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Pour une histoire globale des réseaux de pouvoir

Mélanges en l’honneur d’Hubert Bonin, Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Institut d’études politiques de Bordeaux

de Bertrand Blancheton (Éditeur de volume) François Charles Mougel (Éditeur de volume) Françoise Taliano-des Garets (Éditeur de volume)
Collections 290 Pages

Résumé

Peut-on penser le pouvoir sans l'associer à des réseaux ? Comment analyser autrement le développement de l'économie de marché, de l'entreprise à la mondialisation, et expliquer différemment le rôle de la finance dans l'émergence du capitalisme moderne? Comment interpréter la nature du pouvoir dans l'éducation et la culture sans parler des réseaux qui les irriguent au même titre que ceux qui façonnent la politique, de l'échelon local à celui de la société internationale ? C'est à ces questions qu'une équipe d'historiens, d'économistes et de politistes tente d’apporter une réponse dans une approche disciplinaire traversant les époques, du XVIIIe siècle à aujourd'hui, et associant les réalités françaises aux problématiques européennes, impériales et transnationales. Partant d'une définition commune de la notion de réseaux à la fois comme articulation entre des structures et comme lien entre des personnes, la vingtaine d'études ici rassemblées explore le rôle de ces mécanismes au cœur de multiples zones de pouvoir : la banque, l'entreprise, le commerce international, la culture, l'Etat ou la domination coloniale. Chaque contributeur l'a fait de manière distincte, soit au travers d'études de cas soit par le biais de synthèses plus larges. Mais, derrière cette diversité d'analyse, il existe une exigence méthodologique collective qui donne toute sa pertinence et toute sa cohérence à cet ouvrage : partir des faits concrets pour aboutir à une réflexion thématique globale. Au bout du compte, il en ressort la confirmation du postulat initial de ce livre : l'interpénétration du pouvoir et des réseaux. Une intégration dont les formes ont évolué dans la durée et qui a réussi à se pérenniser, portée qu'elle est par les modes de représentation spécifiques aux sociétés occidentales.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Présentation générale (Bertrand Blancheton François-Charles Mougel Françoise Taliano-des Garets)
  • Liste des personnalités associées aux « Mélanges Bonin »
  • Table des matières
  • I. Les réseaux de l’économie
  • Structure géographique de l’intensité du commerce inter- et intracontinental (1948-2014) (Béatrice Dedinger / Samuel Maveyraud)
  • Effet de réseau et luttes politiques : le mythe de la fin de la suprématie du dollar américain (Bertrand Blancheton)
  • Rente et système politique : essai sur les nouveaux capitalismes autoritaires. Un exemple avec la Russie contemporaine (Caroline Dufy)
  • Une brève histoire des paradis fiscaux (Jean-Marc Figuet)
  • Finance et croissance en France (1854-2010) (David Le Bris)
  • Aux racines du « désert français » : création d’entreprises et processus de désertification en France (1860-2012) (Jean-Pierre Dormois)
  • II. Les réseaux financiers et bancaires
  • Le Crédit agricole : un acteur majeur de la modernisation de l’agriculture française (1948-1973) (Dominique Barjot)
  • L’âme de la modernité : l’Office central de Landerneau, un chemin étroit entre État et efficacité (1911-1939) (Patrice Baubeau)
  • Les contraintes financières d’un réseau d’innovations technologiques : le financement de l’électrification ferroviaire en France dans l’entre-deux-guerres (Christophe Bouneau)
  • Sur la disparition des caisses d’épargne en Espagne en 2013. Quelques éléments sur le cas basque (et navarrais) (Alexandre Fernandez)
  • Les dirigeants des grandes banques françaises au XXe siècle, entre carrières maison et inspecteurs des Finances (Hervé Joly)
  • III. Les réseaux de la culture, de la politique et du fait colonial
  • Le réseau des Instituts d’études politiques : histoire d’une trajectoire contrariée (Pierre Sadran)
  • Pour une approche des réseaux culturels aux XXe et XXIe siècles : des affinités artistiques à la professionnalisation (Françoise Taliano-des Garets)
  • Les tabous de la société internationale (Dario Battistella)
  • Les élites municipales de Bordeaux au XXe siècle de Charles Gruet à Jacques Chaban-Delmas (1912-1995) (Bernard Lachaise)
  • Le régime des sucres du XIXe siècle à aujourd’hui (Stéphane Bécuwe)
  • Les îles du Pacifique en périphérie du processus de mondialisation durant les premières décennies du XIXe siècle (Claire Laux)
  • Le prix d’un homme. Les expéditions de François Castaing, armateur négrier bordelais (Silvia Marzagalli)
  • Entre individualité et réseaux : sir Thomas Stamford Raffles (1781-1826) et l’impérialisme britannique dans l’Asie du Sud-Est (François-Charles Mougel)
  • Le Premier Empire colonial français. Les Établissements français dans l’Inde (Henri Perrier)

