTION
  • RECHERCHE ET PERSPECTIVES
  • 1 Les embarras de la recherche
  • 1.1 La rareté de l’exégèse
  • 1.2 Les étapes et la structuration de la recherche
  • 1.3 L’absence de théorisation et le contexte idéologique
  • 1.4 Le réalisme magique dans la recherche huchélienne
  • 2 La « génération intermédiaire »
  • 2.1 Un temps de crise
  • 2.2 L’histoire d’un oxymore
  • 2.3 Un outil de poétique ?
  • PREMIÈRE PARTIE DÉSTABILISER ET RASSURER
  • 1 La conscience du négatif et sa dualité
  • 1.1 Le difficile statut d’héritier
  • 1.2 La polysémie de l’automne
  • 1.2.1 L’ébranlement de l’univers analogique
  • 1.2.2 L’enseignement de Jacob Boehme
  • 1.2.3 La rupture, l’exil et le nomadisme
  • 1.2.4 La poésie précaire
  • 1.3 La désertion du merveilleux et du sens
  • 1.3.1 La dégradation du mythe magico-religieux
  • 1.3.2 L’interrogation et l’injonction.
  • 2 Une nouvelle saisie de la totalité
  • 2.1 L’acte de mémoire
  • 2.1.1 La mémoire augustinienne
  • 2.1.2 La mémoire grecque
  • 2.1.3 Mémoire et réalisme magique
  • 2.1.4 L’épiphanie sensible
  • 2.2 La structure d’appel
  • 2.2.1 Le passé
  • 2.2.2 La nature magique : vitalisme et sensualisme
  • 2.2.3 Être appelé et appeler
  • 2.2.3.1 Le contre-modèle lehmannien
  • 2.2.3.2 La métaphore alchimique
  • 2.2.3.3 L’ambivalence de la structure énonciative
  • 2.3 Le remodelage mémoriel
  • 2.3.1 L’intégration critique de l’héritage romantique.
  • 2.3.1.1 L’enfance rêvée
  • 2.3.1.2 Le texte-textile et le rythme
  • 2.3.1.3 Le bestiaire huchélien
  • 2.3.1.4 Le sème du « passage » et les « espaces louangés »
  • 2.3.1.5 Les tropes
  • 3 La mise en perspective : une logique de rupture
  • 3.1 Expressionnisme et néoromantisme : proximité et distance
  • 3.1.1 « das sanfte Sein »
  • 3.1.2 Le traitement de la couleur
  • 3.2 La dimension de l’histoire
  • 3.3 La prise en charge de la perte.
  • 3.4 Le renversement axiologique
  • 4 Conclusion : le principe d’alternance
  • DEUXIÈME PARTIE DESTRUCTIONS
  • 1 L’épreuve du vide
  • 1.1 Le cheval mort et la mutation de l’image
  • 1.2 L’isotopie de la chute
  • 1.3 Le deuil au centre des choses.
  • 2 La défiguration du sensible
  • 2.1 La réduction et la dénudation
  • 2.2 La calcination, la corrosion et la désertification
  • 2.3 Le point zéro
  • 3 Le brouillage des repères spatio-temporels
  • 3.1 Les nouveaux transferts métaphoriques
  • 3.2 Les sauts de perspective et la figure d’inversion
  • 3.3 L’image discontinue du temps
  • 3.4 Begegnung : un exemple significatif
  • 4 La déconstruction du corps et de la psyché
  • 4.1 Le démantèlement de l’unité corporelle
  • 4.2 La mélancolie et la mutilation
  • 4.3 Le dédoublement et la dématérialisation : ombre et masque
  • 5 La déstructuration du mythe et le délitement du logos
  • 5.1 Le mouvement interrompu
  • 5.2 L’oxymore de Babel
  • 5.2.1 Le mythe et sa fortune littéraire
  • 5.2.2 Babel signe double chez Peter Huchel
  • 6 Conclusion
  • TROISIÈME PARTIE REFIGURATIONS
  • 1 Bilan et prospective
  • 2 Une magie en mutation
  • 2.1 L’impossible retour
  • 2.2 Vulnérabilité et force
  • 2.3 Affrontement et méfiance
  • 3 La dialectique de l’oubli et du souvenir
  • 3.1 L’espace rudéral.
  • 3.2 Les messages de la nature : cryptage et oubli.
  • 3.3 Mémoire et réparation
  • 3.4 Visible et invisible.
  • 3.5 Janus : un autre rapport au temps.
  • 3.6 Silence et mémoire
  • 4 P. Huchel, réformateur de la magie ?
  • 4.1 L’émergence d’une nouvelle subjectivité
  • 4.2 Le défilé
  • 4.3 En guise d’habitat
  • 4.4 L’épiphanie : révélation et équilibre
  • 4.5 L’exorcisme poétique : « une langue ‘plus grise’ » ?
  • 5 Conclusion
  • SYNTHÈSE/EPILOG
  • Synthèse
  • Epilog
  • Repères chronologiques
  • Bibliographie
  • Index nominum
  • Titres de la collection

