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La Globalisation communicationnelle

Les nouveaux défis pour la littérature, la traduction et la didactique de langues

de Joanna Jereczek-Lipińska (Éditeur de volume) Mirosław Trybisz (Éditeur de volume) Izabela Pozierak-Trybisz (Éditeur de volume) Joanna Drzazgowska (Éditeur de volume)
Collections 252 Pages

Résumé

Le thème de globalisation communicationnelle continue d’inspirer. Nous nous proposons à la lumière des événements géopolitiques, sociolinguistiques, géolinguistiques récents de revenir sur ce sujet qui est devenu plus que jamais actuel et surtout va dans une direction qui nous surprend, nous interpelle, nous fait réfléchir. Cet ouvrage fait part de ces échanges et réflexions.
Pour décrire ce réel de globalisation, pour constater si l'anglais lingua franca est l’instrument d'unification, quelle est l'importance accordée à l'aspect purement pragmatique de la langue face à ses subtilités sémantiques ; stylistiques et discursives, quels sont les enjeux linguistiques, quels sont les nouveaux défis de la traduction et de la didactique des langues étrangères ?
Dans cette perspective, la globalisation est un phénomène complexe qui appelle une étude pluridimensionnelle, pluridisciplinaire ; interdisciplinaire et transdisciplinaire.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Sommaire
  • Liste des contributeurs
  • Concrétisation de l’interculturel en cours de FLE et ses effets sur le public dans le contexte scolaire chinois (Xinjiletu Zhao)
  • Influence des facteurs culturels sur la participation à l’oral des apprenants de français langue étrangère : exemple des apprenants asiatiques (Bozena Billerey)
  • La place de l’éducation interculturelle dans les trois systèmes scolaires européens face à l’inclusion des élèves migrants. Étude comparative des dispositifs ministériels : français, polonais et italien (Małgorzata Jaskuła)
  • A incompetência intercultural nas representações entre a França e o Brasil no ensino-aprendizagem do português língua estrangeira (Étienne Clément)
  • Les nouvelles technologies et les innovations didactiques dans l’enseignement du polonais et du français langues étrangères sur un exemple de cours avec les étudiants appartenant à la génération Y et Z (Adrianna Olkowska)
  • Le web social, entre autres comme élément incontournable de communication dans la langue cible: un effet positif chez les étudiants anglophones apprenant le français (Khadijat Mosunmola Yusuff)
  • L’enseignement des langues à l’épreuve de la communication : le cas de l’anglais langue étrangère enseigné à des enfants francophones (Agnès Leroux)
  • Le développement d’une personnalité interculturelle à travers l’apprentissage du lexique (Agnieszka Dryjańska)
  • Enseigner des gestes et la communication non-verbale comme défi (inter)culturel en FLE (Emilia Paszek et Joanna Jereczek-Lipińska)
  • Variação linguística na sala de aula de Português Língua Estrangeira em contexto de imersão (Ana Rita Carrilho e Paulo Osório)
  • El léxico de origen indígena en la clase de ELE (Ingrid Petkova)
  • La historieta en la clase de ELE. Una forma de conocer el lenguaje y las costumbres de los argentinos (Nora Orłowska)
  • Utilisation des Fictions à Substrat Professionnel comme réponse innovante au défi didactique d’un monde globalisé (Mónica Fierro)
  • Estratégias do ato de pedido na aprendizagem de Português Língua Estrangeira pelos alunos polacos (Justyna Wiśniewska)
  • Le français, une langue moderne et vivante ? Analyse de manuels pour adolescents (Geneviève Geron)
  • Community Deutsch für dich – niemiecki globalnie w kilka kliknięć myszką (Marta Zachariasz-Janik)
  • Les textes littéraires hétérolingues et les problèmes qu’ils posent en traduction (Elena Meteva-Rousseva)
  • La traduction des textes religieux à l’époque de la globalisation, à l’exemple des traductions du livre Histoire d’une âme de Sainte Thérèse de Lisieux (Teresa Maria Włosowicz)
  • Quelques remarques sur la traduction en français et en espagnol de Traktat o łuskaniu fasoli de Wiesław Myśliwski. Le jeu du local et de l’universel (Hanna Połomska)
  • Traduire les Fabliaux pour le destinataire contemporain ; quelques exemples des traductions en français, anglais et polonais (Joanna Kowalewska)
  • Argonauci i niziołki. Polska literatura najnowsza we Francji (Paweł Łapiński)

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Liste des contributeurs.

