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Aspects sémiotiques, linguistiques et socioculturels de la réception de la culture russe par les Français et les Espagnols

de Elena Sandakova (Auteur)
©2019 Thèses 310 Pages

Résumé

Aspects sémiotiques, linguistiques et socioculturels de la réception de la culture russe par les Français et les Espagnols est un projet pluriculturel inscrit dans le cadre sociolinguistique. Il est rattaché à la matière de langue-culture et au concept de lexiculture, travaillés par R. Galisson. Son but est de contribuer à l’acculturation étrangère et d’améliorer la compétence culturelle des non natifs au sujet des réalités russes. Il sera intéressant à tous ceux que la culture et la langue russes passionnent vivement, à tous ceux qui les perçoivent à travers les stéréotypes, à tous ceux dont elles attirent l’attention parfois, à tous ceux qui veulent les explorer à zéro. « Il n’existe pas de peuple dont on a inventé autant de mensonges et de calomnies que le peuple russe » (Catherine II).

Table des matières

  • Cover
  • Titel
  • Copyright
  • Herausgeberangaben
  • Über das Buch
  • Zitierfähigkeit des eBooks
  • Remerciements
  • SOMMAIRE
  • Liste des remarques utilisées dans le livre
  • AVANT-PROPOS
  • PREMIÈRE PARTIE: CADRE THÉORIQUE
  • CHAPITRE 1 LES MÊMES ET LES AUTRES : ASPECTS ANTHROPOLINGUISTIQUES
  • 1.1. Des préalables sociolinguistiques
  • 1.2. La langue face à la nation
  • 1.3. Les grilles conceptuelles d’Edward Hall
  • CHAPITRE 2 LA PLACE DU CULTUREL DANS LA COMPÉTENCE DE COMMUNICATION
  • 2.1. Préliminaires
  • 2.2. En suivant l’évolution de la notion « compétence »
  • 2.3. Les représentations culturelles partagées
  • 2.4. Le poids culturel du lexique
  • 2.4.1. Le rapport langue / culture
  • 2.4.2. Robert Galisson : la culture dans la langue
  • 2.4.2.1 Mots à Charge Culturelle Partagée
  • 2.4.2.2. Mots-valises
  • 2.4.2.3. Mots occultants
  • 2.4.2.4. Noms de marques
  • 2.4.2.5. Palimpsestes verbo-culturels
  • 2.4.2.6. Opérations comportementales verbales
  • CHAPITRE 3 LE POIDS DES STÉRÉOTYPES DANS L’INTERACTION PLURICULTURELLE
  • 3.1. La nature des stéréotypes
  • 3.2. Stéréotype vs. préjugé
  • 3.3. Les causes de la formation des stéréotypes
  • 3.4. Les fonctions des stéréotypes
  • 3.5. La classification des stéréotypes
  • CHAPITRE 4 LE TOURNANT VISUEL
  • 4.1. Préliminaires
  • 4.2. La triade de Charles Peirce
  • 4.3. Le signe linguistique de Ferdinand de Saussure
  • 4.4. Roland Barthes et la sémiologie de la signification
  • 4.5. Georges Mounin et la sémiologie de la communication
  • 4.6. Umberto Eco et la sémiotique de l’architecture
  • 4.7. Christian Metz et la sémiotique du cinéma
  • 4.8. La sémiotique de la photographie
  • 4.8.1. La photographie amateur
  • 4.8.2. Le selfie
  • 4.8.3. La photo touristique
  • CHAPITRE 5 LA SÉMIOTIQUE NON VERBALE
  • 5.1. Préliminaires
  • 5.2. La kinésique : Ray Birdwhistell
  • 5.3. La classification sémiotique des gestes
  • 5.4. Les valeurs fonctionnelles des gestes
  • 5.5. L’universalité des gestes
  • 5.6. La politesse non verbale
  • SECONDE PARTIE: CADRE PRATIQUE
  • CHAPITRE 6 L’USAGE DE L’OUTILLAGE MENTAL DANS LA CULTURE RUSSE
  • 6.1. Préliminaires
  • 6.2. Particularités chronémiques
  • 6.2.1. Échanges votifs « bon + notion de temps »
  • 6.2.2. Formules d’adieux
  • 6.3. Particularités proxémiques
  • 6.4. Continuum lexical russe
  • 6.4.1. Les empreintes du facteur géographique
  • 6.4.2. Les empreintes du facteur climatique
  • 6.4.2.1 Généralités
  • 6.4.2.2. Grille sémique des dénominations de vêtements de dessus d’hiver
  • 6.4.2.3. Grille sémique des dénominations de couvre-chefs d’hiver
  • 6.4.2.4. Grille sémique des dénominations de chaussures d’hiver
  • 6.4.3. Les empreintes du facteur culturel
  • CHAPITRE 7 LES ÉCARTS CULTURELS
  • 7.1. Les révélateurs de la culture russe pour le public étranger
  • 7.1.1. Lexique à charge culturelle partagée russe
  • 7.1.1.1 Mots à une CCP d’une langue pour des équivalents différents nécessitant un éclaircissement dans les autres langues
  • 7.1.1.2. Cas d’emprunts
  • 7.1.1.3. Mots à CCP sans équivalent dans la langue-culture d’accueil
  • 7.1.1.4. Mots à CCP étrangers sans équivalent dans la langue-culture d’origine
  • 7.1.2. Mots-valises russes
  • 7.1.2.1 Apocope + aphérèse
  • 7.1.2.2. Apocope simple
  • 7.1.2.3. Apocope + apocope
  • 7.1.2.4. Aphérèse simple