INTRODUCTION

Nul doute qu’en dehors des mauvais procès, des appropriations et des classements abusifs dont la réception, l’évaluation et l’étude de l’œuvre eurent à pâtir, la production lyrique de Peter Huchel qui s’étale sur pas moins de six décennies1 condense les ambivalences et les tensions d’un moment de l’histoire littéraire allemande où s’opposent les derniers feux de l’univers magique hérité du romantisme et le désir de focaliser l’attention à la fois sur les apories d’un lyrisme frappé de caducité et sur une poésie en devenir. Ainsi le texte huchélien, si difficile à caractériser, si rebelle à quelque saisie unitaire avec ses balancements, son souffle capricieux, illustre non seulement la complexité des rapports qu’entretient son auteur avec un univers analogique en décomposition, mais aussi les tâtonnements et les élans d’une modernité où le discours lyrique cherche à s’assumer par-delà une rhétorique de la poésie en crise. La simultanéité paradoxale de l’harmonie et de la dissonance qui traverse l’œuvre de part en part invite, par conséquent, à ne pas se satisfaire d’a priori en choisissant un cadre d’investigation trop étroit. Réduire la partie de l’œuvre qui semble la plus tributaire de l’héritage magique à une simple pratique épigonale, dépassée par la suite, c’est ne pas voir que cette tendance a en vérité pour fonction de mettre au jour l’inadéquation des solutions traditionnelles aux formes nouvelles d’appréhension du réel et d’affronter les incertitudes qui en découlent quant au statut du sujet lyrique et aux pouvoirs du langage. Ne considérer, par ailleurs, que les deux derniers recueils dont la facture et l’esthétique paraissent plus en phase avec l’évolution du lyrisme dans la deuxième moitié du XXe siècle, conduit également à un schéma simplificateur. Il ampute l’œuvre de la richesse des ambivalences d’une posture demeurée singulière par la distance qu’elle observe vis-à-vis des grandes tendances qui caractérisent la poésie allemande au sein d’une époque ←18 | 19→fortement hétérogène dont les lignes de fracture se partagent entre les fondements escapistes anti-réalistes de l’évocation magique de la nature, l’activisme brechtien avec son orientation pragmatique et utilitaire, puis le recentrage sur l’espace clos de la subjectivité avec l’enfermement progressif dans l’autoréférentialité dont Gottfried Benn demeure, pour l’époque, la figure emblématique. Dans sa grande majorité, la critique tend ainsi à diviser l’ensemble de la production en deux phases distinctes : à une période d’« enchantement » inféodée à la convention romantique succèderait une période de « désenchantement2 », réaliste et « moderne », frôlant le nihilisme et n’ouvrant sur aucune perspective utopique3. À chaque phase correspondrait une manière de dire bien spécifique, le passage de la première à la seconde s’effectuant dans le flou de l’immédiat après-guerre jusque vers le milieu des années cinquante, pour se préciser dans le recueil Chausseen Chausseen que P. Huchel, honoré puis déchu et assigné à résidence dans l’ex-RDA, fait paraître à l’Ouest en 19634. Certes, le désir de renouer avec le rêve d’unité à travers la célébration de la nature et du monde paradisiaque de l’enfance, l’ancrage provincial au sein d’une civilisation encore profondément marquée par le pastoralisme, le recours au mythe, comme autant de manifestations d’un accord premier de la conscience et du monde qui prédomine dans une partie de la poésie huchélienne n’ont pas manqué de poser son auteur en héritier conservateur d’une magie où la communion immédiate du langage et de l’objet, cette analogie fondatrice du discours poétique, a sa source dans la relation osmotique avec le sensible. Cependant, même dans la part la plus traditionnelle ←19 | 20→de l’œuvre, le monde huchélien ne se laisse pas aisément enfermer dans la simplicité d’un accord sans failles entre les mots et les choses. Travaillés par les reconfigurations du souvenir et par les apories de la mémoire, les poèmes attestent dans le même temps d’une troublante discontinuité du sentir. S’instaure ainsi, au plus près du contact entre le monde et le sujet, la présence ambiguë d’un vide où toutes les certitudes de la constitution subjective de même que les relations avec la réalité exogène parviennent à un point d’achoppement, situant la conscience en perpétuel exil. Aussi l’écriture est-elle partagée entre la mise au jour d’un sens possible contenu dans le sensible éprouvé et l’expérience de la négativité qui affecte sens et sensible, d’où son oscillation constante entre un travail de louange et un travail d’arrachement. À travers ce double mouvement qui fonde l’ambiguïté fondamentale de l’œuvre se trouve ainsi déplacé un débat jusqu’alors exclusivement centré sur des oppositions binaires telles que tradition et modernité, romantisme et réalisme ou encore poésie de la nature et poésie politique5. On ne saurait, certes, nier un changement de paradigme au sein des années cinquante qui s’inscrit dans la réorientation de la littérature d’expression allemande, jugée nécessaire après 19456. Néanmoins, la ligne de front semble loin d’être aussi imperméable qu’on a bien voulu l’affirmer et son tracé aussi bien que ses points d’ancrage apparaissent, à l’étude précise des textes, différents de ceux qu’on a bien voulu retenir jusqu’alors.