Bozena Billerey

Institut Catholique de Toulouse, Unité de recherche CERES

Ana Rita Carrilho

Universidade da Beira Interior / LabCom.IFP

Étienne Clément

Université de Bourgogne – Franche-Comté, Laboratoire ELLIADD EA 4661

Agnieszka Dryjańska

Université de Varsovie

Mónica Fierro

Université Paris Descartes

Geneviève Geron

Université catholique de Louvain

Małgorzata Jaskuła

Laboratoire DyLIS, Université de Rouen Normandie

Joanna Jereczek-Lipińska

Université de Gdańsk

Joanna Kowalewska

Université de Gdańsk

Paweł Łapiński

Uniwersytet Gdański

Agnès Leroux

Université de Paris Nanterre, Groupe GReG – CREA EA 370

Elena Meteva-Rousseva

Université de Sofia « St Kliment Okhridski »

Adrianna Olkowska

Université de Gdańsk

Nora Orłowska

Universidad de Gdańsk

Paulo Osório

Universidade da Beira Interior / LabCom.IFP

Emilia Paszek

Université de Gdańsk

Ingrid Petkova

Universidad Pedagógica, Cracovia

Hanna Połomska

Université de Gdańsk

Justyna Wiśniewska

Universidade Marie Curie Skłodowska

Teresa Maria Włosowicz

Université des Sciences Économiques et des Humanités, Bielsko-Biała

Khadijat Mosunmola Yusuff

Université Paris Descartes, Laboratoire EDA – Éducation Discours Apprentissage

Marta Zachariasz-Janik

Uniwersytet Pedagogiczny im. KEN w Krakowie

Xinjiletu Zhao

Université Grenoble Alpes, laboratoire Lidilem

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Xinjiletu Zhao

Concrétisation de l’interculturel en cours de FLE et ses effets sur le public dans le contexte scolaire chinois.

Résumé: Éloigné géographiquement et culturellement, l’apprentissage du français en Chine est un apprentissage en milieu hétéroglotte. Il y a donc une insuffisance d’échanges, de rencontres véritables avec les francophones. Les élèves ont très peu d’occasions de se retrouver dans une situation réelle et authentique ce qui produit et entretient des stéréotypes et des préjugés sur les Français et la société française. En plus, l’enseignement essentiellement grammatical des langues en Chine aggrave encore leur degré d’ethnocentrisme. Ils ont tendance à rester enfermer dans leur propre culture et manquent d’une aptitude à se décentrer face à l’altérité. L’approche interculturelle constitue donc un levier pédagogique essentiel pour une meilleure sensibilisation à la diversité culturelle pour les élèves chinois, qui ont été imprégnés, depuis longtemps, par la méthode traditionnelle.

Mots-clés: interculturel, didactique des langues, décentration, altérité, contexte chinois.

0. Introduction

Dans cet article, je ne parle pas de la situation générale de l’interculturalité en Chine, je ne fais pas non plus un état de l’art de l’interculturel. Je me penche plutôt sur l’interculturel dans la pratique de l’enseignement, en me basant sur mes expériences sur le terrain en tant que professeur de FLE dans un lycée chinois de Shanghai, dans le cadre de ma recherche doctorale.

En Chine, l’enseignement des langues étrangères, FLE y compris, reste essentiellement traditionnel et linguistique. Cela dynamite la motivation et l’affection des apprenants vis-à-vis de la langue cible, et aggrave leur degré d’ethnocentrisme. Malgré de nombreuses années d’études des langues étrangères, le niveau d’alphabétisme interculturel (Unesco, 2013) reste très bas chez les apprenants chinois. Ils ont du mal à relativiser leurs propres perceptions et à s’ouvrir à la raison de l’Autre.

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Utiliser l’interculturel dans l’enseignement du français, c’est provoquer la découverte et la rencontre concrète, c’est baigner les apprenants dans la vie et la culture françaises. L’élaboration d’une authentique communication interculturelle au sein de l’institution éducative constitue certainement l’un des plus hauts enjeux de ce temps et le moyen le plus sûr de redonner à l’enseignement pertinence et modernité (Abdallah-Pretceille & Porcher, 1996). Pour l’élaboration et la concrétisation de l’interculturel en FLE, j’ai mobilisé toutes les ressources possibles et j’ai utilisé divers moyens dans ma pratique pédagogique. D’après moi, certaines mesures concrètes peuvent aller au-delà des frontières chinoises et sont sans doute transposables dans d’autres contextes culturels.

