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La Globalisation communicationnelle

Les enjeux linguistiques

de Joanna Jereczek-Lipińska (Éditeur de volume) Mirosław Trybisz (Éditeur de volume) Izabela Pozierak-Trybisz (Éditeur de volume) Joanna Drzazgowska (Éditeur de volume)
Collections 264 Pages

Résumé

Le thème de globalisation communicationnelle continue d’inspirer. Nous nous proposons à la lumière des événements géopolitiques, sociolinguistiques, géolinguistiques récents de revenir sur ce sujet qui est devenu plus que jamais actuel et surtout va dans une direction qui nous surprend, nous interpelle, nous fait réfléchir. Cet ouvrage fait part de ces échanges et réflexions.
Pour décrire ce réel de globalisation, pour constater si l’anglais lingua franca est l’instrument d’unification, quelle est l’importance accordée à l’aspect purement pragmatique de la langue face à ses subtilités sémantiques ; stylistiques et discursives, quels sont les enjeux linguistiques, quels sont les nouveaux défis de la traduction et de la didactique des langues étrangères ?
Dans cette perspective, la globalisation est un phénomène complexe qui appelle une étude pluridimensionnelle, pluridisciplinaire ; interdisciplinaire et transdisciplinaire.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos des directeurs de la publication
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Sommaire
  • Liste des contributeurs
  • Préface : Globalisation linguistique : un rêve depuis l’aube des temps et une réalité intemporelle (Jan Kortas)
  • Língua Portuguesa – a primeira língua global moderna (Barbara Hlibowicka-Węglarz)
  • El español y el inglés en Puerto Rico. El impacto de la globalización (Anna Kaganiec-Kamieńska)
  • La defensa de la lengua española en la época de globalización (Inna Shaludko)
  • L’impossible réforme de l’orthographe du français (Gilles Quentel)
  • Description systématique des verbes supports (Gaston Gross)
  • Néologismes hybrides en polonais contemporain (Anna Bochnakowa)
  • De l’expressivité de l’adjectif néologique en français actuel (Alicja Kacprzak)
  • Los límites de la aplicación de la sinonimia lexical: accidental, casual, circunstancial, contingente y sus equivalentes en francés, polaco y checo (Mirosław Trybisz)
  • L’héritage lexical des langues précolombiennes en français (Marta Kaźmierczak)
  • La globalisation et la diversité des visions du monde. L’exemple de quelques termes français, polonais et italiens du domaine juridique (Katarzyna Kwapisz-Osadnik)
  • El empleo del término global (y de sus derivados) en los textos sobre educación y didáctica (Danuta Kucała)
  • Sistemas apelativo-vocativos en la aldea global: entre lo universal y lo particular (Marek Baran)
  • As formas de tratamento na época da globalização. Algumas observações acerca de você no Português Europeu (Joanna Drzazgowska)
  • Nowe wyzwania we frazeologii stosowanej (Monika Sułkowska)
  • L’invariant sémantique des proverbes (Georges Kleiber)
  • Un outil sémantique pour la traduction multilingue : l’aspect. Sur l’exemple d’une analyse contrastive polonais-français du verbe pić / boire (Izabela Pozierak-Trybisz)
  • La reproducción del discurso persuasivo de la política alemana en la prensa española (Sophia Marie Raum)
  • Peut-on parler aujourd’hui de rédaction de presse globalisée ? Etude comparée d’un corpus trilingue (français / anglais / allemand) (Emmanuel Baumer, Dominique Dias, Laure Gardelle et Emmanuelle Prak-Derrington)
  • Dimension narrative de l’information médiatique à travers des séquences bisegmentales. Aspects formels et pragmatiques (Jolanta Dyoniziak)
  • La campagne électorale de Donald Trump : l’effet Twitter. (Mélanie Gantier et Agnès Celle)
  • « Et en même temps » – marque discursive globalisante et programmatique d’Emmanuel Macron (Joanna Jereczek-Lipińska)
  • Le bilan linguistique d’une France « politiquement correcte » (Virginie Deljéhier)
  • Titres de la collection

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Liste des contributeurs

Marek Baran

Universidad de Gdańsk

Emmanuel Baumer

Université Côte d’Azur, BCL, CNRS, France

Anna Bochnakowa

Université Jagellonne de Cracovie

Agnès Celle

Université Paris Diderot, CLILLAC-ARP EA 3967

Virginie Deljéhier

Université Paris Nanterre

Dominique Dias

Université Grenoble Alpes, ILCEA4, France

Joanna Drzazgowska

Universidade de Gdańsk

Jolanta Dyoniziak

UAM Poznań

Mélanie Gantier

Université Paris Diderot, CLILLAC-ARP EA 3967

Laure Gardelle

Université Grenoble Alpes, LIDILEM, France

Gaston Gross

Université Paris 13

Barbara Hlibowicka-Węglarz

Universidade Marie Curie Skłodowska

Joanna Jereczek-Lipińska

Université de Gdańsk

Alicja Kacprzak

Uniwersytet Łódzki

Anna Kaganiec-Kamieńska

Universidad Jaguelónica de Cracovia

Marta Kaźmierczak

Université de Gdańsk

Georges Kleiber

Université de Strasbourg (USIAS & Scolia / LILPA)