Si, à l’encontre d’autres grandes figures du lyrisme à l’âge métapoétique7, le discours lyrique chez P. Huchel ne se nourrit guère du discours ←20 | 21→théorique, sa démarche, quelle que soit la manière de dire, n’en est pas moins animée, en continu, par la réflexion sur les acquis de la modernité opposés aux symptômes de la convention lyrique et, en particulier, sur les rapports entre vision et réel empirique, entre monde poétique et réalité exogène. Outre la rémanence des motifs et des métaphores de la nature, c’est bien la permanence de cette préoccupation qui assure la cohérence de l’œuvre. Mais le spectre des attitudes attestées par le Je poétique, l’ampleur des variations qui affectent la tonalité des textes, le renversement d’une chose en son contraire par le seul artifice de la juxtaposition, définissent une oscillation dont les pôles marquent les limites entre lesquelles varie la réalisation des conflits à travers la méditation du poète sur les possibilités du lyrisme aux divers moments de l’histoire qui porte le moi, de même que sa volonté d’explorer des positions multiples, parfois antagonistes, comme un foyer de possibles. La conscience du difficile statut d’héritier engendre ainsi, aux divers stades de l’itinéraire, des distorsions qui résultent des multiples tensions engendrées par la nécessité de redonner du sens et de relancer le processus poétique par le double mouvement contradictoire d’absorption et de rejet de l’univers magique. Aussi l’étude des phénomènes de contamination et de résistance dans la restitution et la tentative de dépassement de cette tradition incite-t-elle à une approche moins dogmatique que respectueuse de la complexité de l’œuvre et de son insertion dans une situation historique où le poète doit résoudre différemment de ses aînés le conflit résultant de la conscience d’une tradition qui le hante et la nécessité d’adapter le discours lyrique au temps présent. En assignant l’un ou l’autre aspect à une partie de la production unilatéralement datée dans le temps, les automatismes de la réception, lorsqu’ils n’ont pas conduit à occulter totalement la double dimension des textes, ont masqué la véritable évolution ←21 | 22→de celle-ci. Les divers aspects de la poésie huchélienne qui peuvent paraître parfois si opposés au sein d’une même période naissent surtout de la confrontation entre le monde concret et le monde poétique dans la situation d’héritier qui est celle de son auteur. C’est Christof Siemes qui souligne les carences de l’exégèse à ce niveau : « […] eine[r]‌ weitere[n] Frage, die für Huchels Werk noch nicht ausreichend beantwortet wurde : Wie ist das Verhältnis des lyrischen Gebildes zur Realität außerhalb des Gedichts8? » Quelle est encore, en effet, la valeur de la perception naïve du réel et des présupposés qui la régissent non seulement après l’effondrement des certitudes positivistes, mais aussi dans le climat littéraire des années trente lorsque le poète se voit consacré en 1932 par une revue de poésie déterminante dans l’histoire du lyrisme de la nature en Allemagne9, à une époque où règne un fort courant idéaliste, serré de près par l’ardeur iconoclaste d’une avant-garde finissante et le prosaïsme d’une nouvelle objectivité dont on récusait l’autorité ? S’il est patent que la conscience du caractère problématique de l’univers objectif détermine une relation spécifique au monde, l’analyse portera sur les diverses façons dont l’œuvre de P. Huchel médiatise la relation entre le réel empirique et l’imaginaire poétique au sein d’un courant comme le réalisme magique qui s’amorce précisément dans un entre-deux-guerres tumultueux pour se prolonger dans la période tout aussi précaire des années d’après-guerre où la littérature d’expression allemande cherche de nouveau ses marques10.←22 | 23→