  • 7.1.3. Mots occultants russes
  • 7.1.4. Noms de marques russes
  • 7.1.4.1 Noms d’appellation sous forme de produits (objets militaires) à CCP commune
  • 7.1.4.2. Noms d’appellation sous forme de produits (automobiles) à CCP propre
  • 7.1.4.3. Noms d’appellation sous forme de produits (souvenirs symboliques) à CCP commune
  • 7.1.4.4. Noms d’appellation sous forme de produits (alimentation) à CCP commune
  • 7.1.4.5. Noms d’appellation commerciale sous forme de services (magasins) à CCP propre
  • 7.1.4.6. Noms d’appellation à signifié et à CCP propres à une langue-culture d’accueil
  • 7.1.5. Palimpsestes verbo-culturels russes
  • 7.1.5.1 Délexicalisation sans déstructuration syntaxique
  • 7.1.5.2. Délexicalisation avec filiation phonique
  • 7.1.6. Opérations comportementales et verbales
  • 7.1.6.1 Opérations verbales au poids culturel propre
  • 7.1.6.2. Opérations comportementales
  • CHAPITRE 8 LE COMPORTEMENT COMMUNICATIF DES PORTEURS DE LA CULTURE RUSSE
  • 8.1. Préliminaires
  • 8.2. Le concept « fête »
  • 8.2.1. L’aspect quantitatif de la notion « fête »
  • 8.2.2. Fêtes aux dates et aux signifiés communs
  • 8.2.3. Fêtes aux signifiés communs, mais aux dates différentes
  • 8.2.4 Fêtes aux dates et aux signifiés propres
  • 8.2.4.1 Occasions nationales communes
  • 8.2.4.2. Occasions professionnelles
  • 8.2.4.3. Occasions politiques
  • 8.2.5. L’encadré culturel des fêtes russes
  • 8.2.6. Le concept « célébration »
  • 8.2.7. Le concept « invitation »
  • 8.2.8. Le concept « toast »
  • 8.2.9. Le concept « fleurs »
  • CHAPITRE 9 LES HÉTÉRO-STÉRÉOTYPES DES FRANÇAIS ET DES ESPAGNOLS SUR LES RÉALITÉS RUSSES
  • 9.1. La perception synthétique de la Russie à travers les stéréotypes ethnoculturels
  • 9.2. Les stéréotypes ethnoculturels sur la Russie issus du schéma « NOM + ADJECTIF russe »
  • 9.2.1. Lexies complexes stéréotypées portant sur les objets et les réalités culturels et gastronomiques
  • 9.2.1.1 Lexies complexes stéréotypées portant sur les objets matériaux
  • a) Poupée russe / Muñeca rusa
  • b) Balalaïka (russe) / Balalaica
  • c) Samovar (russe) / Samovar ruso
  • d) Lapin russe / ---
  • e) Chapeau russe, chapka (russe) / Gorro ruso
  • f) Chaussettes russes / ---
  • g) Costume russe / ---
  • h) --- / Un ruso
  • i) Cigarettes russes / Papirosa
  • 9.2.1.2. Lexies complexes stéréotypées portant sur les réalités culturelles
  • a) Bain russe / Baño ruso
  • b) Danse russe / Danza rusa
  • c) Montagnes russes / Montaña rusa
  • d) Roulette russe / Ruleta rusa
  • e) Billard russe / Carambola rusa
  • f) Prononciation russe
  • g) Écriture russe
  • 9.2.1.3. Lexies complexes stéréotypées portant sur les manifestations gastronomiques
  • a) Préliminaires : La gastique
  • b) Salade russe / Ensaladilla rusa, ensalada rusa
  • c) Vodka (russe) / Vodka (ruso)
  • d) Charlotte russe / Carlota rusa, charlotte rusa
  • e) --- / Filete ruso
  • f) Caviar (russe) / Caviar (ruso)
  • g) Gâteau russe / Pastel ruso
  • h) Autres
  • 9.2.1.4. Lexie complexe stéréotypée portant sur les événements historiques
  • a) Révolution russe / Revolución rusa
  • 9.2.1.5. Lexies complexes stéréotypées portant sur les notions philosophiques et les qualités humaines
  • a) Préliminaires : Le caractère national russe
  • b) Âme russe / Alma rusa
  • c) Ours russe / Oso ruso
  • 9.2.1.6. Lexies complexes stéréotypées portant sur un groupe social
  • a) Fille russe / Chica rusa
  • b) Mafia russe / Mafia rusa
  • CHAPITRE 10 EN REPRÉSENTANT LA RUSSIE : RECHERCHES AU SEIN DE LA CULTURE VISUELLE
  • 10.1. Préliminaires
  • 10.2. La sémiotique des images publicitaires liées à la Russie
  • 10.3. La sémiotique des codes architecturaux
  • 10.3.1. Éléments dénotant les fonctions premières
  • 10.3.2. Éléments architecturaux dénotant l’idéologie de l’habitat
  • 10.3.3. Codes sémantiques articulés en genres typologiques
  • 10.3.3.1 Habitats résidentiels
  • 10.3.3.2. Établissements académiques
  • 10.3.3.3. Établissements médicaux
  • 10.3.4. Ouistiti !
  • 10.3.4.1 La photo amateur
  • 10.3.4.2. La photo touristique
  • CHAPITRE 11 VARIATIONS CULTURELLES DANS LE FONCTIONNEMENT DES SIGNES NON VERBAUX
  • 11.1. Préliminaires
  • 11.2. Le fonctionnement des gestes français, russes et espagnols
  • 11.3. Le sourire
  • 11.4. L’embrassade
  • 11.5. Éléments systémologiques et gaptiques
  • CONCLUSION GÉNÉRALE
  • RÉFÉRENCES