Katarzyna Kwapisz-Osadnik

Université de Silésie

Danuta Kucała

Universidad Pedagógica de Cracovia

Izabela Pozierak-Trybisz

Université de Gdańsk

Emmanuelle Prak-Derrington

ENS de Lyon, ICAR, France.

Gilles Quentel

Université de Gdańsk

Sophia Marie Raum

Universidad de Córdoba

Inna Shaludko

Universidad de Gdańsk

Monika Sułkowska

Uniwersytet Śląski, Katowice

Mirosław Trybisz

Universidad de Gdańsk

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Préface : Globalisation linguistique : un rêve depuis l’aube des temps et une réalité intemporelle

La globalisation, c’est à la fois un rêve de l’humanité depuis l’aube des temps et une réalité perpétuelle. Je voudrais présenter le problème de la globalisation sous ces deux aspects : d’un côté, c’est un phénomène qui atteint les limites de l’imagination humaine, d’un autre côté, il dépasse les frontières du temps et de l’espace. D’abord les rêves donc, et ensuite la globalisation réelle. L’idée d’un langage commun est très vieille et elle fut poursuivie pour des raisons très différentes : la recherche d’un outil de communication globale (motif le plus évident), les motifs religieux (comme dans la prophétie chrétienne d’un bercail et d’un berger), l’universalisme philosophique et scientifique, la mégalomanie idéologico-politique, l’idéalisme utopique ou tout simplement les passions sémiotico-linguistiques. La recherche d’une langue commune apparaît dans la Bible, mais aussi dans d’autres cultures. Les Perses croyaient au « royaume d’Ahura Mazdā », où règnera une langue unique, Platon disait qu’une telle langue serait un cadeau suprême des dieux. Ce rêve était présent aussi dans les époques postérieures, par exemple sous forme de paninterlingua – un langage international universel.

Ensuite, il y eut plusieurs tentatives de recréer une langue commune à partir de quelque langue originelle ou de la créer de manière artificielle. On parle parfois des langues construites et Umberto Eco les appelait lingua perfetta. Quant à la reconstruction, elle fut souvent inspirée par la religion : on cherchait la langue d’Adam, reçue de Dieu. Même les linguistes sérieux comme Benjamin Lee Whorf n’échappèrent pas à cette tentation.

On peut partager les langues artificielles en deux catégories : langues aprioriques, basées sur la logique, et langues créées a posteriori se basant sur les emprunts des langues naturelles. Plusieurs créateurs de ces langues rêvèrent que leur œuvre atteignît un jour le statut d’unilingua. Dans l’Antiquité, c’était un médecin, Claude Galien. Au Moyen Âge, un catalan nommé Ramón Llull travaillait sur une sorte de langage philosophique. À l’époque de la Renaissance, c’était Giordano Bruno, Michel de Nostredame ou Thomas More. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le problème fut abordé surtout par les philosophes et les logiciens : Campanella, Descartes, Newton, Bacon, Leibniz… Une idée semblable inspirait les encyclopédistes qui voyaient la langue universelle dans une version simplifiée du français. Avec le XIXe siècle vient la conviction qu’il faut s’appuyer plutôt sur les langues naturelles pour créer une langue pour tous. Ce fut un des sujets abordés par les socialistes utopiques.

En 1879 Martin Schleyer créa le volapűk (de l’anglais world et speak), basé sur l’anglais. En 1887, Ludwik Zamenhof publia, sous pseudonyme Doctoro Esperanto (docteur espérant), le manuel d’une nouvelle langue basée surtout sur les langues ←11 | 12→romanes, mais aussi germaniques. L’Esperanto possède une grammaire simplifiée, sans exceptions. Ensuite, les nouvelles langues se multiplièrent avec environ 50 versions améliorées d’esperanto, Weltdeutsch, latino sine flexione, interglossa (basée sur le grec et le latin), idiom neutral ou adamitik, basé sur le hongrois – la présumée langue d’Adam… Sans mentionner les langues cosmiques destinées à la communication interplanétaire, comme lincoslingua cosmica des années 1960. Il s’agissait d’envoyer dans l’espace des ondes radio avec des messages basés sur des critères mathématiques et logiques.