Après un exposé des apports et des embarras de la recherche destiné à dégager les perspectives nouvelles offertes par un recentrage de l’exégèse sur le mode d’écriture magico-réaliste, on rappellera dans les grandes lignes l’histoire de l’oxymore ainsi que les aspirations d’une génération d’écrivains en quête de sens et de totalité dans un univers en dissolution. Puis la première partie de l’étude sera consacrée à la mise en relief des antagonismes et des réseaux qui, dès les premières productions posent l’architecture de l’œuvre au complet et constituent son socle thématique. On tentera alors de dégager les stratégies mises en place par le poète, au moins jusque vers le milieu des années cinquante, pour exprimer l’ambivalence du rapport au passé magique et revivifier l’expression lyrique. La seconde partie montrera comment le poète, répondant à l’exigence d’opérer, à l’Est comme à l’Ouest, des réajustements indispensables après la Deuxième Guerre mondiale, selon le motto : on ne construit pas un monde nouveau sans un langage nouveau, est cependant loin de renoncer au réalisme magique. Il en exploite, au contraire, le potentiel subversif, infléchissant les techniques et les motifs employés précédemment, non seulement pour opérer la destruction d’un langage et d’une esthétique devenus suspects, mais aussi pour parer aux menaces dont fait l’objet l’expression poétique, face à l’autoritarisme aveugle, aux crises exacerbées de la cognition, de la représentation et de l’identité poétique. Enfin, on évaluera dans le prolongement des destructions opérées, les transformations du dire et l’on cherchera à cerner quel type de relation s’instaure, après la révision systématique des normes, entre le moi, le langage et le monde, dans le but d’assigner à la poésie un nouveau domaine résultant de l’articulation entre conscience critique et invention poétique.

1Les embarras de la recherche

Un bref aperçu de la recherche huchélienne, de ses difficultés, de ses apports successifs et de ses crispations permet de faire affleurer les tensions dont elle est le miroir, au sein d’une écriture qui achoppe sur les paradoxes d’une époque de l’histoire du lyrisme contrainte de sonder, en continu, la posture des esthétiques précédentes pour s’interroger sur sa pratique et sur ses propres limites. Hormis les acquis des travaux antérieurs, c’est précisément au cœur des conflits qui ont agité, de manière exceptionnelle, la réception et l’exégèse de l’œuvre que l’on pourra trouver de nouvelles possibilités d’analyse. Par là même se fera sentir la nécessité de replacer les poèmes dans le contexte historique de leur apparition, afin de nourrir le débat qui nous occupe sur les variations du rapport entre réalité et magie poétique.

1.1 La rareté de l’exégèse

Si P. Huchel n’a pas manqué d’hommages11 et que la presse littéraire ne se fait pas défaut de souligner, à intervalles réguliers, l’importance capitale de la poésie huchélienne dans l’histoire du lyrisme en Allemagne12, de même qu’au moins quatre générations d’écrivains revendiquent une ←26 | 27→filiation de quelconque nature avec l’art du poète13, il apparaît, paradoxalement, que l’étude approfondie d’une œuvre, par ailleurs admirée et considérée comme majeure, a été longtemps délaissée par les milieux spécialisés de l’exégèse littéraire. Force est de constater, en effet, que par ←27 | 28→rapport au nombre de travaux consacrés à des univers poétiques qui s’enracinent au tournant du siècle ou dans la période de l’entre-deux guerres et dont la puissance autant que la spécificité ont marqué le XXe siècle, tels ceux de Gottfried Benn, Günter Eich, Johannes Bobrowski, Paul Celan ou Ingeborg Bachmann14, les interprétations scientifiques des poèmes de P. Huchel demeurent à ce jour encore limitées. Est-ce pour des raisons de qualité ? Th. Götz s’exprime à ce sujet : « […] wobei ich nicht glaube, daß dieser Unterschied ein Qualitätsurteil bedeutet ». C’est aussi l’avis d’A. Vieregg : « Es scheint sich darin weniger ein Werturteil als die Unsicherheit im Zugang zum Werk auszudrücken15. » Seules cinq thèses portent sur l’œuvre elle-même16, six autres commentaires comparatifs en examinent un aspect particulier au regard d’autres productions ←28 | 29→poétiques17, encore que la part réservée à la poésie huchélienne n’occupe parfois qu’une place restreinte. L’ensemble est complété par deux analyses dont l’ampleur dépasse celle d’un article de revue18, puis un mémoire de maîtrise19 et un mémoire de DEA20.←29 | 30→