Liste des remarques utilisées dans le livre

Symboles phonétiques utilisés dans la transcription des mots russes :

/ ‘ / placé au début de la syllabe – accent tonique du mot ;

/ ‘ / placé après une consonne – palatalisation ;

/e/– le son neutre dont la prononciation se situe entre le /ε/ et le /e/ français ;

/o/– le son neutre dont la prononciation se situe entre le /ɔ/ et le /o/ français ;

/a/– le son neutre dont la prononciation se situe entre le /a/ et le /α/ français.

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AVANT-PROPOS

Le présent projet tient à la fois de la description, de la réflexion analytique et de l’intervention. Il est descriptif et analytique pour consister dans une définition aussi globale que possible des représentations des étrangers sur la Russie, définition fondée sur des analyses précises. Il est en outre interventionniste, car il se donne pour objectif de proposer une nouvelle voie de diffusion de la culture russe ailleurs dans toutes ses manifestations.

Le sujet du livre implique l’observation empirique et l’analyse des jugements liés à la Russie chez les Français et les Espagnols ; la mise en regard des trois cultures différentes ; la présentation des gloses explicatives et des encadrés culturels sur les réalités de l’espace linguistico-culturel russe, afin de rendre plus symétrique l’interaction entre les natifs et les non natifs.

Par conséquent, l’objet du livre s’avère être l’interaction pluriculturelle dont l’analyse permet d’établir l’image de la Russie aux yeux des Français et des Espagnols.

L’actualité d’analyser la culture russe à l’étranger relève, premièrement, de la situation et du rôle décisif de la Russie dans la politique mondiale actuelle.

Deuxièmement, la culture russe évoque de l’intérêt à l’extérieur grâce à la multiplication des événements éducatifs et culturels dont « L’Année duelle de la Russie en Espagne et de l’Espagne en Russie » en 2011, « L’Année croisée franco-russe Langue et Littérature » en 2012, « L’Année de la langue et de la littérature espagnoles en Russie » en 2015, « L'Année Croisée franco-russe du tourisme et du patrimoine » en 2016, « L’Année duelle de tourisme Espagne-Russie 2016–2017 », y compris une année croisée des langues et littératures françaises et russes planifiée pour 2018.