Et la globalisation réelle ? Son outil, c’est une langue naturelle supra-ethnique et supra-nationale que l’on appelle aussi langue globale, universelle, mondiale, internationale, lingua franca ou interlingua. On va analyser les langues qui étaient utilisées en Europe, y compris le perse et l’arabe. Il faut souligner que dans l’Antiquité, il y avait aussi des langues globales, car le monde pour l’homme antique a d’autres dimensions que notre monde aujourd’hui. Il suffit de regarder la carte de Claude Ptolémée, où le monde comprend seulement la région méditerranéenne, l’Inde et la Chine. Pour l’empereur Auguste, le latin était une vraie langue globale qui se répandit à la suite des guerres impliquant la terre entière.

La globalisation linguistique repose sur deux mécanismes : expansif et réceptif. Le premier est plus fréquent et il fut le premier à apparaître. La Lingua franca obtient son statut à travers l’expansion territoriale, le plus souvent des grands empires : d’abord antiques, plus tard coloniaux. Pourtant, le mécanisme d’expansion est rarement pur. Dans la plupart des cas, les peuples envahis adoptent à un certain degré la langue de l’occupant. Ce fut le cas du latin adopté par les Celtibères, les Gaulois, les Daces etc. Les langues globales sont par définition élitistes dans les empires, surtout au début. Après, leur influence s’élargit. La globalisation réceptive, c’est quand une langue devient un support universel de la culture et des sciences. Ce fut le cas de l’italien à l’époque de la Renaissance. Les lingua franca commencent leur expansion de façon expansive, mais ensuite c’est la globalisation réceptive qui élargit leur territoire et leur influence culturelle, comme dans le cas du grec, du latin, du perse, de l’arabe ou de l’anglais aujourd’hui. Il faut souligner qu’il y a rarement une langue globale. Le plus souvent, plusieurs langues sont en concurrence et ont parfois des fonctions différentes.

Comment la carte de la globalisation a-t-elle changé ? Les linguae francae les plus anciennes étaient des trade languages : des langues de commerce. Le phénicien avait cette fonction déjà au deuxième millénaire av. J.-C. L’étape suivante, ce sont les empires multiethniques et multilingues, comme celui d’Alexandre le Grand ou l’Empire romain. La fonction principale d’une lingua franca était celle de l’administration, ce qui garantissait la cohésion des empires antiques et modernes. Pour l’empire perse, ce ne fut pas le perse (comme on pourrait supposer), mais l’araméen : une langue sémitique qui était beaucoup plus répandue à cette époque-là. Chronologiquement, la troisième fonction des langues globales, c’est l’expansion culturelle. C’est un élément beaucoup plus durable que la fonction administrative. Les linguae francae peuvent élargir leurs domaines d’influence pendant des siècles après la chute de leurs empires d’origine. Le cas connu ←12 | 13→le plus ancien, c’est le grec au IVe siècle av. J.-C. La version du grec appelée koine (de koine dialektos : langage commun) continue à remplir la fonction de langue globale et à influencer culturellement les monarchies hellénistiques. Pourtant, cette influence n’était pas profonde et elle ne concernait que les élites. Paradoxalement, c’est la capitale de l’Égypte des Ptolémée, Alexandrie, qui devint un centre culturel hellénistique important.

Troisième grand empire : Rome, qui introduit le latin dans l’histoire de l’humanité. Le latin de cette époque-là était en avance sur son temps. Aleksander Mikołajczak s’étonne que malgré la violence des guerres qui diffusèrent le latin, cette langue fut adoptée volontairement, grâce à son « magnétisme ». Pour la première fois, une lingua franca fut utilisée aussi par le petit peuple. Ce phénomène peut être expliqué par la Pax Romana – une période de paix et de prospérité qui dura presque trois siècles et qui permit aux citoyens de l’empire de profiter des biens culturels. D’abord, le latin fut utilisé seulement par les élites, car c’était un moyen de promotion sociale. Ensuite, le latin populaire se propagea parmi les autres couches sociales, pour qui les langues maternelles devinrent un fardeau qui empêchait les échanges commerciaux et autres. À cela s’ajoute le développement du christianisme pour lequel le latin était une langue liturgique. L’échelle de la domination linguistique est donc inédite. Cette globalisation a un aspect paradoxal. La latinisation avance, tandis que l’empire subit une désintégration progressive. C’est au moment de la chute de l’empire que le latin et ensuite la lingua romana (qui donnera naissance aux langues romanes) devint vraiment globale et les peuples des régions occidentales cessèrent d’utiliser leurs langues locales. Cependant, le latin ne domine pas dans tout l’empire. À l’Est, il est concurrencé par le grec. La réception a un vecteur opposé ici : ce sont les Romains éduqués qui adoptent le grec comme langue savante. L’art et la philosophie romaine sont une continuation de leurs précurseurs grecs. Marc Aurèle écrit ses Pensées en grec, car il s’agissait d’une œuvre philosophique. Vu les traditions hellénistiques à l’Est de l’empire, le latin ne s’imposa jamais dans cette région-là comme une langue de communication universelle, ce qui contribua à la séparation plus rapide de ces provinces qui ensuite formèrent l’empire byzantin. Là, le latin et le grec étaient aussi les deux langues de communication, mais le grec était considéré comme plus important. Pourquoi ? D’abord, il n’y eut jamais de Pax Byzantina – l’empire était constamment attaqué de l’extérieur. Deuxièmement, l’empire byzantin était très multiethnique et multiculturel. On dit qu’à Constantinople seul, on parlait les 72 langues connues. La christianisation était faite dans les langues locales et les autorités ne voulaient pas imposer de culture unique. Le grec n’était utilisé que par les élites et son rôle de lingua franca finit avec la chute de l’empire au XVe siècle.

