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Poèmes et Aphorismes (1989–2015)

de Giovanna (Auteur) Chénieux Gendron Jacqueline (Préface)
Autres XXIV, 320 Pages

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Préface
  • Préface: Giovanna : arrachage et essaimage (Jacqueline Chénieux-Gendron)
  • Une vie d’inventions plastiques et scéniques : performance, peinture
  • Le jeu sur les mots : la parole et l’oralité
  • La vague de l’absurde, et les « aporismes »
  • Filmographie
  • Radio
  • Avant-propos (Giovanna)
  • Avant-propos: Onomatopées onomatomatiques (Giovanna)
  • Voir Naples …
  • Tendre française
  • M. comme Monsieur
  • Les Trois Glorieuses
  • Ascendant Sade, Un beau con une belle comme
  • Théraphie
  • Mon Cher Amour
  • Vous n’aurez qu’à dire …
  • Incipits Hippiques et Mélodromes
  • Hommage
  • Le Chocolat de ménage et la dialectique
  • Vous n’êtes pas sans savoir (ce qu’il faut faire)
  • Vous n’êtes pas sans savoir (ce qu’il ne faut pas faire)
  • Mon Petit Puccini chéri (1)
  • Mon Petit Puccini chéri (2)
  • Tunicelle
  • En passant par Merdrignac*
  • Madame, votre naturel vous perdra …
  • Mon incessible amour
  • Acide comme Érode
  • À l’un de ces « raouts » chez la marquise d’Espard
  • Jusquiame un certain point Jussieu mieux fait d’entreprendre des études de botaniques
  • Poème prémonitoire
  • Surclasser sans mésestimer les moyens de l’adversaire et sans se couvrir de ridicule en écrasant sa suffisance sur le mur par exemple
  • Même pour un jour comme celui-ci je n’ai rien à me mettre
  • Dédicace à Ducasse
  • Rhododendron hybride
  • Saveurs printanières
  • Rosier grimpant sans ronce Pierre de Ronsard
  • Mon Amour Bookman
  • Trois Étoiles
  • Aboyer un plaidoyer
  • Chère bonne
  • Bas de casse et Capitale
  • À table
  • Spleen
  • À trois pas du trépas …
  • Dans quel sens faut-il le prendre
  • Le Joyeux Postillon
  • Histoire naturelle pour peinture géométrique
  • Mon curé is not rich
  • Napoléon au baiser de feu
  • Feu la sexualité de Monsieur ?
  • Elle est courte mais bonne conseillère
  • Articulets désarticulés
  • Humour grasseyant pour fausses maigres
  • Ourdissoir ou humour involontaire et victimes consentantes
  • Imparfait du subjonctif et passé défini
  • Fais le placebo et tu auras un sucre en marbre
  • Les litotes d’Harry
  • Grand Palais
  • Interférence
  • Aporismes
  • Mon Amour
  • Essayez de la mettre en noir …
  • Isotope ou BIG BANG
  • Le Bourrelet à travers les âges
  • Confession sirupeuse
  • Attila
  • Les Montreuses de marmottes
  • À Marmottant
  • Laquelle pendre
  • Mécanique céleste
  • La Nonne et le Surhomme
  • Le favoritisme ne manque pas de souffle
  • Poème épouillé …
  • Quand les rouflaquettes détrôneront la peinture abstraite
  • Unilatérale
  • Mon Amour
  • Concepts à coups de forceps
  • Nunc est Bibendum
  • Point de côté
  • Antonymes en chœur
  • Hyperbate
  • En revanche …
  • Arétalogue
  • A Giorno
  • Le complexe d’Érostrate ou dites trente-deux
  • De quoi s’agit-il ou de quoi s’agiter
  • Aporismes
  • Bombina Variegata
  • Mon immarcescible amour
  • Mon Amour
  • Si à toi pieds et poings liés …
  • Oyez
  • Réassort
  • Phylactère
  • Gobichonner
  • J’ai enfoncé la porte ouverte idéale …
  • Desespéranto ou xénoglossie
  • Préfixe réflexif
  • La paresse d’esprit …
  • Bigre !
  • Performance
  • Trébuchet MS
  • Don José
  • Incessante Alecto et Tisiphone instable
  • Orviétan
  • Patience !
  • Cher Nicobar
  • Orator
  • Laissez en paix nos anomalies qui nous ont laissées en paix jusques ici
  • Culex
  • Tu crains que bille …
  • Mon Amour
  • Déraison et Hérésie
  • Outrecuidance
  • Cher Guy Debord
  • Cher Amour
  • Passacaille
  • Chez Maxim’s
  • Mon Amour
  • Touchez m’en un mot …
  • Ironie à froid, calembour à chaud
  • Pour un bel Épilobe
  • Les Mille et un Millepertuis
  • J’ouïe
  • Cher Ami
  • Concours de saut en hauteur …
  • Ubris ou les fruits de l’ubris
  • Formication
  • Laissez passer
  • Cher Amour, vous souveniez-vous …
  • Cher Amour, une à une …
  • Cher Amour, la boulangère …
  • J’ai péché par orgueil …
  • Quiconque en quinconce …
  • Cher Amour
  • Dans La Chercherie de Montaigne …
  • Je revendique …
  • Très Cher
  • L’Enfer parade
  • Nous n’irons plus à Thoiry …
  • Cher Amour
  • En ces temps de manque …
  • Maximiliennes et Philippiques en poire
  • Titres de la collection