Troisièmement, la mobilité entre la Russie, la France et l’Espagne devient de plus en plus active, suite aux facilités de voyager de nos jours. Le flux circulaire des touristes est colossal : depuis 2012 et tous les ans, l’Espagne a vu stablement venir entre 1,1 et 1,6 millions de Russes1, pendant que 65 000 y résident. Durant la même période, la France a accueilli entre 600 000 et 900 000 de Russes ; quant au nombre des résidents, les chiffres y varient entre 200 000 et 500 0002. Le tourisme russe en France et en Espagne est généralement représenté sous forme de ←19 | 20→(i) tourisme individuel, (ii) tourisme en groupe, (iii) tourisme de shopping, (iv) tourisme gastronomique, (v) tourisme des « nouveaux riches ». Face aux ressortissants d’autres nations, les Russes continuent à être l’un des principaux moteurs de l’économie européenne. Pourtant, le nombre des touristes espagnols et français qui ont l’intention de visiter la Russie n’est pas si élevé et baisse légèrement les derniers temps3. Les offres touristiques qui les attirent le plus sont réduites à la gastronomie et à la culture. Tout Français ou Espagnol qui se rend en Russie désire goûter les plats typiques et la vodka, sentir le froid sibérien, visiter баня [bain russe] et voire s’assurer si les ours marchent dans la rue.

Ainsi donc, le sujet du projet se caractérise par un dispositif de commentaires, de préjugés, de stéréotypes et d’associations des Français et des Espagnols à l’égard de la Russie. Nous pressentons apriori que les représentations et les jugements liés à la Russie ne sont pas vraisemblables à 100%, de la sorte, ils freinent l’interaction pluriculturelle qui, à son tour, devient déroutable.

Le projet s’articule autour de l’hypothèse suivante : Pour accéder au vrai sens de la culture russe et mieux comprendre ses porteurs, le puisement dans les signes linguistiques, visuels, non verbaux ainsi que dans les réalités de la dimension sociale russe est plus efficace que celui des idées préconçues et généralisées.

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CHAPITRE 1 LES MÊMES ET LES AUTRES : ASPECTS ANTHROPOLINGUISTIQUES

1.1. Des préalables sociolinguistiques

Pour repérer les démarches pluriculturelles déterminées par notre projet nous avons à tenir compte d’une étroite relation entre la langue, la culture, la mentalité et la communication. L’objectif de la langue est de remplir sa fonction essentielle, qui est la communication, tandis que son utilisation comme moyen de communication entre les individus met en évidence sa fonction sociale. Simultanément, la langue sert d’intermédiaire entre la société et la culture : chaque culture s’exprime dans le langage de la nation.

Au départ, nous nous posons une série des questions sociolinguistiques qui suivent les considérations de Jean-Louis Calvet (1999 : 11) :

Qu’est-ce que les gens d’une même société pensent et de quoi parlent-ils ? Est-ce lié à leurs modèles sociaux ?
Quels sont les différences géographiques, sociales, culturelles et vitales dans leur ensemble, entre les façons de parler, de penser et de se comporter ?
Que pensent les locuteurs de leur façon de parler et de vivre et, surtout, de celle des autres ?

Notre attention se portera sur deux espaces discursifs qui opposent les Mêmes et les Autres, la célèbre dichotomie établie en 1922 par Walter Lippmann. À ce recoupement de la topologie du sujet ajoutons encore la dialectique spatiale : Ici et Ailleurs, proposée par Jeanne-Marie Barbéris (1999 : 125–148), et anticipons des « conflits » possibles interculturels qui puissent porter un caractère :

Interpersonnel : Nous vs. Eux ;
Spatial : ancrage à l’Ici des Mêmes vs. assomption ou rejet dans l’Ailleurs des Autres ;
Linguistique : adoption du « code à Nous » vs. éloignement présumé du « code à Eux » ;
Représentationnel : les systèmes de valeurs rapportées à des espaces particuliers, avec la même dialectique d’intégration vs. exclusion.
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Nous rejoignons l’opinion d’André Reboullet (1973 : 5–6) sur les distinctions opératoires des civilisations et nous sommes tenue d’observer la société suivant ces points :

Substrat, identifié comme ensemble de réalités de la civilisation : nous tiendrons compte de la variation diastratique pour ce qui concerne la répartition de la société en classes, ainsi que de la situation économique du pays, du découpage de l’année en temps de travail et de loisir, etc.
Manifestations selon les différents systèmes sociaux, conçues comme attitudes concrètes face à la vie, à la tradition ou aux changements ; habitudes ou comportements à l’égard des Mêmes et des Autres ; usage d’un outillage mental (notions de temps, chronémique, et organisation d’espace, proxémique).
Système, conçu en tant qu’ensemble supposé cohérent propre à chaque communauté, qui pourrait être dégagé à travers des manifestations et au-delà d’elles.