Pourquoi l’éducation interculturelle est-elle considérée comme un aspect primordial dans l’enseignement des langues? Comment concrétiser l’interculturel dans une classe de langue qui se trouve en milieu hétéroglotte ? Quels sont les impacts que cela pourrait engendrer chez les apprenants ? Telles sont les trois grandes questions auxquelles cet article va essayer d’apporter des réponses.

1. Inévitabilité de l’interculturel dans l’enseignement des langues

En didactique des langues, l’« interculturel » a fait couler beaucoup d’encre. L’apparition de cette notion est conceptualisée par la plupart des auteurs, dans la prise de conscience des enjeux de la pluralité linguistique et culturelle issue des phénomènes migratoires (Blanchet et Coste, 2010). L’éducation interculturelle paraît donc beaucoup plus nécessaire dans les pays où l’immigration est importante. Cependant, dans les contextes où le public reste relativement homogène linguistiquement et culturellement, comme celui de Chine, l’interculturel montre aussi fortement sa nécessité.

La mondialisation des marchés et le flux croissant de population qu’elle engendre amènent de plus en plus d’individus à communiquer à l’échelle planétaire, les langues jouent donc un rôle primordial dans ces échanges. Selon l’Unesco, le cours de langues est un lieu privilégié (Unesco, 2006) pour l’éducation interculturelle dans ce monde globalisé.

Sur le plan anthropologique, Jean-Yves Mas dit que le réflexe ethnocentriste est un réflexe immédiat et inévitable face à l’altérité (Mas, 2013). La relation première devant l’altérité est égo-ethnocentrique et nombreux anthropologues nous rappellent depuis longtemps cette idée. Jean-Claude Beacco, de sa part, préfère donc utiliser l’expression l’éducation à l’altérité (Beacco, 2017) plutôt que l’éducation interculturelle, dans le sens où l’altérité est beaucoup plus facile à définir que la culture. Dans un cours de langue étrangère, on peut imaginer des activités qui ont une finalité linguistique, mais pas seulement. En effet, la réflexivité, la gestion, le retour sur les attitudes de fermeture, que peuvent déclencher la découverte dans une société autre, peuvent devenir la substantifique moelle de dimension interculturelle de l’enseignement du FLE.

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En ce qui concerne la conception des langues, Philippe Blanchet a souligné l’importance de la conception sociale des langues dans l’enseignement, lors du congrès Méthodal 2018 qui s’est déroulé en Grèce, à Thessalonique. La langue est une pratique sociale avant tout. Cela signifie que ce qui nous intéresse dans l’enseignement-apprentissage des langues, c’est doter les apprenants d’outils qui vont leur permettre de réguler les relations, quand il y a prise de conscience que l’altérité, peut éventuellement créer des problèmes interprétatifs. À l’inverse, si l’enseignant considère la langue comme un code grammatical, il privilégie certainement l’aspect linguistique dans sa pratique pédagogique. Il est important de faire prévaloir la conception sociale des langues. Conjuguer sociolinguistique et didactique des langues constitue donc un aspect crucial de dimension interculturelle de l’enseignement des langues.

Au niveau de la nature de la culture, de nombreux auteurs utilisent la métaphore de l’iceberg culturel pour mieux cerner cette notion. La partie émergée de l’iceberg correspond à seulement 10 % de celui-ci, cela concerne les aspects immédiatement reconnaissables de la culture, comme le vêtement, la nourriture, la musique, etc., alors que la partie immergée représente environ 90 % du volume total. Il s’agit des éléments qui ne sont pas facilement repérables au premier regard comme la valeur, la conviction, les attitudes. Et cette partie inconnue et immergée de la culture reste à « explorer », pour éviter un éventuel risque de collision (Gemeinhardt, 2012). Par conséquent, dans une approche interculturelle de l’enseignement des langues, au lieu de privilégier la culture encyclopédique et informationnelle, il vaut mieux explorer cet aspect invisible de la culture pour que les apprenants puissent acquérir une aptitude de décentration grâce à la compréhension approfondie de l’altérité.

En suivant ces principes, je présente maintenant quelques mesures représentatives, mais pas exhaustives, que j’ai mises en place sur le terrain.