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I. LES RÉSEAUX DE L’ÉCONOMIE

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Structure géographique de l’intensité du commerce inter- et intracontinental (1948-2014)

Béatrice DEDINGER

Centre d’histoire de Sciences Po

Samuel MAVEYRAUD

GREThA UMR CNRS Université de Bordeaux

Résumé : Cet article propose une analyse de la structure géographique et historique du commerce par continent sur la période 1948-2014. Il s’appuie sur une base de données annuelles des exportations bilatérales des pays du monde construite à partir des bases DOTS et IFS du FMI. Le calcul d’un indicateur d’intensité relative des exportations fait apparaître une surintensité du commerce intracontinental pour l’ensemble des continents. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est nettement accentué depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’étude révèle des évolutions spécifiques suivant les continents.

Mots clés : Commerce, intensité, continent

JEL classification : N70, F19

illustration

I. Introduction

Au moment où l’on ressent une résurgence des tensions nationalistes et protectionnistes dans le monde et où l’on craint un repli régional des échanges commerciaux internationaux, cet article propose de faire un état de la structure géographique actuelle des échanges commerciaux internationaux et de son évolution depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il s’inscrit dans le prolongement des travaux de Bairoch (1974) et de Anderson & Norheim (1993), le premier s’étant intéressé à la structure géographique du commerce de l’Europe sur la période 1800-1970, les seconds à la régionalisation du commerce international de 1830 à 1990. ← 21 | 22 →

Bairoch (1974) analyse la structure des exportations de l’Europe par continent en utilisant un indicateur de part. Du début du XIXe siècle jusqu’au troisième quart du XXe siècle, il repère quatre phases de diversification et de concentration des exportations européennes : 1800-1860/diversification, 1860-1880/concentration, 1880-1950/diversification, 1950-1970/concentration. Selon lui, la proportion des échanges intra-européens est aussi élevée au lendemain de la création de la CEE qu’au début du XIXe siècle. La politique commerciale est le principal facteur qu’il retient pour expliquer ces évolutions. Dans leur article, Anderson & Norheim (1993) analysent la régionalisation du commerce international sur la période 1830-1990 en utilisant différents indicateurs (part du commerce, intensité du commerce, propension à commercer). Du point de vue de l’intensité du commerce, deux grandes périodes ressortent : diversification accrue des échanges internationaux sur 1830-1930 et augmentation de la concentration des échanges depuis les années 1950. L’indicateur de propension à commercer avec les régions extracontinentales indique cependant que la concentration régionale des échanges n’exclut pas une ouverture croissante des continents au commerce extérieur. Un ensemble de facteurs influencent l’évolution des échanges, politiques, géographiques et historiques.

Notre article se concentre sur la période 1948-2014 et utilise un panel de données annuelles qui permet de mieux caractériser les propriétés dynamiques des séries. De plus, il retient un indicateur d’intensité relative développé par Iapadre (2006) qui permet de résoudre les biais observés dans l’indicateur d’intensité proposé par Kojima (1964), Drysdale (1969) et Drysdale et Garnaut (1982).