Au Moyen Âge, c’est l’empire arabe qui prend le relais entre VIIe et IXe siècle. Là, c’était la religion musulmane qui fut le facteur le plus important des invasions et de l’intégration socio-économique et linguistique. L’arabe, la langue de Coran, fut imposée aux peuples soumis qui durent se convertir à l’islam. Le processus fut lent et il dura plus longtemps que l’empire. L’unité du monde musulman fut ←13 | 14→maintenue. Puisque la langue arabe se caractérisait déjà par une diversité dialectale au VIIIe siècle, les philologues et les grammairiens durent travailler beaucoup pour garder l’idéal de l’unité linguistique qui reflétait l’unité religieuse et la parole d’Allah. Cela empêcha que les dialectes ne se transformassent en langues indépendantes. C’est pourquoi l’arabe est la première langue globale qui a gardé son statut jusqu’aujourd’hui.

Après, c’est la globalisation réceptive qui domine en Europe. D’abord, c’est le latin qui a un rôle extraordinaire dans l’histoire du continent. À l’Ouest, c’est l’Église qui préserve cette langue, en liant l’héritage romain avec sa propre tradition. Les réformes de Charlemagne renouvelèrent le latin barbarisé, qui fut adopté par les élites intellectuelles de l’Europe entière. Ce fut la vraie naissance du latin médiéval qui survécut jusqu’au XVIIIe siècle. C’est à cette époque-là qu’a vu le jour ce proverbe italien : Col latino, con un ronzino e con un fiorino si gira il mondo (Avec le latin, un cheval et un fiorino, on peut traverser le monde). Le latin médiéval fut une langue de la religion, mais aussi de l’administration, de la diplomatie et des sciences. Cette langue constituait aussi un élément important de la littérature médiévale qui inspira les littératures nationales. Pendant la Renaissance, le latin fut remplacé par les langues nationales dans la liturgie, l’administration et la littérature, mais il est resté une langue de la diplomatie jusqu’au XVIIe siècle et une langue d’échange savant international jusqu’au XVIIIe siècle (et parfois jusqu’à la moitié du XIXe siècle). Les œuvres scientifiques les plus importants sont écrites en latin : De Revolutionivus Orbium Coelestium de Copernic, Philosophiae Naturalis Principia Mathematica de Newton, les écrits de Linné…

Notes biographiques

Joanna Jereczek-Lipińska (Éditeur de volume) Mirosław Trybisz (Éditeur de volume) Izabela Pozierak-Trybisz (Éditeur de volume) Joanna Drzazgowska (Éditeur de volume)

Joanna Jereczek-Lipińska, professeur à l’Université de Gdańsk (Pologne), Directrice de l’Institut De lettres Romanes (2010-2020), Vice doyenne à la Faculté de Lettres à l’Université de Gdansk ; domaines de recherche : analyse du discours, analyse lexicométrique, le discours politique ; le discours médiatique, la didactique du français langue étrangère. Mirosław Trybisz, docteur à l’Université de Gdan´sk (Pologne) ; domaines de recherche : linguistique contrastive (français, espagnol, roumain, polonais, tchèque), lexicologie, lexicographie, traductologie, TALN. Izabela Pozierak-Trybisz, docteur habilitée à diriger les recherches (HDR) à l’Université de Gdańsk (Pologne) ; domaines de recherche : sémantique linguistique, communication verbale et non verbale, grammaire contrastive franco-polonaise. Joanna Drzazgowska, professeur de portugais, docteur à l’Université de Gdańsk (Pologne) ; domaines de recherche : formules d’adresse en portugais, catégorie du temps et de l’aspect, périphrases verbales, didactique de la langue portugaise.

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Titre: La Globalisation communicationnelle