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JACQUELINE CHÉNIEUX-GENDRON

Préface

Giovanna : arrachage et essaimage

Si vous rencontrez Giovanna, vous la verrez d’abord silencieuse, énigmatique. Et soudain, la voici qui profère – non pas une incongruité, jamais une banalité, mais une appréciation personnelle : et pour être percutante, soyons sûrs qu’elle le sera !

Voici son geste : sur le film que José Pierre a réalisé de son travail « d’arrachage », on la voit hésiter à peine et s’emparer d’une brosse avec cette énergie qui m’a toujours fait penser aux gestes des « lutins et lutines » (ils sont ainsi nommés lorsqu’ils ont moins de quatre ans) dont nous parle le grand Utopiste Charles Fourier.

Son geste d’écrire, en revanche, répond à son oreille. Elle nous le dit ici-même : à la question de Timothy Mathews, « comment écrivez-vous ? », elle a répondu par quelques pages étourdissantes de sons : « Onomatopéiques ». Preuve qu’on est bien, avec elle, chez ces mêmes Lutins et Lutines, réputés avoir goût au « fracas » et à la « miniature » (goût des petits ateliers et de petits objets qu’on manipule). Giovanna, elle, manipule les syllabes et les laisse essaimer.

Membre du dernier groupe qui a entouré André Breton de son vivant, Giovanna et son humour noir ont été remarqués de longue date par de grands poètes et peintres tel Pierre Alechinsky, Hervé Télémaque, Henri Michaux, Gherasim Luca ou François Rouan, y compris, donc, dans des milieux qui débordent le cercle étroit des surréalistes, et elle s’est faite remarquer par sa personnalité à la fois vive et sans concession. Mais elle est restée très discrète dans les cercles parisiens, de sorte que sa renommée est peut-être plus internationale que française.

Intransigeante dans sa conception du surréalisme (un mode de vie avant d’être une manière de « produire » des textes ou des objets plastiques), Giovanna doit être évoquée constamment par l’ensemble de ses activités.

Une précision : on ne trouvera pas dans l’œuvre de Giovanna des déclarations « féministes » au sens où l’ont entendu les courants féministes ← xi | xii → anglo-saxons. Giovanna, comme Bona de Mandiargues ou Joyce Mansour, ne s’est jamais sentie prisonnière d’une société intellectuelle dans laquelle elle n’a pas, elle, le sentiment d’être plongée, étant soutenue dans sa créativité par le groupe des surréalistes, ses amis. Elle s’est donc installée naturellement dans un rapport caustique au monde, et dans une violence lyrique de brillante culture, qui décoche ses flèches en tous sens contre les billevesées des « intellectuels ». Non exclusivement contre l’image du « mâle dominant ». Giovanna valorise l’érotisme, qu’elle présente sous sa forme hétérosexuelle. Non exclusive : en surréaliste conséquente et cohérente, si j’ose dire, elle rappellerait si nécessaire qu’André Breton et bien d’autres de ses amis ont aimé et admiré Claude Cahun et sa compagne.

C’est donc ici que, pour la première fois, on va pouvoir lire et entendre, dans toute son ampleur, sa force inventive, sa dérision, sa drôlerie.1 ← xii | xiii →

Une vie d’inventions plastiques et scéniques : performance, peinture

Giovanna (et, comme on l’a dit, parfois « Anna Voggi ») est née à Reggio-Emilia (Italie) en 1934. Elle vit et travaille actuellement à Paris. Elle participe aux activités du mouvement surréaliste à partir de 1965, avec une « construction plastique » (son propre corps est mis en scène) : « La Carte absolue », conçue et réalisée avec Jean-Michel Goutier en réponse à une invitation d’André Breton pour l’exposition surréaliste L’Écart absolu. Cet étonnant spectacle est repris dans « La Crête de l’incendie », en 1967, dans le cadre d’une exposition, La Fureur poétique, organisée par José Pierre au Musée d’art moderne de la Ville de Paris (ARC). Ainsi les premières images d’elle que l’on repère sont celles de cette « performance » : la mise en scène de « La Carte absolue » exalte en effet son corps nu, juché sur les épaules de Jean-Michel, et dont les formes évoquent en même temps un gigantesque sexe masculin dressé.