L’article est articulé comme suit. Tout d’abord, nous montrons pourquoi nous retenons l’indicateur proposé par Iapadre (2006). Ensuite, nous présentons les données utilisées et les principales caractéristiques des exportations du monde et des continents de 1948 à nos jours. Dans une quatrième section, nous développons l’évolution de l’indicateur d’intensité pour chaque continent au cours de la période étudiée. Enfin, dans une dernière section, nous concluons.

II. Les indicateurs d’intensité des exportations

L’indicateur d’intensité géographique du commerce a été d’abord développé par Kojima (1964) et amélioré par Drysdale & Garnaut (1982). Cet indicateur d’intensité de l’entité i vers l’entité j rapporte la part de l’entité j dans les exportations totales de l’entité i (indicateur de part des exportations) à sa part dans les importations mondiales : ← 22 | 23 →

L’interprétation de l’indicateur REIij est la suivante :

Trois limites peuvent être opposées à cet indicateur : l’asymétrie de rang, la variabilité de rang et l’ambiguïté dynamique.

L’asymétrie de rang s’explique par le fait que l’indicateur est non borné à droite [0, + ∞]. Le tableau 1 illustre le problème posé par une telle asymétrie. Lorsqu’il y a une surintensité des exportations de l’entité i vers l’entité j, une variation de la part de j se traduira par une plus forte variation de l’indicateur REIij qu’en cas de sous-intensité.

Tableau 1. Illustration de symétrie de rang

  REIij<1 REIij>1
Poids du partenaire dans le Commerce mondial 20 % 3 %
part de j = 5 % 0,25 (5/20) 1,67 (5/3)
Part de j = 15 % 0,75 (15/20) 5 (15/3)
Variation de l’indicateur lorsque la part de j passe de 5 % à 15 % +0,5 +3,33

L’indicateur REIij est également sensible à la taille de l’entité partenaire (range variability) comme l’illustre le tableau 2.

Tableau 2. Illustration de la variabilité de rang

  Partenaire de petite taille Partenaire de grande taille
Poids du partenaire dans le commerce mondial 2 % 20 %
Intensité maximale (part de j =100 %) 50 (100/2) 5 (100/20)
Part de j = 90 % 45 (90/2) 4,5 (90/20)
Part de j = 10 % 5 (10/2) 0,5 (10/20) ← 23 | 24 →

Le dernier biais identifié de l’indicateur REIij provient du fait que les indicateurs intra- et extra-continents peuvent varier dans la même direction : on parle alors d’ambiguïté dynamique (dynamic ambiguity). La modification de l’indice des parts du commerce intra-régional peut parfois s’accompagner d’une augmentation de l’indice relatif à la part du commerce extra-régional. On peut observer ce phénomène si la part du commerce intra-régional diminue à un taux plus faible que le poids de la région dans le commerce mondial tandis que l’accroissement de l’indice d’intensité du commerce extra-régional est le fruit d’une hausse de la part commerciale correspondante relativement plus grande que la hausse du poids des autres régions dans le commerce mondial.

Pour lever ces trois limites, l’indice TIBI (Trade intensity bilateral index) a été proposé (Iapadre (2006) et Daudin et al. (2011)).

Le problème de variabilité de rang (range variability) peut être résolu par la modification du dénominateur de la part des exportations vers la région j dans les exportations totales de toutes les régions non i (le « reste du monde ») plutôt que dans le total des exportations mondiales :

Pour résoudre le problème d’asymétrie de rang (Range Asymetry), l’indice TIBI est borné à droite et à gauche :

Enfin, la construction d’un indice complémentaire permet de résoudre le problème d’ambiguïté dynamique :

L’indice TIBI (Trade Intensity Bilateral Index) est ainsi égal à :

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L’indice TIBIij est compris entre -1 et 1 et l’interprétation est la suivante :