En revanche, et c’est le deuxième point saillant de la recherche huchélienne, les publications en marge sont, fort significativement, plus nombreuses : trois études à dominante biographique entreprennent d’interpréter l’œuvre à la lumière de la vie de l’auteur21. Elles fournissent des indications très précieuses, notamment sur les conditions de production des poèmes et constituent des outils indispensables à toute recherche approfondie sur l’œuvre elle-même. De manière intéressante, Hub Nijssen esquisse une étude génétique des poèmes, complétant ainsi sa biographie par une brève analyse de la forme et de la symbolique du poète, en vue de définir sa poétologie22. Ces ouvrages sont complétés par trois fascicules d’échange de correspondance, entre P. Huchel et Hans Henny Jahnn, entre P. Huchel et J. Bobrowski, et la publication beaucoup plus conséquente de Hub Nijssen, auxquels se joignent quatre recueils de témoignages, ceux d’Ulrike Edschmidt, de Mireille Gansel et Reiner Kunze, de Christoph Meckel, puis de Monica Huchel et Roger Melis23. À cet ensemble s’unissent onze volumes de documentation ←30 | 31→d’ampleur variable24 qui réunissent des hommages, des poèmes dédiés à l’auteur, des interviews, des comptes rendus, des articles de presse, des interprétations de poèmes isolés, des commentaires sur des points précis, des photos et des illustrations graphiques ; les plus consistants sont augmentés d’une table chronologique visualisable et d’une utile mise à jour bibliographique. Les auteurs de ces publications perçoivent la richesse de l’œuvre et sa valeur ; leur initiative témoigne de la place qu’occupent continûment la personne même de P. Huchel et sa poésie dans la vie littéraire allemande ainsi que l’intérêt qu’on leur porte. Essentiels pour la recherche, ces ouvrages incontournables fournissent une image kaléidoscopique et fragmentée, les analyses, au vu des nécessités du genre, ne présentant pas de problématique suivie. Malgré l’abondance de la documentation, leur caractère éclaté et disparate donne singulièrement l’impression que celle-ci est à la fois importante en volume, mais relativement succincte en analyse approfondie, ←31 | 32→d’autant que certains commentaires sont reproduits à l’identique dans diverses présentations25. L’ensemble du matériel critique est couronné par deux thèses et une monographie qui retracent l’histoire de la revue Sinn und Form dont la création au sortir de la Deuxième Guerre mondiale revient à Johannes R. Becher avec Ulrich Riemerschmidt et Paul Wiegler et dont P. Huchel fut le rédacteur en chef, de 1949 à 196226. Ce n’est pas l’œuvre poétique qui fait l’objet de ces études, mais bien plutôt la revue elle-même : les conditions de sa création, ses options fondamentales27, ses contenus, les luttes sourdes face aux exigences de la politique culturelle du parti au pouvoir, jusqu’à l’éviction finale du ←32 | 33→poète et sa mise au ban de la nation. Enfin, les différentes perspectives de la réception de l’œuvre que relatent les actes du Congrès de Potsdam (1996)28 fournissent d’estimables renseignements sur la réception partisane et fragmentaire de l’œuvre, suggérant des points d’ancrage féconds pour la recherche future ; néanmoins, la succession des articles n’efface ni l’impression d’émiettement et de non-approfondissement qui domine dans la recherche huchélienne ni celle d’un discours périphérique qui s’attache davantage aux circonstances extérieures à l’œuvre qu’à son interprétation.

Pour peu que l’on se tourne vers la centaine d’articles parus dans des journaux et des revues littéraires, leur point de vue confirme la prééminence des préoccupations de la critique pour les options politiques ou l’attitude morale du poète dans l’histoire mouvementée de l’Europe du XXe siècle. Un premier groupe d’auteurs, et des plus conséquents, entend, soit réhabiliter l’écrivain sur le plan moral29, soit apporter la preuve de son opportunisme politique30 ou rétablir la vérité des faits31 ou bien encore expliquer les différentes phases et facettes de la production en fonction des événements historiques, du vécu personnel de l’auteur et de son destin32. Dans tous ces cas, l’approche descriptive et ←33 | 34→mimétique ne prend guère en compte la problématique esthétique et encore moins la complexité du rapport fondamental entre réel et imaginaire. Un autre groupe d’articles, moins étoffé, procède au décryptage détaillé des sources dans le souci de clarifier des énoncés souvent complexes33. Ce patient travail demeure essentiel pour le déchiffrement des références historiques, mythiques et intertextuelles obscurément imbriquées dans de nombreux textes. Il facilite grandement l’accès à nombre de poèmes qui se dérobent à l’appréhension immédiate. Il reste à décrire le mode d’agencement des allusions et des emprunts, puis à dégager leur signification dans l’économie générale de l’œuvre. C’est le travail amorcé par une troisième série d’articles qui tente d’assurer à l’œuvre une cohérence, en abordant de manière plus approfondie des sujets davantage ciblés sur les techniques poétiques et l’esthétique, en particulier sur le souvenir et la modernité de l’œuvre34 dont notre travail a pu largement profiter. De façon générale, toutefois, les productions de la recherche constituent un ensemble diffus où les lignes de force demeurent rares et les études structurantes peu nombreuses. Aussi importe-t-il pour notre analyse future d’en rappeler les grands axes.←34 | 35→