L’œuvre plastique de Giovanna a d’autre part consisté à élaborer de complexes dessins à la machine à écrire, qui rivalisent de drôlerie et d’habileté technique, si l’on songe aux contraintes techniques de la machine à écrire « à ruban », alors seule utilisée. C’est une technique d’automatisme qu’elle est la seule à pratiquer. Elle a choisi d’en montrer un sur la couverture de ce volume. En 1977, paraît, aux éditions Le Récipiendaire, le recueil Deus ex machina, un choix de dessins de ce type réalisés entre 1964 et 1966 dont certains seront présentés en 1967 à l’Exposition internationale du surréalisme, A Phala, à Sao Paulo (Brésil) ; et en 2011, à l’exposition collective Underwood à la galerie 1900–2000, Paris. ← xiii | xiv →

La base de sa recherche automatique devient ensuite la grille des mots croisés. Cette grille se transforme en support de formes aléatoires, peintes ou coloriées au crayon feutre. Ses dessins donneront lieu à une exposition personnelle chez Delpire, en 1974 : l’édition originale, tirée à 250 exemplaires, de L’Herbe du diable et la petite fumée de Carlos Castaneda, publiée au Soleil noir, avait été illustrée par elle d’un nombre égal de dessins originaux de ce type. Le vernissage fit un certain bruit …, puisqu’on projeta les images de ces variations, une soirée entière, sur une musique de Stockhausen, « Carré ».

Parallèlement, elle poursuit sa recherche, cette fois sur toile et à la peinture acrylique, avec de grands formats : ce sont des architectures piranésiennes mêlées de végétaux géants, ou de fleurs menaçantes. Ce travail est présenté dans des expositions internationales : citons, parmi d’autres, en 1978 Surrealism Unlimited (Londres) ; en 1979 Presencia viva de Wolfgang Paalen (museo de Arte, Mexico) ; en 1983 Dans la lumière du surréalisme (exposition organisée par José Pierre, Pinacoteca di Bari, Italie) ; en 1988 L’expérience continue (exposition Phases, musée des Beaux-Arts, Le Havre).

Elle revient, parallèlement, au début des années 70, au support des grilles de mots-croisés, mais agrandies, mécaniquement cette fois, sur papier. Une exposition personnelle est organisée à Bruxelles en 1976 (Galerie Singulier Pluriel), préfacée par José Pierre, qui désigne cette série par la belle métaphore « Emaux croisés ». L’image se substitue aux mots, et les couleurs aux lettres de l’alphabet.

Cependant, dans les années 1980–1990, elle a inventé encore une autre technique picturale, originale, qui « libère » son geste automatique : l’« arrachage », que José Pierre s’est plu à commenter dans Pleine Marge, en 1990. Ce type d’œuvre est exposé ensuite, en 1991, dans une exposition personnelle, par l’association ACTUAL, à Paris, sous le titre Self-adhesive, Self-matic ; puis, durant l’été 1994, dans une autre exposition personnelle à Montréal, Galerie Lumière noire, sous le titre : Migration clandestine. En 1994 Giovanna et Paul Mayer présentent leur double création à l’Université de Picardie Jules-Verne, Amiens.

C’est d’abord un geste automatique, simple et rapidement mené, qui imprègne de coloris audacieux la surface entière d’une toile. Le film de ← xiv | xv → François Luxereau, tourné en temps réel en 1998, le montre à merveille.2 Une seconde « couche » de travail commence alors, menée rondement elle aussi : il s’agit d’occulter la couleur par des morceaux de papier, du papier-collant même, lequel ne pardonne pas les repentirs. Voici la toile dotée d’une certaine épaisseur, un peu chaotique. La troisième consiste à recouvrir de peinture blanche la surface tout entière, Giovanna se transformant en peintre en bâtiment. C’est comme si la toile, fragile comme le serait un enfant, était couverte de bandages. A part l’épaisseur, on en serait donc revenu au blanc du départ ? Tout ce travail pour rien ? Non, car c’est alors qu’avec ses doigts, ou avec un scalpel, Giovanna arrache de façon aléatoire ces bandages pour laisser émerger d’autres formes, colorées à souhait, qui se trouvent en dessous. Et elle sait s’arrêter, dans l’urgence toujours : des formes sont apparues, aiguës et surprenantes.