III. Les données annuelles d’exportations mondiales, inter- et intracontinentales

Notre travail s’appuie sur la construction d’une table de données d’exportations bilatérales de marchandises entre 1948 et 2014. Les statistiques proviennent de deux bases de données construites par le FMI : la base DOTS (Direction of Trade Statistics) complétée par la base IFS (International Financial Statistics). Lorsqu’un flux d’exportation bilatérale est manquant, il est remplacé par le flux d’importation bilatérale correspondant (appelé ‘flux miroir’). Les flux d’importations étant évalués c.i.f. (coûts de transport, de fret et d’assurance inclus) et les flux d’exportations f.o.b. (coûts de transport non inclus), les flux miroirs ont été déflatés de 10 % (estimation moyenne des coûts de transport retenue par le FMI). La base ainsi reconstituée inclut 1 538 511 données. Celles-ci sont exprimées en dollars. Les exportations bilatérales des pays du monde sont ensuite empilées afin de calculer les exportations inter- et intracontinentales pour chacun des continents (Afrique, Amérique, Asie, Europe et Océanie).

A. Dynamique et structure géographique des exportations mondiales

La figure 1 montre l’évolution des exportations mondiales (en dollars courants) décomposées par continent de 1948 à 2014. Nous pouvons voir que la hiérarchie des continents n’a pas varié : l’Europe reste le premier exportateur mondial, suivie par l’Asie et l’Amérique, et loin derrière, par l’Afrique et l’Océanie. On peut également constater que depuis 2010, l’Asie se rapproche de plus en plus de l’Europe, et qu’il est envisageable que les exportations totales de l’Asie dépassent les exportations européennes sur les toutes prochaines années.

La dynamique du commerce international mondial montre que la période 1948-2014 peut être décomposée en trois sous-périodes. De 1948 à 2000, on assiste à une hausse des exportations mondiales à prix courants qui s’accroît fortement à partir des années 1970. Au début ← 25 | 26 → des années 2000, la croissance des exportations devient exponentielle jusqu’à la crise des subprimes. Depuis 2010, il semblerait qu’une nouvelle tendance se mette en place. Ce constat est valable pour l’ensemble des continents (la figure 1 a tendance à écraser cette dynamique pour l’Afrique et l’Océanie).

Figure 1. Répartition des exportations mondiales par continent (en dollars courants)

B. Destination géographique des exportations des continents

Les figures 2 à 8 présentent la destination géographique des exportations des cinq continents. Cette décomposition indique que, sur l’ensemble de la période, les exportations intracontinentales sont les plus élevées pour chacun des continents, hormis l’Afrique et l’Océanie. On constate également que la hiérarchie des partenaires a évolué au cours du temps. L’importance relative de l’Europe dans les exportations des autres continents tend à s’effriter au bénéfice de l’Asie tout au long de la période. ← 26 | 27 →

Figure 2. Destination géographique des exportations de l’Afrique (en dollars courants)

Figure 3. Destination géographique des exportations de l’Amérique (en dollars courants)

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Figure 4. Destination géographique des exportations de l’Asie (en dollars courants)

Figure 5. Destination géographique des exportations de l’Europe (en dollars courants)

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Figure 6. Destination géographique des exportations de l’Océanie (en dollars courants)

Résumé des informations

Pages
290
ISBN (PDF)
9782807604131
ISBN (ePUB)
9782807604148
ISBN (MOBI)
9782807604155
ISBN (Broché)
9782807602755
Langue
Français
Date de parution
2017 (Juillet)
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2017. 289 p., 39 ill. n/b, 45 tabl.

Notes biographiques

Bertrand Blancheton (Éditeur de volume) François Charles Mougel (Éditeur de volume) Françoise Taliano-des Garets (Éditeur de volume)

Bertrand Blancheton est Professeur de Sciences Economiques à l'Université de Bordeaux. François-Charles Mougel est Professeur émérite d'Histoire contemporaine à Sciences-Po Bordeaux. Françoise Taliano des Garets est Professeur d'Histoire contemporaine à Sciences-Po Bordeaux.

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