1.2 Les étapes et la structuration de la recherche

Sans doute la progression discontinue de la recherche, soumise aux aléas de l’Histoire35, autant que le caractère composite du nombre de chercheurs et leur dispersion explique-t-elle, en partie, l’insuffisance de la compréhension globale de l’œuvre. C’est que la germanistique allemande a longtemps boudé l’art huchélien, même si ce qu’il est désormais convenu de considérer comme la première analyse des poèmes de P. Huchel a été faite par un germaniste est-allemand, E. Zak (1953)36. Son étude thématique qui ne s’attache, et pour cause, qu’à la production de l’entre-deux guerres et de l’immédiat après-guerre est centrée sur le rapport du poète à la société dans la perspective normative du réalisme socialiste, élaboré dès 1932 en Union Soviétique et dont les règles, à vrai dire, ne furent fixées dans l’ex-RDA que lors des deux conférences de Bitterfeld, en 1959 et en 1964. E. Zak établit le lien entre poésie et engagement au travers d’une relation particulière au monde empirique. Pour autant que cette analyse représente un état ancien de la recherche, il est important de souligner qu’elle met en relief la composante réaliste des poèmes. Elle eut une influence décisive sur les orientations ultérieures de la recherche.

C’est à Axel Vieregg, germanophone, mais universitaire néo zélandais, que l’on doit, plus de vingt années après, le premier travail de type universitaire sur Peter Huchel37. A. Vieregg s’inscrit, par là, dans le mouvement de la germanistique anglo-saxonne où J. Florès (1971)38 et Livia Z. Wittmann (1976)39 avaient initié la réception de ←35 | 36→l’œuvre, une tradition qui s’est perpétuée jusqu’à ce jour si l’on en juge par les analyses de Joseph Paul Dolan(1978)40 et celles de Philipp Dale Sweet (1980)41, les articles de Ian Hilton (depuis 1982)42, les travaux de Stephen Parker (depuis 1983)43, jusqu’à Nicolas Yuile (depuis 2004)44. Peut-être les germanistes étrangers avaient-ils, au départ, un rapport plus libre et plus décomplexé avec les poèmes de P. Huchel que la germanistique allemande45, pour des raisons qui tiennent bien évidemment à l’histoire de l’Allemagne du XXe siècle. Les analyses d’A. Vieregg ont permis une approche inédite des poèmes, car sa mise en perspective des images, des motifs et des allusions affranchissent l’œuvre de toute chronologie linéaire réductrice et lui permettent de dégager trois plans de signification : l’assise mythico-naturelle, la strate politique et le niveau existentiel. La synthèse s’opèrerait, selon lui, en un langage personnel des signes qui résulterait d’une fusion entre le langage de la ←36 | 37→nature de Jacob Boehme et le mythe de la Grande Mère selon Bachofen. Cette thèse représente un moment fort des études huchéliennes, car, malgré ses limites puisqu’elle n’inclut pas le dernier recueil Die neunte Stunde, paru en 1979, elle ouvre véritablement la voie à l’interprétation symbolique de l’œuvre. De façon surprenante, d’ailleurs, aussi digne d’éloges que soit la démonstration, l’ouvrage eut des effets négatifs sur la recherche, constate Ch. Siemes46 puisque nombre de travaux ultérieurs s’appuyèrent sur les conclusions de celui-ci, sans parvenir à les dépasser.

Vingt années s’écoulèrent à nouveau avant que ne paraisse la monographie de H. Nijssen47 qui n’est pas non plus un germaniste allemand, mais néerlandais. Cette reconstitution minutieuse (1995/1998), notamment des relations de P. Huchel avec les milieux intellectuels et artistiques du Berlin des années trente, donne la mesure du climat spécifique dans lequel l’œuvre a pris son essor et suggère, à ce titre, de nouvelles conditions de lecture quant aux poèmes d’avant la césure des années cinquante. Sans que le parti pris biographique autorise la mise en relief des infléchissements successifs des thèmes et des techniques poétiques, l’ouvrage attire l’attention sur la dimension réflexive des textes dans la partie plus spécialement réservée à l’œuvre elle-même. Parallèlement, il revient à Ch. Siemes (1994/1996)48 le mérite d’avoir dégagé la teneur poétologique et subjective du discours dont il montre le rôle constitutif dans l’élaboration du texte. Sa démarche inédite libère la recherche huchélienne des schémas installés par A. Vieregg et consacre du même coup la modernité de l’œuvre, balayant les archaïsmes d’une réception encore trop largement tributaire du biographisme. La perspective immanente adoptée ne prive pas la présentation d’un éclairage contrastif puisque le rapport à l’univers magique est étudié, en fin de parcours, chez Wilhelm Lehmann, Günter Eich et Johannes Bobrowski49. La méthode qui consiste à étudier en détail ←37 | 38→et séparément des poèmes choisis selon leur degré de représentativité parmi les étapes successives de l’évolution des conceptions poétiques est riche d’enseignements. Elle est empruntée au directeur de la thèse, Gerhard Kaiser50 et, selon Ch. Siemes, elle convient particulièrement bien à une production caractérisée par la concomitance de positions contraires au sein d’un même ensemble. C’est là franchir un pas important vers la reconnaissance de cette simultanéité d’harmonie et de dissonance, si propre à P. Huchel et à son réalisme magique.