2. Élaboration d’un journal d’étonnement – véritable « musée interculturel »

Pendant les vacances d’hiver de l’année scolaire 2016–2017, mes élèves ont effectué un voyage scolaire de deux semaines en France. Une idée m’est venue, il s’agit bien de leur faire rédiger un journal d’étonnement en mélangent les textes (en chinois, car ils sont débutants) et les photos. Cette mission pousse les apprenants à observer de façon beaucoup plus attentive leur vécu en France. Le journal d’étonnement, c’est le moment de vérifier si les représentations de l’autre culture ont évolué ou pas, c’est le moment de vérifier si l’apprenant s’est enrichi et s’il a réussi à réfléchir à sa propre culture d’origine. Le journal d’étonnement constitue une confrontation quotidienne entre le monde qui se déroule devant leurs yeux et celui qui se déroule dans leur tête (Chaves, Favier, Pélissier, 2013)

Ces 40 journaux d’étonnement collectés de mes élèves constituent donc un véritable « musée interculturel ». Je les exploite de façon didactique dans mon ←13 | 14→cours de français. Vu que leurs propres productions deviennent les documents déclencheurs de mon cours, ce moyen est beaucoup plus parlant et motivant pour eux. À travers la didactisation de certains journaux représentatifs, je les sensibilise aux différences culturelles tout en intégrant l’aspect linguistique de la langue cible – le français. Le journal d’étonnement est donc un excellent outil pédagogique pour l’éducation interculturelle et c’est une approche pour rendre un univers inconnu plus familier et faire apparaître le monde familier plus « étrange » (Conseil de l’Europe, 2002).

3. Compréhension de l’altérité par la rencontre interculturelle.

La rencontre directe avec des personnes issues d’autres cultures, est une des meilleures façons d’approfondir la compréhension mutuelle. J’ai donc essayé de varier les types de rencontres dans mon cours de façon à mieux sensibiliser les apprenants à la différence et à la richesse qu’apporte l’interculturel. Il s’agit de deux rencontres, l’une « formelle», une conférence avec un chanteur français et l’autre « informelle », un échange avec des lycéens français pendant un cours.

Commençons par la séance de discussion avec le chanteur. Ce chanteur, qui s’appelle Dantès, est une de mes connaissances. Il est très connu parmi les artistes étrangers en Chine. C’est un ambassadeur culturel franco-chinois, le « chouchou » des médias chinois. Cette rencontre vise à sensibiliser les apprenants à la notion de « l’interculturel » et à la notion de « la personnalité interculturelle ». En effet Dantès est le premier chanteur français à écrire et à chanter ses propres chansons en chinois. Il parle parfaitement chinois et son style musical qu’on appelle « French mandopop », entremêle le son de la langue chinoise, la pensée française et l’appréciation pop-rock de la musique. C’est un parfait mélange des paroles chinoises et la musique française. A travers la démonstration de l’artiste en discutant avec lui, les élèves remarquent à quel point les éléments chinois et français peuvent cohabiter harmonieusement dans une chanson. Ainsi, ils se rendent compte de la puissance de l’interculturel, l’avantage de l’interculturel, et l’originalité de l’interculturel. En plus, le fait de voir un français qui parle si bien leur langue, le mandarin, produit un effet stimulant pour les élèves chinois et ils ont envie de l’imiter, mais dans un sens inverse.

Notes biographiques

Joanna Jereczek-Lipińska (Éditeur de volume) Mirosław Trybisz (Éditeur de volume) Izabela Pozierak-Trybisz (Éditeur de volume) Joanna Drzazgowska (Éditeur de volume)

Joanna Jereczek-Lipińska, professeur à l’Université de Gdańsk (Pologne), Directrice de l’Institut De lettres Romanes (2010-2020), Vice doyenne à la Faculté de Lettres à l’Université de Gdańsk ; domaines de recherche : analyse du discours, analyse lexicométrique, le discours politique ; le discours médiatique, la didactique du français langue étrangère. Mirosław Trybisz, docteur à l’Université de Gdańsk (Pologne) ; domaines de recherche : linguistique contrastive (français, espagnol, roumain, polonais, tchèque), lexicologie, lexicographie, traductologie, TALN. Izabela Pozierak-Trybisz, docteur habilitée à diriger les recherches (HDR) à l’Université de Gdańsk (Pologne) ; domaines de recherche : sémantique linguistique, communication verbale et non verbale, grammaire contrastive franco-polonaise. Joanna Drzazgowska, professeur de portugais, docteur à l’Université de Gdańsk (Pologne) ; domaines de recherche : formules d’adresse en portugais, catégorie du temps et de l’aspect, périphrases verbales, didactique de la langue portugaise.

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Titre: La Globalisation communicationnelle