1.2. La langue face à la nation

La langue était une des questions centrales de la pensée du précurseur de la philosophie du langage, Wilhelm von Humboldt. Au XVIIIe siècle, le linguiste est arrivé à la conclusion que la langue n’était pas un produit d’un seul individu, mais une création collective qui appartenait à la société entière et qui se transmettait progressivement d’une génération à l’autre.

W. von Humboldt indiquait que la langue contient (i) l’image statique du monde composée de contenus langagiers (sonores, grammaticaux et étymologiques) et (ii) l’image dynamique composée d’assimilations langagières.

La langue est comprise par lui comme vision du monde (Weltansicht) ou, en d’autres termes, ensemble de formes et de catégories mentales, commun pour tous, mais configuré selon les nations et les individus, eux-mêmes. De la sorte, la langue, pour lui, n’était pas un être achevé (Ergon), mais l’activité elle-même (Enérgeia) initiée par la force spirituelle humaine manifestée sous forme d’esprit intérieur du peuple (Geist) (Humboldt, 1991 : 18–20).

L’esprit qui déterminait l’essence spirituelle du peuple s’identifiait chez W. von Humboldt à la construction de sa langue, de même qu’il était difficile de se percevoir sans elle. Selon lui, les différentes façons dont la langue organisait la réalité, déterminaient les manières dont l’esprit structurait son savoir. Enfin, la langue accompagnait le développement spirituel du peuple à chaque moment de son progrès ou de sa décadence locale et reflétait chaque étape de la culture sociale.

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Chez W. von Humboldt, sans la langue l’individu ne peut non seulement penser et communiquer, mais aussi faire évoluer sa vision du monde. Cette dernière, dite aussi « forme intérieure du langage », et mise en relation avec la mentalité collective, constitue l’image linguistique globale propre de la société : « La diversidad de las lenguas no es una diversión de sonidos y signos, sino una diversidad de visiones del mundo » (Humboldt, 1991 : 54).

La langue façonne également le caractère national, étant le miroir de l’âme populaire, « copia y signo al mismo tiempo » (Humboldt, 1991 : 55). Ainsi donc, si on veut comprendre la manière de vivre, les conceptions et, même, le progrès d’un peuple, il suffit d’examiner sa langue.

Les idées de W. von Humboldt sur la relation entre la langue, la culture et la mentalité mènent à la conclusion que la communication entre les langues est, en réalité, la communication entre les cultures.

C’est à un niveau linguistique que W. von Humboldt cherche la structuration de l’expérience humaine de la société, c’est-à-dire, la correspondance entre la forme de la langue et les comportements culturels. Le processus cognitif qui organise les données de l’expérience humaine se déroule, selon lui, autour des trois axes suivants :

Au début du XXe siècle le linguiste et l’anthropologue américain Edward Sapir reprend les thèses de W. von Humboldt en affirmant que le langage est non seulement un outil de communication et de socialisation, mais aussi de transition de l’expérience individuelle à un domaine commun. Dans ses réflexions, E. Sapir ←25 | 26→paraît moins catégorique que W. von Humboldt en doutant que la langue et l’activité culturelle soient soumises directement aux mêmes influences et qu’elles évoluent à des rythmes similaires :

No existe necesariamente una correlación entre la lengua, la raza y la cultura. Esto no quiere decir que no la haya nunca.

Résumé des informations

Pages
310
Année
2019
ISBN (PDF)
9783631778890
ISBN (ePUB)
9783631778906
ISBN (MOBI)
9783631778913
ISBN (Relié)
9783631757475
DOI
10.3726/b15116
Langue
Français
Date de parution
2019 (Mars)
Mots clés
Langue-culture Lexiculture Stéréotypes Réalités russes Acculturation
Published
Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2019. 310 p., 3 ill. n/b, 16 tabl.

Notes biographiques

Elena Sandakova (Auteur)

Elena Sandakova : Professeure de français à l’Université Pédagogique Nationale d’Omsk (Russie, 2001–2006), à l’Université d’Alicante (Espagne, 2011–en cours) ; assistante de russe au Rectorat de Grenoble (France, 2004–2006). Docteur en Linguistique française dans le cadre du programme « Langues, cultures et leurs traductions dans l’espace méditerranéen » (Université d’Alicante, Espagne, 2016).

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Titre: Aspects sémiotiques, linguistiques et socioculturels de la réception de la culture russe par les Français et les Espagnols