En sus du premier colloque sur P. Huchel à l’Université catholique de Schwerte en décembre 1994, de l’exposition du Brandenburgisches Literaturbüro à Potsdam accompagnée de l’édition d’un catalogue à l’occasion du Congrès international dans cette même ville en janvier 199651, les ouvrages de H. Nijssen et de Ch. Siemes ont donné une nette impulsion aux études huchéliennes puisqu’en l’espace de sept années, deux thèses et trois études comparatives ont vu le jour. Parmi ces investigations, certaines demeurent limitées à une thématique et une herméneutique traditionnelles comme la thèse de C. Freytag (1997)52. Par une approche mimétique et descriptive, elle établit le lien du lyrisme au monde, en identifiant les éléments de la réalité sociale et politique dans les images poétiques. L’expérience de la réalité n’est traitée que sous cet angle, aussi les modalités du discours sur le réel ou ses présupposés ne peuvent-ils pas même être envisagés. Th. Götz (1998)53 creuse le fossé entre la « belle nature » des Romantiques que P. Huchel aurait chanté dans une première partie de sa production, pour évoluer peu à peu vers la représentation d’une nature hostile et menaçante, dépouillée de toute ←38 | 39→magie et ne plus traiter en fin de compte que le thème de la raréfaction du langage poétique. Mais, pour la première fois dans la recherche huchélienne, une partie de l’ouvrage est exclusivement consacrée à l’analyse des procédés techniques : le lexique, la métaphore, les structures syntaxiques, temporelles et sonores54. De son côté, V. Dindoyal (2003)55 examine au passage le rôle de la nature chez P. Huchel, en replaçant la poésie d’Ulrich Schacht, sujet de son étude, dans la filiation du lyrisme huchélien et bobrowskien. St. Wieczorek (2001)56 applique les acquis de la génétique textuelle au champ de la communication intertextuelle, comparant les poèmes de P. Huchel et d’Erich Arendt. C’est avec René Char que K. Bibiella (2003)57 confronte la production huchélienne, explorant l’axe théologique, éthique et existentiel à l’aide des moyens classiques de l’exégèse littéraire. Il faut encore une dizaine d’années avant que la germanistique anglo-saxonne ne se manifeste à nouveau avec la thèse de N. Yuile (2014)58. Il établit un parallèle entre l’époque Biedermeier, l’entre-deux-guerres et l’immédiat après-guerre allemands qui sont aussi, selon lui, des périodes marquées par une certaine instabilité socio-politique, un esprit fin de siècle et une profonde disposition à la mélancolie. P. Huchel est alors placé en vis-à-vis avec Annette v. Droste-Hülshoff, Eduard Mörike, Adalbert Stifter, Theodor Storm, Georg Trakl et, au-delà, avec la philosophie existentialiste. Il apparaît donc que la recherche universitaire allemande ne s’est guère développée qu’à partir des années 9059, c’est-à-dire plus de soixante-dix ans après les premiers écrits de P. Huchel (1918) et seize ans après sa dernière publication (1979). On s’aperçoit ainsi qu’il s’agit d’un bilan ←39 | 40→contrasté, fait de longues périodes de stagnation, d’avancées et de reculs, aussi bien en ce qui concerne la thématique que les méthodes d’investigation.

La germanistique française a également fourni sa quote-part. Si elle avait emboîté le pas à E. Zak avec les quelques pages de Pierre Garnier (1958)60 introduisant ses traductions d’E. Arendt, P. Huchel et Georg Maurer, elle avait trouvé en Claude David qui tentait d’établir une filiation entre Wilhelm Lehmann, P. Huchel et Günter Grass, un critique peu amène61. Puis l’Université avait manifesté son intérêt lorsqu’Erika Tunner avait accueilli P. Huchel en 197662, après qu’il eut obtenu l’autorisation d’émigrer à l’Ouest. Sans avoir jamais consacré d’étude scientifique à l’œuvre, la recherche française n’en avait pas pour autant témoigné une totale indifférence. En attestent le prudent article de Bernard Gorceix sur Die neunte Stunde (1984)63 et celui d’Henri ←40 | 41→Plard sur l’œuvre tardive (1990)64, puis les traductions d’Emmanuel Moses (1992)65 enrichies d’une introduction qui fera date. Ces analyses, conduites sur un mode descriptif, tentent de mettre au jour les liens secrets qui régissent l’agencement de poèmes de plus en plus obscurs ou bien elles s’en tiennent aux grands motifs du texte comme l’exil et la désespérance. Néanmoins, c’est avec la thèse d’Isabelle Durand-Henriot qui étudie les composantes de la magie et la temporalité chez trois générations de poètes appartenant au courant magique : O. Loerke, P. Huchel et J. Bobrowski (1995)66 que s’ouvre un nouveau chapitre dans la recherche huchélienne. L’objectif n’est plus d’étudier la trame référentielle du poème, mais bien davantage d’analyser les structures profondes de trois écritures poétiques très élaborées. Le commentaire est centré sur le texte lui-même pour en faire ressortir la logique et les mécanismes internes. L’orientation majoritairement technique de l’ouvrage révèle les effets multiples de la magie qui naît de la déformation du temps et de l’espace. L’étude rigoureuse des procédés formels permet non seulement d’établir une filiation entre les trois poètes, mais aussi de montrer comment chacun imprime sa propre marque à la tradition magique. Cette direction nouvelle dépoussière les archaïsmes méthodologiques qui ont longtemps freiné l’avancée dans la compréhension de l’œuvre ainsi que sa valorisation dans le contexte de la modernité.