Pour avoir assisté à l’élaboration d’une telle œuvre, dont nous avions reproduit quelques étapes dans la livraison de 1990 de notre revue Pleine Marge, je dois dire que j’avais été émue par l’étape centrale : celle du « blanc ». Toutes ces formes et ces coloris débordant de vie … pour rien ? Je pensais au « passage au Noir » des alchimistes, ce moment où tout est perdu, et doit l’être … pour qu’une trace d’élixir puisse être espérée dans l’athanor. Un peu de lumière, plus précieuse d’avoir risqué d’être perdue.

Le jeu sur les mots : la parole et l’oralité

C’est le jeu sur les syllabes, dans leur sonorité vibratoire, qui va ensuite retenir surtout l’invention de Giovanna et dont nous regroupons ici la quasi totalité. Le seul recueil publié antérieurement a été en effet le drolatique ← xv | xvi → William Blake (innocence et expérience) d’Anna Voggi. Ce qui est drolatique est le mode d’écriture, puisque ce texte se présente comme ayant été inspiré par les sonorités d’un cours d’anglais sur Radio-Sorbonne, tombé dans l’oreille d’une italo-française qui n’entend pas un seul mot de la langue des Britanniques, en dehors du « Thank you » rituel de la fin d’un cours professoral ! Giovanna réécrit le cours au fil de son bruissement sonore. C’est un beau texte de « charabia ».

Jusqu’alors la forme plastique l’emportait dans ses recherches, voici que les « poèmes » s’ajoutent aux formes dans son souci de renvoyer au monde un écho de plus en plus caustique.

Ce qu’on découvre, notamment dans le livre que voici, ce sont des allusions populaires, érotiques, blasphématoires et toujours très peu bienséantes, qui affleurent partout. Elles sont enfouies sous une forme complexe et presque discrète, car elles restent lointainement allusives – ce qui en rend finalement l’explication plus audacieuse que le texte lui-même. Dois-je donc m’y exercer ?

Prenons le premier poème « Voir Naples en pantalon et mourir ». Le nom de Naples et le mot de pantalon annoncent … « Napoléon ». Pourquoi pas ? L’image de référence qui s’impose aussitôt pour les Français, c’est celle, glorieuse, de l’Empereur encore jeune, peint en pied par Ingres. Mais que fait sa main droite glissée sous le gilet, bien « au chaud » ? Comment diantre faisait-il pour se reboutonner ? Grave question. Et puis ne dit-on pas « jeux de mains, jeux de vilain » par une allusion leste à des caresses osées ? Auto-érotisme … masturbation discrète ? On délire. Pendant ce temps : « La main passe et repasse ; Du gilet ou du pantalon, il faut choisir le bouton ».

Résumé

Voici enfin les œuvres poétiques de 1989 à 2015 de Giovanna. Poète et peintre flamboyante, admirée de quelques-uns des plus grands poètes et peintres du siècle, de Henri Michaux à François Rouan et Pierre Alechinsky, aux côtés d’Hervé Télémaque, de Gherasim Luca et du dernier groupe surréaliste, elle peut enfin être lue et relue, et nous aider à porter le regard le plus juste, le plus fabuleux et le plus caustique sur le monde.
L’esprit d’invention extraordinaire de Giovanna n’aurait sans doute pas été à ce point libéré si elle n’avait pas goûté au fruit du surréalisme. Aujourd’hui nous pouvons, à notre tour, goûter ses textes sans nous reporter à quelque histoire que ce soit. Car cette œuvre existe, comme existe l’œuvre des plus grands humoristes noirs, de Jonathan Swift à Leonora Carrington.
Pour Giovanna, « la poésie c’est changer la couleur de la matière grise ».
Giovanna présente ici ses œuvres dans un poème-manifeste inédit, et elles sont préfacées par Jacqueline Chénieux de sa voix à la fois critique et personnelle.

Notes biographiques

Giovanna (Auteur) Chénieux Gendron Jacqueline (Préface)

Poète et peintre Giovanna inaugure, en 1965, son entrée dans le groupe surréaliste autour d’André Breton, en présentant, avec Jean-Michel Goutier, « La Carte absolue », une performance poétique sous le signe de l’androgyne. En 1967, elle participe avec des dessins à la machine à écrire à l’exposition A Phala à Sao Paulo, et récidive en 2010 avec Underwood à la galerie 1900–2000 à Paris. Ses expositions personnelles incluent : Voir, projection publique des 250 réponses au problème n° 249, Delpire, Paris (1974) ; Emaux croisés, Galerie Singulier Pluriel, Bruxelles, préfacé par José Pierre (1976) ; Self-adhesive, Self-matic, galerie ACTUAL, Paris (1991) ; Migration clandestine, Galerie Lumière noire, Montréal (1994). D’autre part elle publie en 1976 William Blake (innocence et expérience), en 1977 Deus ex machina, et en 2010 Phylactère préfacé par Alain Jouffroy.

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