1.3 L’absence de théorisation et le contexte idéologique

Dans sa disparité, la recherche n’a pas manqué d’exhumer des composantes essentielles de la poésie huchélienne. Néanmoins, il ressort de l’aperçu qui précède qu’elle demeure clairsemée et timide et qu’elle a ←41 | 42→produit, somme toute, peu d’ouvrages de fond. C’est que deux facteurs qui ne sont pas sans importance pour notre analyse ultérieure ont joué un rôle capital dans la rareté et le flottement de la recherche : en premier, la pénurie des déclarations de l’auteur sur son art67 et, en second, l’histoire agitée de la réception de l’œuvre dans le contexte de la partition de l’Allemagne. P. Huchel ne s’est pas fait comme Peter Rühmkorf « le commentateur inlassable de son œuvre »68. D’abord interviewé sur ses modèles, il cite quelques poètes dont il récuse ensuite l’influence, passant sous silence ceux qu’il a, un temps, réellement imités69. ←42 | 43→Concernant ses maîtres à penser, il en mentionne de si divers et de niveaux si disparates70 que, déroutée, l’exégèse ne sait comment orienter ses recherches, bien qu’il soit pourtant manifeste que l’éclectisme des emprunts à des cultures et des modes de pensée différents constitue un facteur déterminant dans l’élaboration d’un univers poétique qui les ordonne à sa façon. Interrogé sur ses techniques de création, l’auteur expose succinctement la métaphore de l’aimant71 qui paraît presque indigente en comparaison d’un texte aussi riche que Der Meridian72. Sollicité par Hilde Domin pour commenter le poème Winterpsalm, il conclut, presque par une pirouette, à l’évidence de la métaphore73. Questionné par Ludvík Kundera sur le sens de certaines coutumes et de quelques vocables propres aux gens de la Marche de Brandebourg, il fournit, certes, des explications74, mais sollicité au sujet de l’allusion biblique dans le poème Die Engel, il répond en substance et de manière significative que l’efficacité du discours poétique est d’autant plus grande que celui-ci demeure abstrus. Sa tactique consiste donc plutôt à adopter une attitude défensive qui tendrait à décourager les commentaires et engagerait à capituler devant une œuvre qui semble se suffire à elle-même. Lorsque, dans les deux textes en prose qui s’apparentent à un art poétique et qu’il a bien voulu livrer à ses débuts, ←43 | 44→encore qu’ils soient apocryphes, P. Huchel tente de dévoiler les dessous de sa création, sa prose poétologique est davantage métaphorique que discursive75. Lorsqu’en 1972, alors que l’auteur est installé à l’Ouest, un critique lui demande s’il choisirait désormais un langage plus direct et plus brutal pour exprimer son ressenti dans un contexte socio-politique délivré de la censure, il répond sans détours que seuls l’intéressent la métaphore et le discours crypté :

Résumé des informations

Pages
736
Année
2021
ISBN (PDF)
9783034328920
ISBN (ePUB)
9783034328937
ISBN (Broché)
9783034328913
DOI
10.3726/b18499
Langue
Français
Date de parution
2021 (Novembre)
Mots clés
Peter Huchel Réalisme magique Poésie Perspectives Destructions Refigurations
Published
Bern, Berlin, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2021. 736 p.

Notes biographiques

Maryse Jacob (Auteur)

Maryse Jacob est agrégée d’allemand et docteur en études germaniques de l’Université Paris-Sorbonne. Professeur de Chaire Supérieure, elle a enseigné en Classes Préparatoires au Lycée Masséna de Nice. Ses recherches portent sur le réalisme magique dans la littérature du XXe et du XXIe siècle et sur les rapports entre poésie et peinture.

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Titre: Réalisme magique et Poétologie dans l’œuvre lyrique de Peter Huchel